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Le Canada et ses sociétés distinctes (Et La Bohème de Giacomo Puccini)

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 06-26-17 à 14:02

Le Québec et le Canada anglais affichent toujours quelques priorités de vie fort différentes!

En cette date médiane entre la Fête nationale du Québec et celle du Canada, j'ai cherché dans nos bases de données les indicateurs qui nous permettent le mieux de mettre en relief les différences entre les Québécois et les Canadiens des autres provinces.

Il est de bon ton de parler de société distincte en parlant du Québec. Mais le Canada anglais en est une aussi, héritant notamment d'un patrimoine culturel inspiré d'une version désacralisée de l'éthique protestante.

La Joie de vivre?

Au Québec, il peut certainement paraître stéréotypé, voire même « éculé » de parler de Joie de vivre pour y décrire l'art de vivre. Mais celle-ci se laisse quand même toujours aisément mesurer par de nombreux indicateurs. Des résultats éloquents à cet égard sont certainement ceux que l'on obtient en comparant l'importance accordée par les Québécois et les Canadiens anglais à l'idée suivante : « Lorsqu'on reçoit les gens chez soi, les honorer par la qualité de l'accueil et des repas ».

Deux Québécois sur cinq (42 %) répondent qu'il est très important pour eux d'honorer leurs convives par la qualité de l'accueil et des repas lorsqu'ils reçoivent, cette proportion étant de 27 % chez les Canadiens anglais, une différence de 15 points.

Un mélange de convivialité, de plaisir, de fierté et même de défi!

En fait, c'est lorsque l'on croise les résultats de cette question avec les valeurs et cordes sensibles des gens que la « québécitude » de ces résultats prend tout son sens. Les gens pour qui il est très important d'honorer leurs convives lorsqu'ils reçoivent sont animés d'un vif besoin de fierté, l'envie de préparer le repas dont tous les invités vont se rappeler longtemps (maintenant on publie des photos sur Instagram). Une saine et amusante compétition peut subtilement s'installer sur qui réalise le mieux tel ou tel mets, faisant monter les enchères pour chacune des rencontres subséquentes!


Une grande importance est aussi accordée à entretenir des rapports émotionnellement significatifs et vraiment authentiques avec autrui. La convivialité dans ce qu'elle a de plus sincère et engageant. Sans oublier le plaisir, l'émotion, ainsi que l'élégance et la sensualité de la présentation des aliments, ceux de la table comme des convives!

L'expression d'une culture latine en tout point!

L'appui sur les institutions au Québec et la responsabilisation personnelle au Canada anglais

Dans un autre registre, l'accord avec l'idée suivante en dit aussi beaucoup sur d'autres différences entre le Québec et le Canada anglais : « La société se porterait mieux si les gouvernements jouaient un rôle plus important ».

Au Québec, 55 % des gens sont en accord avec cette idée, alors que cette proportion est de 31 % dans les autres provinces du pays, une différence de 24 points!

Un engagement civique, social et communautaire au Canada anglais

Le désaccord marqué avec cette idée à l'extérieur du Québec (plus de deux personnes sur trois, 69 %) exprime une vision totalement opposée du rôle des institutions comparativement à celle qu'entretiennent les Québécois.


Pour les Canadiens anglais, l'État doit jouer un rôle minimal dans la société. Ce sont les gens eux-mêmes, les citoyens qui se doivent de développer un sentiment et un engagement civiques, communautaires. L'entraide, la responsabilité sociale, les réflexes de consommation éthique, l'engagement dans sa communauté sont toutes des valeurs que l'on retrouve beaucoup plus fortement exprimées au Canada anglais qu'au Québec, tout comme chez les tenants de l'intervention la plus minimale des gouvernements dans la société comme dans la vie des gens.

Plus fondamentalement, derrière toutes ces valeurs, le sens du devoir semble s'imposer comme le « ciment culturel » qui vient donner un sens à cet engagement civique, un sens du devoir tout droit inspiré de l'éthique protestante traditionnelle. Les Canadiens anglais ont certainement déserté leurs églises autant que les Québécois, mais cette éthique collectiviste, ce sens de l'engagement civique sont restés dans les mœurs (auxquels s'ajoute certainement une espèce de répulsion systématique à toute bureaucratie dans les milieux plus « conservateurs »).

Tout comme la Joie de vivre au Québec, cette étique collectiviste, l'idée de cette éthique collectiviste peut aussi paraître un peu « éculée » lorsqu'on parle des autres provinces du pays, mais cet engagement civique marque toujours la culture du Canada anglais, même aujourd'hui.

Il ne s'agit pas de dire que ce collectivisme n'existe pas au Québec, mais il est certainement moins présent qu'au Canada anglais (quantitativement, en termes « d'adeptes »). Et le réflexe au Québec d'exiger de nos gouvernements de prendre en charge nos responsabilités sociales est quand même très développé (beaucoup plus qu'au Canada anglais).

Le Canada demeure donc le Canada!

Ainsi, même dans la modernité actuelle, dans la globalisation des marchés, de la culture, des communications et des médias, les grands traits culturels caractérisant les deux peuples fondateurs du pays demeurent. Une société d'origine française et catholique (d'où la prédominance des institutions) exprime toujours ces traits profondément latins (les Français de France semblent aussi exprimer ce même haut niveau d'attentes à l'égard de leurs institutions); alors que les autres provinces du pays dont les racines culturelles proviennent à l'origine de communautés anglo-protestantes laissent toujours observer cette sensibilité et cet engagement sociocommunautaires.

Par contre, les différences que l'on observe aujourd'hui sont moins marquées qu'elles ne l'étaient, disons, il y a une vingtaine d'années. Le Canada anglais ne se replie plus dans cet ascétisme protestant d'antan. La Joie de vivre y est de plus en plus présente dans les mœurs et les valeurs des gens (Toronto n'est plus cette ville ennuyante que décrivaient les Québécois autrefois - notre réputé chef montréalais David McMillan a même décrété dernièrement qu'on y retrouvait les meilleurs restaurants du pays!).

Par contre, ce collectivisme engagé dans sa communauté ne progresse pas vraiment au Québec. Sans dire qu'il n'existe pas dans la belle province, il demeure significativement sous-développé comparativement au Canada anglais.

Le pays reste donc le pays, avec sa diversité, ses différences culturelles.


La Bohème de Giacomo Puccini

L'air « Quando men' vo soletta » (Lorsque je m'en vais toute seule, par les rues, les gens s'arrêtent pour me regarder) de Musetta dans la Bohème de Puccini s'impose, il me semble, comme le clin d'œil lyrique parfait pour ce texte. Cette belle et riche courtisane a entrepris d'affirmer son pouvoir de séduction sur les hommes dans cette scène des plus aguichantes. On y retrouve tous les archétypes de la Joie de vivre à la française dans ce Paris coquin du 19e siècle : sensualité, passion, jalousie, esbroufe, plaisir de table, alcool... tout y est!

Giacomo Puccini : La Bohème, Mirella Freni, Gianni Raimondi, Rolando Panerai, Adriana Martino, Ivo Vinco, Franco Zeffirelli, Wilhelm Semmelroth, Herbert von Karajan, Orchestra E Coro del Teatro alla Scala, Milano, Deutsche Grammophon, juin 2006.