Sur mon radar cette semaine

Alain Giguère

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Êtes-vous favorable au mariage de personnes de même sexe? 74 % des Canadiens le sont, 80 % au Québec (et Death in Venice de Benjamin Britten)

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 11-20-17 à 16:07

CROP a réalisé au cours de la dernière année la plus importante étude jamais faite au pays sur la situation des minorités sexuelles et de la communauté LGBT. On y concluait notamment que même si la communauté est aujourd'hui beaucoup mieux acceptée qu'elle ne l'a jamais été, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'atteindre une réelle égalité sociale.

L'étude mettait clairement en lumière la détresse émotionnelle que doit affronter par moment cette communauté et le manque de ressources avec lequel elle doit vivre.

Avec le recul, et sans minimiser nullement les combats que ces individus ont à mener, j'ai l'impression que l'on n'a peut-être pas suffisamment mis l'accent dans nos conclusions sur la fulgurante évolution des mentalités dont la société canadienne a fait preuve à leur endroit au cours des dernières années, le Québec en tête de piste.

Nous suivons l'attitude des gens au pays à l'égard du mariage de personnes de même sexe depuis les années 90 et l'ouverture à cet égard n'a fait que progresser à vive allure depuis. Malgré le chemin à parcourir, on assiste quand même à un véritable mouvement de légitimation sociale de l'homosexualité.

De 1997 à 2017, on est passé de 41 % des Canadiens en faveur du mariage de personnes de même sexe à 74% (de 43 % à 80 % au Québec, la province la plus en faveur au pays).

Depuis 1997, pour des fins de comparabilité, nous utilisions la même question qui datait d'avant la légalisation du mariage homosexuel par le gouvernement fédéral. Nous avons ajusté la question en 2017 pour tenir compte du contexte législatif d'aujourd'hui, sans compromettre à notre avis, la comparabilité des données.


L'avenir de la légitimité de l'homosexualité

On assiste certainement à un phénomène social, à un « courant socioculturel » de fond. Un processus de changement social unique, historique. Comme individus, nous n'acceptons plus que la société et ses institutions nous imposent des choix de vie, que ce soit à l'égard de notre couple, de notre sexualité ou de bien des aspects de notre style de vie. Ces choix se sont individualisés. Les gens sont dorénavant eux-mêmes porteurs de cette légitimité, pour eux-mêmes comme pour les autres autour d'eux. Un humanisme croissant, appliqué à soi comme aux autres.

En 1967, Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre du Canada, disait en commentant son bill omnibus que « l’état n’a rien à faire dans les chambres à coucher ». Aujourd’hui, on pourrait dire que la société n’a rien à faire dans les chambres à coucher.

De plus, lorsqu'on regarde les caractéristiques démographiques sur lesquelles se distinguent les plus hauts taux d'acceptation du mariage homosexuel, les jeunes générations sont de loin les plus favorables. Si 45 % des Canadiens sont « tout à fait d'accord » avec le mariage de personnes de même sexe, c'est 61 % chez les 18-24 ans et 58 % chez les 25-34 ans (pour respectivement 82 et 86 % dans l'ensemble des gens en accord). On peut donc facilement faire l'hypothèse que plus les jeunes générations vont s'imposer sur le plan démographique, plus le mariage de personnes de même sexe, et par conséquent l'homosexualité, deviendront des réalités de plus en plus légitimes dans notre société.

Nos bases de données avec lesquelles nous suivons les changements de valeurs au cours des années ne contiennent malheureusement pas d'informations sur les autres minorités sexuelles que les gais et lesbiennes. Nous ne pouvons donc statuer, à partir de nos outils, sur l'évolution de l'attitude des Canadiens à leur endroit. On peut quand même supposer que ces attitudes sont passablement corrélées.

À ce sujet, soulignons quand même que lors des dernières élections municipales au Québec, les citoyens d'un petit village de Montérégie ont élu la première mairesse transsexuelle de la province (à « Très-Saint-Rédempteur » près de Rigaud à la frontière ontarienne : une superbe rédemption face à toutes nos années d'intolérance!). Une preuve que les temps changent.

Notons enfin que si 74 % des Canadiens et 80 % des Québécois (le plus haut pourcentage au pays) sont en faveur du mariage de personnes de même sexe, c'est en Alberta que l'on y est le moins favorable avec une proportion de 68 %.

Une connexion holistique avec la vie ou un ardent traditionalisme nostalgique

Lorsqu'on regarde les valeurs des gens selon leur attitude à l'égard du mariage homosexuel, on découvre un gouffre socioculturel!

Les plus favorables expriment un profond besoin d'épanouissement personnel, d'expression de leur singularité, de leur individualité propre. Des besoins qu'ils expriment pour eux-mêmes et dont ils souhaitent la réalisation pour tous dans la société. Ils sont enthousiastes à l'égard de la diversité, qu'elle soit ethnoculturelle, sexuelle ou en termes de style de vie. Ils se « nourrissent » personnellement de cette diversité dans leur épanouissement. Ils se sentent aussi profondément connectés à la nature, à la vie et aux gens autour d'eux.

Par ailleurs, les plus défavorables ont l'impression que le monde actuel est totalement moralement dépravé. Ils aspirent à une vision extrêmement traditionnelle de la vie en société, dans laquelle pourrait régner la prédominance de Dieu, de la religion, de la morale et de codes sociaux très stricts. Pour eux, l'existence de mœurs sexuelles non-traditionnelles est une aberration; elle est contre-nature. Ils s'opposent de façon virulente à toute modernité qu'ils jugent amorale et desquelles ils se sentent exclus de toute façon. Ils expriment un traditionalisme fondamentalement nostalgique d'une époque où la morale conservatrice prévalait. Inutile d'insister sur le fait que dans cette vision conservatrice de la vie en société, l'homosexualité et les minorités sexuelles n'existent pas!


La diversité sociale comme trame de fond des sociétés de l'avenir

Tout en demeurant prudent quant à toute prédiction d'avenir, on peut certainement faire l'hypothèse que la société de demain sera, et de loin, urbaine, multiculturelle et peuplée d'individus aux identités personnalisées. La diversité sera certainement au cœur du tissu social. La question est davantage de savoir si cette diversité sera ghettoïsée ou si elle prendra plutôt le modèle d'une mosaïque (dans Blade Runner elle est fondamentalement ghettoïsée!).

La prévalence de chacun de ces deux scénarios dépendra surement de la façon avec laquelle on répartira la richesse. Les sociétés plus égalitaires ont tendance à être plus humanistes, moins conservatrices et plus ouvertes à la diversité, qu'elle soit multiculturelle ou sexuelle. On verra. Espérons.

Mais en attendant, il faut certainement admettre que la société canadienne est fortement engagée sur une trajectoire d'ouverture et de sensibilité croissante à l'égard des minorités sexuelles, même s'il reste beaucoup à faire pour améliorer leurs vies quotidiennes.

Death in Venice de Benjamin Britten

À ma connaissance, il y a peu d'opéras qui abordent des thèmes sur l'homosexualité ou les minorités sexuelles. Mon clin d'œil lyrique de cette semaine devait donc naturellement se porter sur la version de Mort à Venise de Britten.

Le texte aborde un thème qui est certainement tabou dans notre société : les fantasmes homosexuels d'un vieil homme à l'égard d'un adolescent (remarquez que tout au long de l'œuvre, il ne s'agit que de fantasmes, il n'y a aucune « inconduite sexuelle » pour reprendre ce thème du moment).

L'extrait retenu dépeint la prise de conscience des fantasmes de cet homosexuel mature à l'égard d'un jeune garçon, laquelle lui sert d'inspiration à son métier d'écrivain. Le tout exprimé avec un lyrisme totalement débridé!

Benjamin Britten: Death in Venice, English National Opera Orchestra, Edward Gardner, Deborah Warner, John Graham-Hall, 2014.