Sur mon radar cette semaine

Alain Giguère

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26 % des Canadiens croient que les hommes sont supérieurs aux femmes! (Et la scène de la folie dans Lucia di Lammermoor)

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 03-10-17 à 17:14

L'égalité des sexes toujours en attente!

La Journée internationale des femmes, le 8 mars dernier, m'inspira à remettre en perspective une de nos questions de sondage dont les résultats m'ont toujours intrigué : « Quoi qu'on dise, l'homme conserve certaines supériorités naturelles sur la femme contre lesquelles on ne peut rien ». Une personne sur quatre au pays (26 %) est en accord avec cette affirmation, presque une sur trois au Québec (31 %), la province où l'accord avec cette question est le plus élevé, l'Atlantique étant la région où l'accord est le plus bas (à 20 %).

Le plus curieux est d'observer que ce sont les jeunes, les milléniaux, qui sont le plus en accord avec cette affirmation (32 %, une personne sur trois, et 37 % au Québec). Est-ce l'influence d'Hollywood? Les immigrants (les gens qui ne sont pas nés au pays), les techniciens et les ouvriers se distinguent aussi comme étant particulièrement en accord avec cette affirmation.

De plus, nous suivons les résultats de cette question depuis plusieurs années et les proportions ne bougent presque pas (23 % au pays en 2000). Un fond de sentiment de supériorité masculine refuse de se désincruster dans la société et ne semble pas vouloir bouger.

Soulignons enfin que même des proportions très semblables de femmes sont d'accord avec cette affirmation (24 %, 27 % au Québec), pour conclure que Tarzan peut certainement trouver sa Jane au pays!

Supériorité ou différence? Les valeurs et cordes sensibles sous-jacentes à ce point de vue

On nous a déjà fait remarquer qu'à toute interprétation « machiste » des résultats de cette question, on peut objecter que la force physique chez l'homme peut lui conférer une « certaine supériorité » (les hommes et les femmes ne sont pas dans les mêmes compétitions aux Olympiques). D'autres, partageant des points de vue plus féministes ou moins machistes, nous disent plutôt qu'aujourd'hui, la force physique chez l'homme est davantage une différence qu'une supériorité. Dans une économie de plus en plus orientée vers le savoir et même dans des métiers traditionnellement réservés aux hommes, les femmes performent aussi bien que ces derniers.


Cliquez ici pour voir les résultats détaillés

D'ailleurs, ce qui est le plus convaincant dans ce débat c'est le profil des valeurs personnelles de ces individus qui sont en accord avec ladite affirmation : ils ne peuvent pas être plus conservateurs.

Ils expriment aussi une vive difficulté à vivre avec l'époque, un très faible sentiment d'emprise sur leur vie, une difficulté à vivre avec le changement et la complexité de la vie actuelle. Pour eux, la société n'a plus de balises, de normes, de morale, les rôles de chacun sont déstructurés. L'émancipation des femmes hors de leurs rôles traditionnels est une preuve de plus pour ces individus que notre société s'en va à la dérive!

Une question de statut est aussi en jeu, tout comme il y a beaucoup de nostalgie dans la psychologie sociale de ces individus. La nostalgie d'une époque où l'homme était la figure dominante, où il avait le statut le plus élevé dans la société. Ce besoin d'expériences de statut est toujours bien présent chez ces individus. C'est notamment ce besoin de statut social enviable qui motive ces individus à vouloir se camper dans des rôles traditionnels où les hommes et les femmes ont leurs places respectives (correspondant aux stéréotypes d'antan).

Il faut aussi ajouter qu'on retrouve une proportion significative d'immigrants, de gens nés à l'extérieur du pays, parmi les gens en accord avec cet énoncé. Ils proviennent souvent de sociétés dont les valeurs sont plus traditionnelles et qui imposent toujours des rôles très prédéterminés aux hommes et aux femmes.

Tout ça pour conclure que ceux qui sont d'accord avec cette question voient vraiment dans cette affirmation l'expression d'une supériorité sociale des hommes vis-à-vis des femmes dans des rôles stéréotypés traditionnels auxquels ils tiennent!

Les opportunités pour les entreprises et les organisations.

Je n'ai nullement la prétention de pouvoir proposer des solutions aux problèmes d'égalité entre les hommes et les femmes dans la société, d'autres s'y sont engagées depuis fort longtemps. Mais, compte tenu de ma préoccupation marquée pour la responsabilité sociale des entreprises (je crois sincèrement qu'elles doivent toutes s'y mettre), voilà un autre chantier fort prometteur.

Toutes les entreprises et les organisations sont fondées sur des valeurs. En 2017, dirait M. Trudeau, l'égalité, l'égalité des chances devrait faire partie des valeurs fondamentales de toute organisation, et des pratiques concrètes devraient être mises en place afin de s'assurer que cette valeur s'intègre dans la culture organisationnelle. Particulièrement où il y des techniciens, des jeunes et des immigrants, promouvoir une culture organisationnelle fondée sur l'égalité pourra sûrement faire évoluer la situation. D'autant plus que les résultats à cette question n'ont presque pas bougé en 20 ans.

Même pour les marques, promouvoir l'égalité des sexes ne peut que leur bénéficier sur les marchés d'aujourd'hui. À ce titre, Audi a eu une pub magnifique lors du dernier Superbowl, un placement média qui n'est certainement pas un des plus féministes! (http://www.superbowlcommercials.co/audi/)


Cliquer ici pour consulter le profil des valeurs)

La scène de la folie dans Lucia di Lammermoor

Mon clin d'œil « opératique » de cette semaine, illustrant le chemin que les femmes ont fait socialement au cours des siècles, me provient de Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti. L'opéra italien du 19e siècle a  régulièrement dépeint les femmes en hystériques, névrosées et instables. Dans cet extrait, Lucia a effectivement perdu la tête! Son frère l'a mariée de force à un « bon parti » pour l'avancement social de la famille. Le soir des noces, Lucia, comme dans un état de psychose, tue son nouveau mari et chante son allégresse de retrouver bientôt son ancien amoureux! Un passage que l'on nomme « l'air de la folie » dans le répertoire. Un bijou sur le plan mélodique!

Donizetti: Lucia di Lammermoor / Netrebko, Beczala, Kwiecien, The Metropolitan Opera, New York, 2009, Deutsche Grammophon.