Sur mon radar cette semaine

Alain Giguère

Crop à la Une

Nos études publiques

Fil RSS

Nos contenus

Notre blogue

Bienvenue sur notre blogue. Ici, nous partageons nos idées et nos sources d’inspiration en toute liberté !

34 % des Canadiens se préoccupent peu de savoir si les informations qu’ils lisent ou regardent sont vraies ou fausses, pourvu qu’elles les touchent émotionnellement! (Et le mensonge dans Don Giovanni de Mozart)

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 03-20-17 à 16:18

Sommes-nous prêts pour un Donald Trump pour diriger le pays?

Durant sa campagne électorale, Donald Trump a admis avoir menti à quelques reprises lorsqu'il n'arrivait pas à captiver suffisamment ses auditoires. Lorsqu'il avait l'impression que les gens s'ennuyaient, il leur lançait des « ballons » et pouvait se rétracter par la suite lorsque l'information erronée n'était plus « utile ». Ce qui ne l'a pas empêché de devenir président des États-Unis. On aurait pu croire qu'un politicien qui admet mentir ne ferait pas long feu; mais au contraire, en disant ce que les gens voulaient entendre, peu importe que ce soit vrai ou faux, il a conquis les foules!

On a assisté aussi à toute cette explosion de « fausses nouvelles » (« fake news »), vague sur laquelle Monsieur Trump a certainement surfé (et semble continuer de le faire - en l'occurrence, la présumée écoute électronique de M. Obama).

Tout ce phénomène est profondément troublant. On ment aux gens, mais ça leur importe peu! Je me suis donc demandé s'il pouvait exister au pays une proportion significative d'individus pouvant réagir de façon similaire. Sans croire vraiment que nous arriverions à des résultats significatifs, nous avons quand même posé cette question dans notre dernière enquête sur les valeurs des Canadiens : « Quand je lis, j'écoute ou je regarde les informations, peu m'importe si elles ne sont pas totalement vraies, ce qui est important pour moi, c'est qu'elles me touchent émotionnellement, qu'elles fassent vibrer une corde sensible en moi ».

À notre plus grande stupéfaction, 34 % des Canadiens se sont estimés en accord avec cette affirmation! Près de deux personnes sur cinq au Québec (37 %), la province où cette proportion est la plus élevée, alors qu'on a obtenu 30 % en Colombie-Britannique et dans les Prairies, là où cette proportion est la plus faible.

Il est vrai qu'il y a trois fois plus de gens se déclarant « plutôt en accord » que « tout à fait d'accord » avec l'affirmation en question, 26 % contre 8 %; mais quand même, on ne rechigne pas trop à se faire mentir à la figure pourvu que l'on soit touché émotionnellement un peu!

Même ceux qui s'estiment « plutôt en désaccord » avec l'idée en question, une personne sur trois au pays (32 %, 38 % au Québec), sont étonnants! Comment peut-on ne pas être tout à fait en désaccord avec une telle affirmation? (34 % au pays, 26 % au Québec).

Des clientèles plus vulnérables

Les gens en accord avec ladite affirmation se retrouvent parmi ceux qui ont les revenus et les niveaux d'éducation les plus faibles au pays, parmi les immigrants, parmi les ouvriers et les cols bleus. Les plus étonnants sont les jeunes : 43 % des gens âgés de 18 à 24 ans sont en accord avec la question, 39 % chez les 25-34 ans.

C'est comme si devant une certaine vulnérabilité socioéconomique, le besoin de se faire réconforter dans ses perceptions, d'éprouver quelques émotions gratifiantes, d'être ému était plus important que d'avoir l'heure juste! Comme dans les régimes autoritaires, soviétiques ou communistes, c'est l'efficacité, l'utilité de l'information qui est importante et non sa justesse! L'efficacité étant, dans ce cas-ci, la capacité d'émouvoir, de toucher les cordes sensibles des gens.


Cliquez ici pour voir les résultats détaillés

Est-ce là que nous mène le vent de populisme qui traverse actuellement les démocraties occidentales : la vérité comme une tradition perdant de sa pertinence dans ce nouveau monde complexe et incertain dans lequel nous sommes de plus en plus engagés?

Les valeurs et « postures mentales » motivant cette acceptation docile du mensonge!

Le profil socioculturel de ces « crédules assumés » permet quand même de comprendre pourquoi ils expriment une telle attitude. D'abord, ce sont des gens profondément cyniques. Ils croient que de toute façon toutes les élites de la société leur mentent! Les médias, les politiciens, les gens d'affaires, même les scientifiques, toutes ces élites ont quelque chose « à vendre » et nous mentent pour obtenir ce qu'elles veulent!

Ils se sentent aussi plus ou moins en posture d'exclusion dans la société. Ils se sentent déconnectés par rapport à ce qui se passe dans la société, à ce que l'on raconte dans les médias. Ils ont l'impression qu'il n'y a pas (ou plus) de place pour des gens comme eux dans notre société. Ils sont fatalistes. Le pire risque de leur arriver. Ils ont l'impression qu'ils ont peu de contrôle sur leur vie, tout en ayant l'impression en même temps qu'ils peuvent finir par s'adapter à la vie actuelle. Ce, par la désobéissance civile notamment (aux grands maux, les grands moyens!).

Ils valorisent aussi des leaderships forts dans la société, comme solution de redressement à ce monde qui leur donne l'impression de les exclure.

Nous revoilà donc revenus à M. Trump ou à son éventuel équivalent canadien!


Cliquer ici pour consulter le profil des valeurs)

Les opportunités pour les entreprises et les organisations

J'aime bien, lorsqu'on identifie des phénomènes de société et de marché, en tirer des implications et des opportunités pour les organisations, les entreprises et les marques. Dans ce cas-ci, je ne conseillerais certainement pas de mentir aux gens ou aux consommateurs tout en les touchant émotionnellement afin de promouvoir sa cause! Mais les gens ont certainement besoin d'être émus, réconfortés, mobilisés via leurs cordes sensibles. L'opportunité en communication pour les marques et les organisations est donc, plus que jamais, de toucher les gens émotionnellement. Les informer est certes nécessaire, mais non suffisant.

Bien sûr, il faut redoubler de vigueur pour débusquer les fausses nouvelles et leurs auteurs. Un appel sans équivoque aux médias, aux organismes de presse et aux plateformes de médias sociaux. Il me semble que les efforts de Facebook et autres sont bien timides compte tenu de l'ampleur du phénomène.

Le mensonge chez Don Giovanni!

Dans l'histoire de l'opéra, l'un des plus grands menteurs, si ce n'est le plus grand, est certainement Don Giovanni. Il ne mentait pas pour conquérir le pouvoir politique, mais bien pour conquérir les femmes! J'ai choisi ici un extrait dans lequel son valet, Leporello, tente de « consoler » une conquête abandonnée de son patron. Il lui explique qu'elle n'est malheureusement qu'une de ses nombreuses conquêtes auxquelles il promet mer et monde (le mariage notamment) pour se prévaloir de leurs charmes. Il s'agit de ce que l'on nomme dans le répertoire « l'Air du catalogue », et j'oserai déclarer que c'est certainement l'un des plus beaux de toute l'histoire de la musique. Ici, dans une production « moderne » de la Scala de Milan (décembre 2011).

W. A. Mozart : Don Giovanni - Peter Mattei, Bryn Terfel, Anna Netrebko, Barbara Frittoli, Giuseppe Filianoti, Anna Prohaska, Coro e Orchestra del Teatro alla Scala, Daniel Barenboim, Production: Robert Carsen, Milano, release 06 Nov. 2015, Deutsche Grammophon.