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Une pause pour le temps des fêtes

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Publié le 12-21-17 à 10:38

Fidèles lecteurs de mon blogue et amis, je vais faire comme vous tous durant le temps des fêtes, je ferai une pause.

Plus je poursuis cette expérience de publication que j’ai entreprise cette année, plus j’y prends plaisir et plus vos commentaires m’enthousiasment.

Vous êtes devenus nombreux à me lire. Plusieurs d'entre vous me sont de plus en plus fidèles et je l’apprécie grandement. Je tiens à vous en remercier profondément. Votre assiduité et vos remarques sont très appréciées et fort constructives également.

La période des fêtes étant davantage propice à un rythme réduit de nos activités (du moins, je vous le souhaite), j'y ferai une pause pour vous revenir en janvier.

Merci encore, joyeux Noël et le meilleur pour vos proches et vous-même en 2018.

Alain Giguère
Président, CROP Inc.

Étude sur le service public québécois

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Publié le 12-20-17 à 14:22

Publié sur La Presse+, voici le résumé d’une étude sur le service public québécois que CROP a faite pour GESTION, le magazine de HEC Montréal.

http://plus.lapresse.ca/screens/553cc269-4db8-4c8f-a34e-ad3648c8f1bf__7C___0.html

Vous sentez-vous plus jeune que votre âge? 82 % des Canadiens nous disent que oui! (Et Falstaff de Giuseppe Verdi)

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Publié le 12-18-17 à 14:14

Une fontaine de jouvence, un magnifique phénomène de société, une vitalité formidable. Les gens au pays font preuve d'une remarquable envie de vivre!

En moyenne, les Canadiens disent se sentir sept ans plus jeunes que leur âge réel. Notons que sur cet indicateur, nous n'observons aucune différence significative d'un océan à l'autre, ni sur le plan linguistique.

Nous mesurons ce phénomène de façon fort simple. Après avoir demandé l'âge des répondants dans un sondage, nous leur demandons quel âge « ils se sentent » avoir. On soustrait par la suite l'âge réel de l'âge ressenti des gens. Si le résultat de cette soustraction est positif, cela indique que les gens se sentent plus vieux que leur âge réel (ce qui est le cas des plus jeunes dans la société); s'il est négatif, cela indique que les gens se sentent plus jeunes que leur âge. Ainsi, en moyenne en 2017, dans l'ensemble de la population canadienne âgée de 18 ans et plus, on mesure -6,96 ans (-7). Les gens se sentent donc plus jeunes, comme nous le disions plus tôt.

Plus on est âgé, plus on se sent plus jeune que son âge!

Si en moyenne les gens se sentent sept ans plus jeunes que leur âge réel, plus ils sont âgés, plus cette différence augmente (le résultat de la soustraction décrite plus haut)...

• Entre 18 et 24 ans, on se sent 2 ans plus vieux que son âge (on veut devenir quelqu'un à part entière dans la société);
• Entre 25 et 34 ans, on se sent 1 an plus jeune, mais en moyenne à 27 ans, on se sent de son âge;
• Entre 35 et 44 ans, on se sent 5 ans plus jeune;
• On se sent 8 ans plus jeune entre 45 et 54 ans;
• Plus jeune de 11 ans entre 55 et 64 ans;
• Et de 14 ans chez les 65 ans et plus!

Un refus de vieillir. Une volonté de plus en plus marquée de rester en pleine possession de ses moyens, malgré le vieillissement.

Une vitalité qui augmente avec les années

Par ailleurs, cette impression de vitalité ne cesse d'augmenter chez les gens avec les années. Nous avions fait un tel exercice dans les années 2000 et les différences entre l'âge ressenti et l'âge réel étaient moindres.

En effet, si en moyenne on se sent 7 ans plus jeune en 2017, cette différence était de 5,6 ans en 2006. Notre vitalité augmente!

Notons que l'on pourrait être tenté de croire que l'augmentation de cette différence ne pourrait qu'être le fruit du vieillissement de la population; ce qui n'est pas entièrement le cas (même si un peu quand même). On observe clairement que les nouvelles générations de gens âgés d'aujourd'hui expriment plus de vitalité  que celles d'il y a dix ans! À titre d'exemple, la différence entre l'âge ressenti et l'âge réel chez les 65 ans et plus en 2017 est de 14 ans, alors qu'elle était de 10 ans en 2006 : quatre années de gagnées en vitalité!

On assiste donc à un phénomène de société unique, une croissante frénésie de vivre. Le graphique qui suit est très éloquent à cet égard.

Un besoin d'emprise sur sa vie, de connexion et d'engagement

Normalement dans cette chronique, j'essaie d'expliquer les phénomènes analysés par les valeurs et cordes sensibles des gens. Cet exercice doit être fait avec nuance ici, compte tenu de la forte corrélation entre l'âge réel et l'âge ressenti. À titre d'exemple, 63 % des gens qui se sentent 10 ans plus jeunes que leur âge ont 55 ans et plus (contre 38 % dans l'ensemble de la population).


Mais quand même, plus les gens se sentent plus jeunes que leur âge, plus ils laissent observer des valeurs et cordes sensibles qui sont sociologiquement significatives pour illustrer le contexte socioculturel de cette vitalité.

Plus on est « jeune de cœur », plus on exprime une conscience aiguë de l'incertitude et de la frénésie des changements qui « s'abattent » sur le monde d'aujourd'hui. À titre d'exemple, ceux qui se sentent les plus jeunes manifestent une certaine circonspection face au changement, à l'incertitude de la vie actuelle ainsi qu'aux risques de l'époque. Mais malgré tout, même en percevant la vie actuelle comme un tourbillon continuel de changements, ils ne s'y sentent pas dépassés. Ils se sentent en contrôle de leur vie et de leur destinée. Ils se sentent avoir l'emprise nécessaire sur la vie pour être en mesure de s'y épanouir. Comme si une certaine dose de stress dans leur vie quotidienne stimulait, nourrissait leur vitalité.

Et c'est ce qui a changé en dix ans (de 2006 à 2017, années de mesure de cette vitalité), la vie est devenue plus complexe, plus incertaine. Le rythme du changement s'accélère.

Cette capacité de rester en contrôle face aux exigences de la vie actuelle explique aussi pourquoi chez les gens qui ont les revenus les plus faibles, on se sent particulièrement plus vieux que son âge. Le stress, financier notamment, devient contreproductif.

Soulignons aussi que chez ces plus « jeunes de cœur », on observe un fort sentiment de connexion avec la nature, la vie, la société, ainsi qu'avec les autres autour d'eux. Ils expriment un fort engagement éthique, social et écologique, une volonté de faire leur part face aux défis de l'époque. Un engagement qui semble nourrir leur vitalité!


Une société qui vieillit bien!

Cette vitalité s'inscrit quand même dans un contexte médical, alimentaire et de saines habitudes de vie qui a fait des progrès remarquables au cours des années, ce qui explique aussi ces résultats. Les gens sont plus conscients des conditions nécessaires pour vieillir en santé et ils se responsabilisent pour y arriver. Tous ces facteurs semblent se conjuguer pour conditionner peut-être le vieillissement le plus harmonieux de l'histoire de l'humanité (vieillir au Moyen Âge, pour la plupart des gens, ne devait pas être particulièrement harmonieux)! Et l'engagement social de nos « jeunes de cœur » d'aujourd'hui pourrait s'avérer contagieux dans un contexte de vieillissement de la population.

Nous sommes peut-être dans un cercle vertueux qui pourra contribuer à poursuivre cette tendance à la croissance de la vitalité ressentie dans une société qui vieillit. Espérons que les conditions socioéconomiques des années qui viennent pourront supporter cet allant.

Falstaff de Giuseppe Verdi

Mon clin d'œil lyrique de cette semaine se tourne vers Falstaff de Verdi. Le dernier opéra du compositeur et le seul qui fut une comédie. On y retrouve un vieil homme qui refuse de vieillir (Falstaff) et qui, pour nourrir sa vitalité, tente de séduire deux femmes à la fois! L'extrait retenu ici montre notre protagoniste en train d'essayer de convaincre ses laquais d'aller porter une lettre d'amour à chacune de ses proies (la même lettre pour les deux). Mais ces derniers refusent, invoquant des principes d'honneur. Falstaff confie les lettres à un page et les congédie.

Giuseppe Verdi : Falstaff – Paul Plishka, Mirella Freni, Marilyn Horne, Barbara Bonny, Susan Graham, The Metropolitan Opera Orchestra and Chorus, James Levine (Dir.), Franco Zeffirelli (Prod.), New York, 1992, Deutsche Grammophon.

Avez-vous besoin de vous sentir reconnu et admiré par les gens autour de vous? 43 % des Canadiens admettent que oui, 52 % au Québec (et La Traviata de Giuseppe Verdi)

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Publié le 12-04-17 à 16:42

Une très intrigante tendance semble s'amorcer dans la psychologie sociale et de consommation des Canadiens : une baisse marquée du besoin d'expériences de statut et du besoin de fierté personnelle.  Nous pouvons utiliser plusieurs indicateurs pour mesurer cette motivation et notamment son impact sur la consommation, mais l'un des indicateurs les plus fiables selon nos analyses est certainement le besoin de se sentir admiré par les gens autour de soi, indicateur qui baisse de façon marquée depuis 2014. Une masse critique importante d'individus demeure motivée par cette « corde sensible », particulièrement au Québec, mais dans l'ensemble, cette motivation semble être en déclin, du moins depuis 2014.

Il est vrai que normalement, nous aimons conclure sur des tendances à partir d'informations sur de plus longues périodes de temps, mais la chute abrupte enregistrée depuis 2014 est certainement à souligner. Notons aussi qu'avant cette période, nos indicateurs à ce sujet étaient parfaitement stables. La tendance semble donc relativement nouvelle.

Plus spécifiquement, la proportion de Canadiens disant sentir le besoin d'être reconnu et admiré par les gens autour d'eux est passée de 54 % à 43 % depuis 2014, 12 points d'écart. Même au Québec, la province la plus « fière » (et qui demeure la plus fière encore aujourd'hui), cette proportion est passée de 64 % à 52 % durant la même période.

De façon encore plus surprenante, même les plus jeunes, les 18-34 ans (la cohorte la plus fière que nous mesurons) suivent cette tendance à la baisse sur cette même question, à savoir s'ils sentent le besoin de se sentir reconnus et admirés. Ils passent durant la même période de 63 % à 57 % à être en accord avec notre question (de 74 % à 62 % au Québec!).

L'urgence de segmenter les marchés

Cette tendance est intrigante pour nous, car la plupart des marques ou segments de marché sur lesquels nos clients nous font travailler se positionnent dans des « terreaux socioculturels » où l'expérience de statut (de fierté) est une motivation très importante, suscitant la consommation et les choix des consommateurs.


La fierté de posséder un produit jugé enviable, de s'afficher avec une marque prestigieuse (ou « masstige », le prestige de masse) sont des ressorts extrêmement importants, motivant la consommation chez de larges segments de consommateurs (acquérir le dernier iPhone, porter des souliers Ferragamo, etc.).

Or, étant souvent appelés à travailler sur ces clientèles pour qui il est très pertinent d'intégrer des expériences de statut aux expériences des marques qu'elles consomment (des expériences dans lesquelles l'utilisateur peut se sentir fier), il nous apparaît très surprenant d'observer cette motivation sur une tendance à la baisse.

Cette évolution implique notamment plus que jamais que pour les marques et les entreprises, il faut bien segmenter ses marchés et bien cibler ses consommateurs, ses clients. Si le besoin de statut est à la baisse, il faudra peut-être appuyer sur d'autres cordes sensibles pour promouvoir ses produits, selon le type de consommateurs ciblés (à moins que l'on cible toujours des consommateurs attirés par des produits et des marques dont ils peuvent être fiers). Pour les entreprises, les marchés et les cibles doivent donc être bien segmentés et on doit adresser les bons messages aux bonnes personnes.

Notons aussi qu'outre les jeunes générations, les actifs occupés sur le marché du travail (ayant un emploi), tout comme les professionnels, se distinguent fortement sur ce besoin de fierté et de reconnaissance sociale; mais tout comme dans l'ensemble de la population, cette motivation tend à s'amoindrir chez eux aussi.

Une vitalité de dépassement personnel VS un plus grand besoin de connexions authentiques avec autrui

Lorsqu'on analyse les valeurs et cordes sensibles associées à ce besoin de fierté et à celles qui motivent son déclin, on obtient une perspective très nette des dynamiques de l'époque.

D'un côté, les plus « fiers » sont profondément animés par un vif besoin de dépassement de soi, d'expression de leur potentiel, de leur créativité et de leur singularité personnelle. La fierté devient une gratification résultante de l'accomplissement.

Notons que ce genre de motivations est très dynamique pour la société et l'économie. Plus on trouvera d'actifs sur le marché du travail épris de ce vif besoin de dépassement personnel et de fierté, mieux l'économie s'en portera, car invariablement une partie de ce dynamisme s'exprimera au travail.

Par contre, les moins motivés par ce besoin de fierté et dont le nombre n'a cessé d'augmenter depuis 2014, expriment un profond besoin de connexion authentique avec les gens autour d'eux, une quête d'épanouissement personnel fondé sur une symbiose avec leur milieu (les gens, la nature, la vie). C'est comme s'ils opposaient la fierté auprès des autres à des rapports plus significatifs et authentiques avec ces derniers, assimilant fierté et vanité.


Ainsi, en perdant de la teneur dans son besoin de fierté, notre société risque de voir diminuer sa vitalité économique, mais elle gagnera en authenticité. Notons quand même que le dynamisme actuel de la nouvelle économie numérique qui s'impose actuellement est surtout porté par des jeunes dont les besoins de dépassement et de fierté sont certainement très vibrants!

Une société qui vieillit

De tels constats prennent tout leur sens dans un contexte de vieillissement de la population. On peut croire qu'à partir d'un certain âge, on a moins à se prouver et que l'authenticité avec nos proches prend le dessus sur la « pavane sociale ». De plus, une contribution moins frénétique à l'économie peut quand même créer de la valeur, tout en nourrissant un plus grand humanisme dont la société bénéficiera assurément. De toute façon, que l'innovation soit insufflée démographiquement par une minorité d'individus, elle sera assurément torrentielle au cours des prochaines années!

Notons enfin qu'historiquement, nous avons constaté que lorsque les conditions économiques ne sont pas trop difficiles (le Canada ne va pas trop mal depuis quelques années), l'authenticité peut prendre un certain envol. Par contre, en période plus incertaine, les gens ayant peur de « reculer » dans l'échelle sociale (dans la pyramide de Maslow diraient certains), les réflexes de fierté, de revalorisation de son statut social, deviennent plus exacerbés.

Compte tenu des « disruptions » technologiques et économiques que l'on peut prévoir à moyen terme, l'avenir économique du pays risque peut-être de mettre à rude épreuve ce mouvement d'authenticité naissant! On verra.

La Traviata de Verdi

Lorsqu'on réfère à cet opéra ou au roman La Dame aux camélias qui l'a inspiré, on réfère habituellement à cette déchirante histoire d'amour rendue impossible par l'imminence de la mort de l'héroïne et par l'étanchéité des classes sociales de la société française du 19e siècle.

Par contre, un élément crucial de l'histoire qui passe habituellement sous le radar est certainement le besoin frénétique de reconnaissance sociale qui anime le personnage principal (Violetta, la Traviata). Elle incarne à merveille ce besoin d'ascension sociale, de prestige et d'admiration, mobilité sociale qui ne pouvait qu'être très difficile pour une courtisane dans la société parisienne de l'époque.

Le magnifique extrait retenu ici exprime le désarroi de l'héroïne devant l'impossibilité de son amour et la futilité de ses envies d'ascension sociale. (Messieurs faut se calmer, je sais bien que la Netrebko enlève sa robe, mais ça n'a rien d'érotique, c'est sa vie de courtisane qu'elle envoie en l'air).

Giuseppe Verdi : La Traviata - Anna Netrebko, Rolando Villazón, Thomas Hampson, Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor, Wiener Philharmoniker, Carlo Rizzi (Dir.), Willy Decker (Prod.), Salzbourg Festival, 2005, Deutsche Grammophon.

Êtes-vous favorable au mariage de personnes de même sexe? 74 % des Canadiens le sont, 80 % au Québec (et Death in Venice de Benjamin Britten)

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Publié le 11-20-17 à 16:07

CROP a réalisé au cours de la dernière année la plus importante étude jamais faite au pays sur la situation des minorités sexuelles et de la communauté LGBT. On y concluait notamment que même si la communauté est aujourd'hui beaucoup mieux acceptée qu'elle ne l'a jamais été, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'atteindre une réelle égalité sociale.

L'étude mettait clairement en lumière la détresse émotionnelle que doit affronter par moment cette communauté et le manque de ressources avec lequel elle doit vivre.

Avec le recul, et sans minimiser nullement les combats que ces individus ont à mener, j'ai l'impression que l'on n'a peut-être pas suffisamment mis l'accent dans nos conclusions sur la fulgurante évolution des mentalités dont la société canadienne a fait preuve à leur endroit au cours des dernières années, le Québec en tête de piste.

Nous suivons l'attitude des gens au pays à l'égard du mariage de personnes de même sexe depuis les années 90 et l'ouverture à cet égard n'a fait que progresser à vive allure depuis. Malgré le chemin à parcourir, on assiste quand même à un véritable mouvement de légitimation sociale de l'homosexualité.

De 1997 à 2017, on est passé de 41 % des Canadiens en faveur du mariage de personnes de même sexe à 74% (de 43 % à 80 % au Québec, la province la plus en faveur au pays).

Depuis 1997, pour des fins de comparabilité, nous utilisions la même question qui datait d'avant la légalisation du mariage homosexuel par le gouvernement fédéral. Nous avons ajusté la question en 2017 pour tenir compte du contexte législatif d'aujourd'hui, sans compromettre à notre avis, la comparabilité des données.


L'avenir de la légitimité de l'homosexualité

On assiste certainement à un phénomène social, à un « courant socioculturel » de fond. Un processus de changement social unique, historique. Comme individus, nous n'acceptons plus que la société et ses institutions nous imposent des choix de vie, que ce soit à l'égard de notre couple, de notre sexualité ou de bien des aspects de notre style de vie. Ces choix se sont individualisés. Les gens sont dorénavant eux-mêmes porteurs de cette légitimité, pour eux-mêmes comme pour les autres autour d'eux. Un humanisme croissant, appliqué à soi comme aux autres.

En 1967, Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre du Canada, disait en commentant son bill omnibus que « l’état n’a rien à faire dans les chambres à coucher ». Aujourd’hui, on pourrait dire que la société n’a rien à faire dans les chambres à coucher.

De plus, lorsqu'on regarde les caractéristiques démographiques sur lesquelles se distinguent les plus hauts taux d'acceptation du mariage homosexuel, les jeunes générations sont de loin les plus favorables. Si 45 % des Canadiens sont « tout à fait d'accord » avec le mariage de personnes de même sexe, c'est 61 % chez les 18-24 ans et 58 % chez les 25-34 ans (pour respectivement 82 et 86 % dans l'ensemble des gens en accord). On peut donc facilement faire l'hypothèse que plus les jeunes générations vont s'imposer sur le plan démographique, plus le mariage de personnes de même sexe, et par conséquent l'homosexualité, deviendront des réalités de plus en plus légitimes dans notre société.

Nos bases de données avec lesquelles nous suivons les changements de valeurs au cours des années ne contiennent malheureusement pas d'informations sur les autres minorités sexuelles que les gais et lesbiennes. Nous ne pouvons donc statuer, à partir de nos outils, sur l'évolution de l'attitude des Canadiens à leur endroit. On peut quand même supposer que ces attitudes sont passablement corrélées.

À ce sujet, soulignons quand même que lors des dernières élections municipales au Québec, les citoyens d'un petit village de Montérégie ont élu la première mairesse transsexuelle de la province (à « Très-Saint-Rédempteur » près de Rigaud à la frontière ontarienne : une superbe rédemption face à toutes nos années d'intolérance!). Une preuve que les temps changent.

Notons enfin que si 74 % des Canadiens et 80 % des Québécois (le plus haut pourcentage au pays) sont en faveur du mariage de personnes de même sexe, c'est en Alberta que l'on y est le moins favorable avec une proportion de 68 %.

Une connexion holistique avec la vie ou un ardent traditionalisme nostalgique

Lorsqu'on regarde les valeurs des gens selon leur attitude à l'égard du mariage homosexuel, on découvre un gouffre socioculturel!

Les plus favorables expriment un profond besoin d'épanouissement personnel, d'expression de leur singularité, de leur individualité propre. Des besoins qu'ils expriment pour eux-mêmes et dont ils souhaitent la réalisation pour tous dans la société. Ils sont enthousiastes à l'égard de la diversité, qu'elle soit ethnoculturelle, sexuelle ou en termes de style de vie. Ils se « nourrissent » personnellement de cette diversité dans leur épanouissement. Ils se sentent aussi profondément connectés à la nature, à la vie et aux gens autour d'eux.

Par ailleurs, les plus défavorables ont l'impression que le monde actuel est totalement moralement dépravé. Ils aspirent à une vision extrêmement traditionnelle de la vie en société, dans laquelle pourrait régner la prédominance de Dieu, de la religion, de la morale et de codes sociaux très stricts. Pour eux, l'existence de mœurs sexuelles non-traditionnelles est une aberration; elle est contre-nature. Ils s'opposent de façon virulente à toute modernité qu'ils jugent amorale et desquelles ils se sentent exclus de toute façon. Ils expriment un traditionalisme fondamentalement nostalgique d'une époque où la morale conservatrice prévalait. Inutile d'insister sur le fait que dans cette vision conservatrice de la vie en société, l'homosexualité et les minorités sexuelles n'existent pas!


La diversité sociale comme trame de fond des sociétés de l'avenir

Tout en demeurant prudent quant à toute prédiction d'avenir, on peut certainement faire l'hypothèse que la société de demain sera, et de loin, urbaine, multiculturelle et peuplée d'individus aux identités personnalisées. La diversité sera certainement au cœur du tissu social. La question est davantage de savoir si cette diversité sera ghettoïsée ou si elle prendra plutôt le modèle d'une mosaïque (dans Blade Runner elle est fondamentalement ghettoïsée!).

La prévalence de chacun de ces deux scénarios dépendra surement de la façon avec laquelle on répartira la richesse. Les sociétés plus égalitaires ont tendance à être plus humanistes, moins conservatrices et plus ouvertes à la diversité, qu'elle soit multiculturelle ou sexuelle. On verra. Espérons.

Mais en attendant, il faut certainement admettre que la société canadienne est fortement engagée sur une trajectoire d'ouverture et de sensibilité croissante à l'égard des minorités sexuelles, même s'il reste beaucoup à faire pour améliorer leurs vies quotidiennes.

Death in Venice de Benjamin Britten

À ma connaissance, il y a peu d'opéras qui abordent des thèmes sur l'homosexualité ou les minorités sexuelles. Mon clin d'œil lyrique de cette semaine devait donc naturellement se porter sur la version de Mort à Venise de Britten.

Le texte aborde un thème qui est certainement tabou dans notre société : les fantasmes homosexuels d'un vieil homme à l'égard d'un adolescent (remarquez que tout au long de l'œuvre, il ne s'agit que de fantasmes, il n'y a aucune « inconduite sexuelle » pour reprendre ce thème du moment).

L'extrait retenu dépeint la prise de conscience des fantasmes de cet homosexuel mature à l'égard d'un jeune garçon, laquelle lui sert d'inspiration à son métier d'écrivain. Le tout exprimé avec un lyrisme totalement débridé!

Benjamin Britten: Death in Venice, English National Opera Orchestra, Edward Gardner, Deborah Warner, John Graham-Hall, 2014.