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De l'importance de cadrer la problématique

Catégories: Nos capsules d'intérêt

Publié le 03-15-13 à 09:26

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Lors de la récente course à la présidence américaine, le président Barack Obama a profité du dernier débat consacré à la politique étrangère pour souligner tous les succès réalisés par son équipe et, de toutes ces réalisations, celle dont il était le plus fier - hormis bien sûr d'avoir pulvérisé Oussama Ben Laden - c'est la politique adoptée par son gouvernement sur la question du gaz de schiste et sa volonté d'en accélérer le processus d'exploitation.

À la même période et un peu plus au nord, l'opinion publique au Québec a rejeté en masse tout projet d'exploration de ce même gaz de schiste et, au Canada, l'opposition au « Northern Gateway » s'est mobilisée en grands nombres et avec autant de véhémence contre le projet d'oléoduc reliant Bruderheim en Alberta à Kitimat en Colombie-Britannique.

Pourquoi des problématiques similaires provoquent-elles de chaque côté de la frontière des réactions aussi diamétralement opposées?  C'est une question de valeurs, dirait-on, parce que les principes des Américains et des Canadiens à l'égard des ressources énergétiques sont probablement différents. Cependant, nous pensons que l'élément qui détermine de telles attitudes ne se trouve pas dans la réponse, mais plutôt dans la question et la façon dont elle est présentée. Le problème n'est donc pas dans l'image elle-même, mais dans le cadre.

Car, quel que soit l'enjeu, le cadre dans lequel on le présente détermine sa popularité ou l'opprobre à son encontre. Aux États-Unis, le gouvernement et le secteur de l'énergie se sont alliés pour présenter le gaz de schiste comme une alternative très viable dans la problématique de « l'autonomie énergétique ». À les entendre, l'exploitation du gaz de schiste assurerait l'autosuffisance énergétique des États-Unis et lui permettrait même de se transformer d'ici 2020 en un exportateur net de pétrole et de gaz. On voit ici l'ingéniosité de créer un lien direct entre le patriotisme et l'appui à l'extraction du pétrole et du gaz. La question qu'on a ainsi invité les Américains à se poser est « Est-ce que je veux dépendre des pays du Moyen-Orient et leur oligopole étroit sur mon approvisionnement en énergie... ou est-ce que je vais agir comme le fier Américain que je suis? », l'image de la bannière étoilée flottant dans le vent vient irrésistiblement en tête, on l'avoue. Cadrée ainsi, la réponse est évidente, la question ayant été délibérément formulée pour provoquer la réaction qu'on voulait.

Plus au nord maintenant, un sondage réalisé par CROP pour le compte des Chambres de commerce du Québec révèle que les Québécois sont presque deux fois plus opposés au gaz de schiste qu'aux sables bitumineux, une proportion vraiment très élevée si l'on se rappelle à quel point les sables bitumineux ont été malmenés dans les médias. Les Québécois disent qu'ils préféreraient s'approvisionner en énergie auprès des autres provinces ou d'autres pays plutôt que « d'exploiter » la leur. Donc au Québec, la découverte d'une nouvelle ressource énergétique a été accueillie comme une mauvaise nouvelle.

Il faut avouer que dès le départ, le secteur de l'énergie au Québec n'a pas su cadrer la question du gaz de schiste à son avantage, défi que ses détracteurs ont réussi à remporter en soulignant le risque potentiel de contaminer les eaux souterraines. La question qui a ainsi été plantée dans l'esprit du public est : « Est-ce que je veux que mon eau soit polluée? »; formulé ainsi, la réponse devient évidente. Le pire est que, une fois ce cadre mis en place, il est très difficile de l'en déloger. Retourner l'opinion dans un tel contexte devient une tâche ardue, comme l'a découvert à ses dépens Lucien Bouchard, porte-parole dont la crédibilité et l'allégeance au Québec ne sont plus à faire. En fait, son implication a plus de chances de porter atteinte à sa propre popularité que d'arriver à améliorer l'image du gaz de schiste.

Une problématique bien cadrée repose d'abord sur des données fiables sur l'opinion publique. On doit avoir une vision claire des forces et faiblesses de son projet, de ses alliés, de ses opposants, ainsi que de cette majorité silencieuse dont on peut ultimement rallier l'appui. Enfin, il est important de bien comprendre les motivations, tant rationnelles qu'émotionnelles, de ses détracteurs, le tout dans le but de bien ajuster ses communications.

À l'heure actuelle, le secteur énergétique souffre au Québec d'une image négative au sein de l'opinion publique et se doit de donner à ses enjeux un cadre nouveau. Ce ne sera certainement pas facile, mais c'est absolument nécessaire si on veut arriver à gagner les cœurs et les esprits à sa cause. En définitive, nos parents avaient bien raison, la vie nous donne rarement la chance de faire deux fois une bonne première impression.

 

Par CROP