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Alain Giguère

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Le père de famille : 29 % des Canadiens croient qu’il doit « commander » chez lui (26 % au Québec). (Et La Cenerentola de Gioachino Rossini)

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Publié le 06-12-17 à 16:08

Un choc de culture entre les tenants de la famille moderne et ceux de la famille traditionnelle!

À la veille de la fête des Pères, je me devais d'aborder une question que l'on mesure depuis longtemps et qui constitue un magnifique indicateur de l'évolution de la société et de la famille comme « organisation sociale». Cette dernière a beaucoup évolué au cours des années. Les types de « familles » actuels sont très différents de celui qui prévalait il y a, disons, 50 ans. Ils sont pluriels, multiformes, adaptatifs.

En fait, le modèle « pyramidal » de la famille traditionnelle, dans lequel le père détient le rôle d'autorité première, l'épouse lui venant en appui et les enfants étant soumis à l'autorité parentale, s'est progressivement déstructuré à partir des années 60 jusqu'à la fin des années 90, moment où la popularité de ce modèle a connu un « plancher ».

L'évolution de l'accord avec l'énoncé suivant permet fort bien de mesurer ce phénomène (une de nos questions « favorites » pour sa pertinence socioculturelle) : « Le père de famille doit commander chez lui ».

En 1983, première année où CROP a mesuré cette question, 42 % des Canadiens (32 % au Québec) étaient en accord avec l'idée proposée. Cette proportion a atteint un plancher de 17 % en 1998 (13 % au Québec en 2002). De plus, ces dernières proportions sont restées tout à fait stables jusqu'en 2013, moment à partir duquel nous observons une résurgence de popularité de ce modèle « pyramidal » de famille traditionnelle.

En effet, de 2013 à 2017, la proportion de Canadiens d'avis que le père de famille doit commander chez lui est passée de 19 % à 29 % (de 14 % à 26 % au Québec), une progression d'une dizaine de points sur quatre ans (12 au Québec)!

L'immigrant et « l'homme blanc en colère »!

Sur le plan démographique, une combinaison plurielle de caractéristiques vient conditionner l'appui à cette vision traditionnelle de la famille. Bien sûr, être immigrant est du nombre. Plusieurs des nouveaux arrivants proviennent de sociétés aux mœurs beaucoup plus traditionnelles que les nôtres et dans lesquelles cette vision de la famille a préséance. Mais l'immigration est loin d'expliquer entièrement le phénomène.


L'archétype du tenant de cette famille traditionnelle est un homme, à faible revenu, âgé entre 25 et 54 ans, marié ou veuf. Il est aux prises avec les stress socioéconomiques de la vie actuelle et a vraiment l'impression d'avoir peu d'opportunités de pouvoir améliorer son sort.

Des valeurs traditionnelles et des fantasmes de codes sociaux clairement définis!

Les valeurs et postures mentales des tenants de la vision traditionnelle de la famille laissent observer une pluralité de motivations diverses. Il ne s'agit vraiment pas d'un bloc homogène de conservatisme. Bien qu'on y observe un ensemble de valeurs très traditionnelles : le rôle des hommes et des femmes se définissant de façons très stéréotypées et conservatrices. On valorise l'ordre, la morale, la discipline, le sens du devoir avant tout, la religion, l'autorité des institutions, etc.

Mais par-delà ces « évidences », on observe chez ces « traditionalistes » une profonde difficulté à vivre avec l'époque actuelle, à s'adapter à une société qui change beaucoup trop vite pour eux. La diversité ethnique, comme celle des manières de vivre, les mariages gais, les changements technologiques, les restructurations d'entreprises, en fait, tout ce qui redéfinit actuellement la société et l'économie les dépasse complètement. Ils ont l'impression de vivre dans un monde dans lequel il n'y a plus aucun repère, aucune balise. Ils deviennent cyniques, amers, frustrés et anxieux face à ce monde dans lequel ils ne se retrouvent plus.

Ils sentent leur identité sociale remise en question, diminuée. Comme si devant ce monde dans lequel ils ont l'impression de ne plus avoir de place, ils devenaient des citoyens de seconde zone, dont le statut devenait moins enviable.

D'où ce fantasme de se remouler dans des codes sociaux très bien définis : où les hommes sont des hommes, les femmes restent à leur place; l'envie de recréer un monde moins complexe, plus prévisible et dans lequel on peut être fier de son identité (de sa femme, de son mari, de sa maison de banlieue, etc.).

On observe aussi clairement sur plusieurs autres de nos indicateurs que depuis 2012-2013, les gens au pays ont l'impression que le changement s'accélère. Ils espéraient qu'au sortir de la récession, la vie redeviendrait « comme avant ». Ce qui n'est vraiment pas le cas. Les transformations s'accélèrent. La vie devient plus complexe (ce qui est le propre du vivant). Pour certains, ces changements sont difficiles à suivre. Ils y perdent leurs repères.


Un défi de société

Sur le plan sociopolitique, de telles tendances mènent directement à tous ces mouvements d'extrême droite qui se sont développés dans le monde au cours des dernières années et qui ont même formé des gouvernements dans plusieurs pays. La société et les institutions se devront de trouver des moyens pour devenir plus inclusives, pour mieux répartir la richesse, combattre l'exclusion et le cynisme.

Les tendances qui catalysent le changement ne vont pas s'atténuer. Elles opèrent davantage sur un mode exponentiel. Les enjeux reliés au sentiment d'exclusion et au cynisme risquent de s'amplifier dans les années qui viennent. Les fantasmes de codes sociaux traditionnels et stéréotypés ne sont qu'un symptôme d'une société qui change trop vite pour certains.

La Cenerentola de Gioachino Rossini

Comme clin d'œil lyrique à ce rôle du père dans la famille traditionnelle, quoi de mieux que celui que l'on retrouve dans la Cendrillon de Rossini. L'extrait que j'ai retenu ici présente ce père qui veut marier ses filles à des princes (c'est le père qui commande) afin de pouvoir s'élever dans la hiérarchie sociale et de régler ses problèmes financiers.

Gioachino Rossini : La Cenerentola, Elina Garanca, Lawrence Brownlee, John Relyea, Alessandro Corbelli, Rachelle Durkin, Patricia Risley, Simone Alberghini, The Metropolitan Opera Orchestra and Chorus, Maurizio Benini, Int. du 26 avril 2013.

Les Québécois et l’alcool

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Publié le 05-30-17 à 14:34

Une récente étude menée par CROP pour Éduc’alcool démontre qu’au cours des cinq dernières années, la consommation moyenne d’alcool des Québécois a diminué.

Pour plus de détails, veuillez consulter les articles journalistiques suivants.

Cliquez ici pour consulter l’article paru dans La presse

Cliquez ici pour consulter l’article paru dans Le Soleil

Cliquez ici pour consulter l’article paru dans Le journal de Montréal

Cliquez ici pour consulter la vidéo de TVA Nouvelles

Cliquez ici pour consulter l’article paru dans Montreal Gazette

L’innovation : 34 % des Canadiens lui sont enthousiastes, alors que 22 % la diabolisent! (Et la poupée robot des Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach)

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Publié le 05-29-17 à 16:35

L'innovation : une profonde fracture sociale face au rythme du changement

Ce texte fait suite au précédent sur la créativité. Si ce dernier se voulait une humble mise en bouche à C2 Montréal, cette grande messe de la créativité commerciale, ce nouveau texte met en relief notre attitude à l'égard de l'innovation (l'intelligence artificielle fut notamment au menu du dernier C2).

L'économie carbure à l'innovation et le rythme en est de plus en plus accéléré, tout comme sa diffusion d'ailleurs. Beaucoup de consommateurs y voient un terrain de jeu fantastique, particulièrement les plus « Innovateurs » ainsi que les « Adoptants précoces » (« Early adopters »), étant avides d'être les premiers à se prévaloir des nouvelles offres sur le marché. J'utilise ici la nomenclature popularisée par Everett Rogers depuis les années 60 par son modèle sur la diffusion de l'innovation : des Innovateurs à la Majorité précoce, jusqu'aux « Récalcitrants » (« Laggards »). Plusieurs questions de sondage doivent être utilisées pour parfaitement reproduire le modèle initial, mais lorsqu'on veut une estimation rapide, avec une précision tout de même fort acceptable, l'accord avec la question suivante s'avère très efficace : « Habituellement, je suis la première personne que je connaisse à essayer un nouveau produit ou service ». Malgré la naïveté spontanée de cette question, nos analyses nous démontrent qu'elle prédit fort bien l'attitude à l'égard de l'innovation dans plusieurs sphères de la vie.

L'innovation : 34 % d'enthousiastes, 44 % de « circonspects » et 22 % de détracteurs!

L'ensemble des gens en accord avec cette affirmation est très homogène, que ceux-ci soient tout à fait ou plutôt en accord avec l'affirmation. On les retrouve chez les plus jeunes, les hommes, les plus fortunés, chez les professionnels, dans les grandes villes et particulièrement en Ontario; alors que les plus récalcitrants affichent un profil tout à fait à l'inverse : plus âgés, davantage de femmes et de moins fortunés, etc.


En fait, ces résultats peuvent être regroupés en trois catégories, lesquelles expriment une profonde fracture sociale face au rythme du changement que la vie actuelle nous impose.

Tout d'abord, l'ensemble des gens en accord avec l'idée, les « Enthousiastes » (34 %), jouent sans conteste un rôle de leadership dans la diffusion de l'innovation (dans le modèle de Rogers, ils correspondent à l'ensemble des Innovateurs, des Adoptants précoces et de la Majorité précoce). Viennent ensuite les gens qui s'estiment « plutôt en désaccord » qui expriment des attitudes plus prudentes, les « Circonspects » (44 %). Ces derniers attendent que les innovations aient fait leurs « preuves » avant de s'enthousiasmer.

Enfin, 22 % de Récalcitrants face à ce qu'ils perçoivent comme l'expression du rythme effréné et menaçant du changement.

Notons que ces proportions sont relativement stables à travers toutes les provinces canadiennes.

Un levier de transformation personnelle ou une menace d'exclusion sociale?

Un impressionnant cocktail de valeurs et de cordes sensibles motive l'adoption, tout comme le rejet à l'égard de l'innovation.

Chez les Enthousiastes, on observe une volonté de transformation de sa vie, d'exploration, d'expression de son potentiel personnel et de sa créativité, une envie de changer le monde, mais aussi d'expériences de statut, de plaisir, d'envie de mieux connecter avec les autres, etc. Selon le domaine dans lequel émerge l'innovation, chacune de ces motivations peut être en action à des niveaux divers.

Mais fondamentalement, l'idée de faire les choses autrement, d'écouter de la musique autrement, de communiquer autrement, de faire de l'activité physique autrement, de tout faire autrement, afin de stimuler sa créativité, d'exprimer son potentiel et de pouvoir jouer, s'amuser, constitue certainement la motivation principale suscitant l'enthousiasme et l'adoption des innovations.

Par contre, chez les Circonspects (les gens plutôt en désaccord avec la question), on note l'impression que le monde va trop vite, que l'on ne peut s'adapter à toutes ces nouvelles exigences sans s'essouffler. Ils espèreraient que l'on ralentisse la cadence. Ils demeurent prudents devant ce qu'ils perçoivent comme un déluge de changements, sans nécessairement en nier les mérites.

Enfin, les Récalcitrants (22 %) y voient le Mal! Pour eux, l'innovation devient un symbole avant même de servir à quoi que ce soit. Ils la perçoivent comme une source d'exclusion sociale, chaque innovation contribuant à rendre le monde plus complexe, tout en créant du chômage, fabriquant des laissés-pour-compte. Pour eux, l'innovation et les changements technologiques augurent d'une apocalypse sociale à moyen terme (plusieurs d'entre eux ont perdu leur emploi à cause de changements technologiques).


Des opportunités, mais aussi des défis

Changer le monde! Voilà la principale promesse de l'innovation. Changer le monde, pour les gens sur le plan personnel, en offrant plus de contrôle sur leur vie, en transformant le quotidien, en ajoutant une part de jeu aux moindres activités du quotidien, en les rendant plus efficaces, etc. Changer le monde aussi socialement en nous connectant mieux les uns aux autres, en contribuant à amoindrir nos problèmes écologiques, en proposant des solutions inattendues à certains de nos enjeux, etc.

Par contre, trop souvent, l'innovation engendre des pertes d'emplois et de l'exclusion. La société, nos institutions devront trouver des mécanismes pour contrer ces « dommages collatéraux ». Les prochaines vagues d'innovations reliées à l'automation et l'intelligence artificielle risquent de faire mal!

Les Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach

Depuis fort longtemps, l'innovation et le progrès technique ont toujours fasciné. Voilà un bijou, ultra machiste, de fantasme d'innovation datant de 1881, dans les Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach : la femme robot! Un fantasme du 19e siècle visant à inventer un robot féminin qui répondrait en toute docilité aux moindres désirs des hommes (comme si à cette époque, les femmes n'étaient pas suffisamment soumises!). Un soupçon de morale dans cette histoire veut que la femme robot se révolte et se dérègle complètement devant les desseins des hommes!

Jacques Offenbach - Les contes d'Hoffmann : Neil Shicoff, Bryn Terfel, Jesus Lopez-Cobos, Robert Carsen, Opéra de Paris, 2004, TDK.

La légalisation du cannabis – Opinion de la population Canadienne et Québécoise

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Publié le 05-29-17 à 14:58

Avec le dépôt du projet de loi visant à légaliser le cannabis au Canada, Radio-Canada a voulu en savoir davantage sur l'opinion des Canadiens et des Québécois à cet égard. Les résultats révèlent que les Canadiens sont divisés alors qu'une majorité de Québécois est contre la loi du gouvernement Trudeau.

Pour plus de détails veuillez consulter le rapport ou les articles journalistiques.

Cliquer ici pour consulter le rapport complet

Cliquer ici pour consulter l'article paru sur Radio-Canada.ca

Cliquer ici pour consulter la vidéo de Radio-Canada

Cliquer ici pour consulter l’article paru sur Le Devoir

Cliquer ici pour consulter l’article paru sur Radio-Canada.ca - Toronto

La « classe créative » au pays : 22 % de la population! (et Les Maîtres Chanteurs de Richard Wagner)

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Publié le 05-15-17 à 13:42

La créativité comme moyen d'expression personnelle

À la veille de C2 Montréal, cette grande messe de la créativité commerciale qui se tiendra la semaine prochaine à L'Arsenal, je me devais d'aborder l'expression de la créativité au pays. Il y a plusieurs façons de mesurer la créativité dans une société. Richard Florida est devenu célèbre au début des années 2000 en comptabilisant le nombre d'employés qui œuvraient dans des entreprises ou des organisations qu'il classait comme « créatives » (The Rise of the Creative Class, Basic Books, 2002). On peut aussi comptabiliser le nombre de brevets déposés dans une société, ce qui représente indéniablement aussi une vitalité créative et d'innovation.

Mais d'un autre point de vue, on peut aussi mesurer un phénomène moins connu que j'aime bien nommer « le besoin de créer ». Car même si plusieurs employés travaillent dans des organisations dites créatives, ils ne jouent pas tous des rôles créatifs (le comptable dans une agence de publicité, sans lui manquer de respect, on espère qu'il ne le soit pas trop!). Mais certains font sans nul doute des métiers « créatifs » qui leurs sont taillés sur mesure, car ils leur permettent d'exprimer leur besoin de créer.

L'inventeur génial a toujours fait partie de la société. Il répond aux impératifs du « besoin qui crée l'organe » et qui trouve une solution créative à des enjeux problématiques (M. Bombardier et sa motoneige, quand les chemins étaient bloqués par la neige et qu'il ne pouvait pas faire soigner son enfant malade).

Mais dans la modernité actuelle, où l'expression personnelle, l'expression de soi est une motivation très importante pour plusieurs, le besoin de créer, de se sentir créatif dans ses moindres activités quotidiennes devient tout à fait incontournable, irrépressible (au travail, dans ses loisirs, etc.); et ce, au prix de quitter un emploi si on ne peut y exprimer sa créativité.

Or dans nos études, une question fort simple nous permet d'identifier ces individus : « Dans mes différentes activités quotidiennes, il est très important pour moi de me sentir créatif (ve) ».

Le besoin d'exprimer sa créativité : 22 % de la population (parfaitement équivalent partout au pays)

Ainsi, pour reprendre l'expression de Richard Florida, j'aurais tendance à considérer les gens s'estimant « tout à fait d'accord » avec cette proposition comme étant notre véritable « classe créative »; car eux, ils ont besoin de créer à temps plein! Et peu importe le métier qu'ils exercent, ils représentent une force incroyable que les entreprises, les organisations et la société doivent trouver le moyen de mettre à profit.

Une grande part de cette créativité peut s'exprimer en loisirs ou en passe-temps, mais il y a certainement opportunité à l'utiliser pour créer de la valeur dans notre société (peu importe comment on définit celle-ci).

Par ailleurs, c'est chez les plus jeunes (les moins de 35 ans) que l'on retrouve les proportions les plus significativement élevées de gens créatifs. On dit souvent que les artistes, les inventeurs et les plus grands scientifiques de leurs époques ont livré le meilleur d'eux-mêmes avant qu'ils n'atteignent la trentaine.

Il n'est donc pas surprenant d'observer que, malheureusement, la créativité diminue avec l'âge! C'est comme si, quand les gens vieillissent, ils se réconfortent dans le connu, le prévisible, le facilement classable. Alors que les plus jeunes sont stimulés par l'inconnu et ont besoin de réinventer le monde!

La créativité se nourrit de la différence, des autres, de la nouveauté

Le profil de valeurs personnelles de cette classe créative est d'une ouverture formidable et il peut certainement inspirer l'optimisation de l'expression de la créativité dans les organisations.


Tout d'abord, ils témoignent d'une grande sensibilité à la diversité sociale et expriment un important et constant besoin de contacts significatifs avec les gens autour d'eux (que ces derniers soient des gens connus ou non). Un besoin de découvrir l'autre, de s'en inspirer, de se nourrir de la différence, de créer un monde nouveau à partir d'un « métissage culturel ». Cette stimulation par la différence et le contact humain qui y est associé, par la découverte, semble s'imposer comme un des nutriments de base, essentiels à la créativité.

L'ouverture au changement joue aussi un rôle important. Et ce, même dans les cas de transformation les plus déstructurants pour les organisations. La nouveauté et les nouveaux paradigmes introduits par le changement dans la société deviennent des opportunités pour penser autrement et stimuler la créativité.

Ce sont aussi des individus pris d'un vif désir d'amélioration personnelle. Ce sont des gens sensibles au potentiel inutilisé qui peut sommeiller en eux et ils veulent à tout prix le faire éclore. Ils ressentent ce besoin irrépressible de s'exprimer, et la créativité, soit en l'initiant ou en contribuant à des initiatives créatives, est certainement pour eux un moyen idéal de s'exprimer.

Les « non-créatifs » sont aussi fort intéressants : ils ne croient pas aux vertus du changement. Ils y voient le mal! Ils décodent tout ce qu'ils observent, « découvrent », en fonction de notions passées. La créativité vient rompre cet ordre de dispositions auquel ils tiennent tant!


Les opportunités pour les entreprises et les organisations

Il faut harnacher cette vitalité. Lui donner droit de cité dans les organisations. Lui permettre de s'exprimer, d'émerger. On doit aménager des lieux où l'on favorise les rencontres et les échanges. On favorise la diversité. On encourage les employés à venir exprimer la créativité de leurs loisirs au travail. On organise des rencontres avec des gens de métiers différents sur leurs façons créatives d'aborder leurs enjeux. On mêle les plus créatifs de milieux divers. On leur fait stimuler les moins créatifs, mais qui sont sensibles à la créativité, etc.

On peut comprendre, dans un tel contexte, l'opposition de beaucoup d'entreprises « créatives » aux États-Unis aux politiques d'immigration du Président Trump!

L'architecture et l'aménagement doivent jouer un grand rôle : des espaces ouverts, favorisant les rencontres et la discussion, des œuvres d'art, des créations d'employés, des espaces communs, etc.

Les Maîtres Chanteurs de Richard Wagner

Un exemple magnifique d'expression de créativité venant heurter de front les gens moins créatifs dans la société est certainement ce passage des Maîtres Chanteurs de Wagner dans lequel une confrérie d'artisans, qui ont comme hobby de faire des concours de chant, ont développé un paralysant traditionalisme au cours des années. Or, lorsqu'un de leurs membres veut leur introduire un nouveau venu avec des idées musicales innovantes et créatives, ils le rejettent avec véhémence (ce dernier finit par gagner sa cause à la fin de l'opéra)... Sublime!

Wagner - Die Meistersinger von Nurnberg / Heppner, Mattila, Morris, Pape, Allen, Polenzani, Levine, The Metropolitan Opera, New York, 2005, Deutsche Grammophon.