Sur mon radar cette semaine

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Voteriez-vous pour un politicien populiste? 60 % des Canadiens disent qu’il est probable que oui, 66 % au Québec contre 59 % au Canada anglais (et Parsifal de Richard Wagner)

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 10-06-17 à 14:52

Le patron de Cogeco, Monsieur Louis Audet, un homme très engagé à l'égard des causes sociopolitiques et économiques du pays, nous a commandé dernièrement une étude sur le populisme au Canada. En fait, sur l'appui que l'on pourrait trouver dans la population canadienne à un politicien populiste du style de ceux que l'on a vus émerger en occident au cours des dernières années.

Afin de proposer aux gens un portrait de politicien qui corresponde le plus possible à tous ces populistes que l'on retrouve un peu partout dans le monde, nous avons essayé de résumer les grands traits et éléments de programme qui les caractérisent. Or, après réflexion, les traits suivants semblent revenir constamment : habituellement, ces politiciens s'engagent à...

• ne se dévouer qu'aux intérêts de la classe moyenne, à ne pas obéir aux riches et puissants;

• à freiner de façon importante l'immigration et l'afflux de réfugiés;

• à mettre en place des mesures de protection de l'identité nationale et de protectionnisme économique;

• ils se présentent comme affranchis de toutes les mœurs et façons de faire de la politique traditionnelle.

Nous avons combiné tous ces éléments dans une question de sondage adressé aux Canadiens (à l'exception du protectionnisme, sachant que de façon générale, les Canadiens sont favorables au libre-échange) et à notre grande surprise, trois personnes sur cinq au pays (60 %, deux sur trois au Québec, 66 %) admettent qu'il est probable qu'ils votent pour un tel politicien!

Notons aussi que selon le profil démographique, le supporteur typique de ce type de politicien vit dans de petites municipalités, il a un niveau d'éducation moyen et est âgé entre 35 et 54 ans. En fait, on obtient le profil emblématique de la classe moyenne de régions aux prises avec les réalités socioéconomiques incertaines que l'on retrouve hors des grands centres.

Une réelle mouvance politique

Je suis tout à fait conscient qu'il faut faire bien attention à ces prédictions politiques basées sur de tels résultats de sondage. Tout dépend du candidat lui-même, de la joute politique en place, des équipes de candidats, etc. Par exemple, lorsqu'on demande aux gens s'ils aimeraient que nous ayons un jour au Canada un politicien du style de Donald Trump, seulement 18 % sont d'accord. Mais ici, c'est le style qui déplait. Le programme politique populiste décrit plus haut trouve quand même 60 % d'appui au pays. C'est dire qu'avec un candidat plus « distingué », articulé, un tel politicien aurait des chances de prendre le pouvoir au pays.


Ce qui attire les gens dans cette proposition politique n'est pas homogène selon qu'on l'appuie fortement ou modérément. Mais l'engagement de ne se dévouer qu'aux intérêts de la classe moyenne et à ne pas obéir aux riches et puissants est certainement un thème qui rejoint une pluralité (41 %) de l'ensemble des supporteurs de ce genre de politiciens. C'est comme si dans la population, une perception très tenace s'était implantée voulant que les politiciens n'obéissent qu'aux riches et puissants au détriment de la classe moyenne!

Par contre, chez les plus enthousiastes à l'égard d'un tel politicien (26 %), les restrictions sur l'immigration prennent le dessus, et de loin. Une perspective intolérante de méfiance à l'égard des immigrants et des réfugiés alimente l'appui des plus forts supporteurs de notre politicien populiste. Ils ne se reconnaissent plus dans la diversité sociale actuelle. Ils ont l'impression que l'immigration menace l'identité culturelle du pays. Si 48 % des Canadiens sont d'accord avec l'idée voulant que « Si notre pays s'ouvre trop aux immigrants, nous risquons de perdre notre identité », c'est 87 % chez les plus enthousiastes supporteurs de notre politicien populiste!

Pour ces gens, la société change top vite. Ils n'ont plus l'impression d'y avoir de place, ils sont fatalistes face à l'avenir. L'immigrant devient ce symbole d'une société qui les exclut.

Pour les plus modérés, c'est le cynisme qui les alimente. Le sentiment que personne ne peut rien pour eux, ne s'intéresse à eux, certainement pas les politiciens traditionnels. Ils se sentent laissés-pour-compte, vulnérables. C'est l'accent sur la classe moyenne qui retient leur attention (au détriment des riches et célèbres).


Un défi pour la classe politique

Ces résultats mettent certainement en lumière une profonde déconnexion de la classe politique vis-à-vis d'une large partie de la population. Cette perception que la classe politique n'obéit qu'aux puissants au mépris de la classe moyenne retire une large part de confiance et même de légitimité à nos élus. L'ampleur de l'appui à notre hypothétique politicien populiste (60 %) dénote d'une perception fort négative à l'égard de notre classe politique et de sa gestion des enjeux sociaux. De tels résultats représentent certainement un message fort pour nos politiciens. Il faut réarticuler la communication, la connexion, bannir la « langue de bois », remettre l'authenticité au centre du discours et faire preuve d'une plus grande écoute à l'égard des électeurs. Mieux éduquer aussi face aux enjeux de l'époque.

Une pédagogie du nouveau monde s'impose. Les vagues migratoires vont continuer. L'innovation va continuer à déstructurer les entreprises traditionnelles, en région comme dans les grandes villes. Les conditions socioéconomiques et politiques nourrissant le populisme risquent de prendre de l'ampleur. La démocratie canadienne peut être mise à mal dans un tel contexte.

Il est intéressant d'observer que Monsieur Trudeau à Ottawa joue un très bon rôle de rempart en ce moment face à ce populisme ambiant. Son crédo à l'égard de la classe moyenne (au prix notamment d'accorder un congé de TPS à Netflix!) capte certainement l'attention des électeurs canadiens pour qui la défense de la classe moyenne est une priorité. Il s'agira de voir si d'ici les prochaines élections fédérales, cette recette peut suffire!

Parsifal de Richard Wagner

Cette œuvre de Wagner se prête à merveille à mon clin d'œil lyrique de cette semaine. L'idée du politicien nouveau, affranchi, « vierge » de toute acculturation des mœurs politiques traditionnelles, renvoie parfaitement au surhomme nietzschéen qu'incarnent certains des personnages des œuvres de Wagner (Siegfried et Parsifal notamment). Parsifal est ce héros qui peut libérer la communauté des gardiens du Graal de leur sort qui les voue à leur annihilation. Selon la trame du récit, seul un jeune homme « innocent », totalement ignorant du péché pourra sauver la communauté; l'innocence étant comprise ici comme l'absence d'acculturation aux valeurs de la société.

Dans l'extrait retenu, Parsifal résiste aux avances de la séductrice et pécheresse Kundry tout en anéantissant la puissance magique et maléfique du sorcier Klingsor.

Un superbe extrait avec Jonas Kaufmann, le ténor de l'époque, dans une mise en scène de François Girard au Met de New York.

Wagner: Parsifal - Jonas Kaufmann (Parsifal), Katarina Dalayman (Kundry), Peter Mattei (Amfortas), René Pape (Gurnemanz), Evgeny Nikitin (Klingsor), Rúni Brattaberg (Titurel), Maria Zifchak (Stimme) Orchestra of the Metropolitan Opera, Daniele Gatti (dir.), Francois Girard (prod.)