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Alain Giguère

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Bienvenue sur notre blogue. Ici, nous partageons nos idées et nos sources d’inspiration en toute liberté !

Une personne sur dix fantasme d’aller faire la Guerre sainte au Moyen-Orient! (Et le War Requiem de Benjamin Britten)

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Publié le 04-03-17 à 17:10

Un fantasme : aller faire la guerre!

Enfin, c'est ce que nous disent 12 % des Canadiens!

L'idée de sonder sur un tel sujet nous est venue en constatant toute l'activité médiatique au cours des derniers mois sur les phénomènes de radicalisation.

Sans vouloir critiquer les médias, juste le fait qu'ils abordent cette question, qu'ils en fassent leurs premières pages peut donner l'impression que le mouvement est beaucoup plus important qu'il ne l'est en réalité (en termes de nombre d'individus mobilisés). À titre d'exemple, les musulmans représentent 3 % de la population, mais nos sondages ont démontré que les gens croient qu'ils sont beaucoup plus nombreux.  L'activité médiatique y est certainement pour quelque chose.

On pouvait donc faire l'hypothèse qu'un phénomène semblable puisse avoir cours pour la radicalisation. Par contre, dans ce cas-ci, l'intérêt est moins de sonder ceux qui partent (ce qui serait difficile à faire s'ils étaient partis), mais bien plutôt ceux qui « fantasment » de le faire. Il est clair qu'avant de quitter le pays pour une telle « aventure », un processus psychologique de « maturation » doit se passer dans l'esprit de ces apôtres fraîchement convertis. Avant de passer à l'acte, ces radicalisés ont sûrement passé beaucoup de temps à mûrir l'idée, à concevoir cette « mission » dans laquelle ils songent s'engager, à y donner un sens.

Ils ont idéalisé, sublimé leur engagement. Ils y ont trouvé une motivation que leur vie ne leur apportait pas avant qu'ils ne s'engagent sur cette voie. La question pouvait donc se poser à savoir combien de Canadiens, de Québécois entretiennent ce genre de fantasme de Guerre sainte!

Nous avons donc demandé aux gens s'ils étaient d'accord avec l'affirmation suivante, dans notre dernière enquête sur les valeurs des citoyens et des consommateurs au pays (une enquête reflétant l'ensemble de la société canadienne) : « Il m'arrive d'envier ces jeunes qui vont faire la Guerre sainte en Syrie et au Moyen-Orient ou qui donnent leur vie pour des causes auxquelles ils croient ».

Voilà qui fut encore une source « radicale » d'étonnement pour nous : 12 % des Canadiens s'estiment en accord avec une telle affirmation (4 % « tout à fait » et 9 % « plutôt » en accord). Il est intéressant de noter aussi qu'il n'y a pas de variation régionale au pays sur cette question; à l'exception du Québec qui se distingue comme étant la province où l'on retrouve le moins de citoyens en accord avec l'affirmation (9 %), alors qu'on aperçoit une importante activité médiatique sur le sujet.

Des jeunes en mal de sens

Sans surprise, ce sont les jeunes qui sont le plus en accord avec cette affirmation. Mais le niveau avec lequel ils sont en accord est tout à fait étonnant : 29 % chez les 18-24 ans et 20 % chez les 25-34 ans. Il faut aussi noter que même si la proportion de gens qui adhèrent à cette idée diminue proportionnellement et significativement avec l'âge, elle est quand même de 3 % chez les 65 ans et plus (un peu surréaliste de s'imaginer quelqu'un de 70 ans se fantasmant la Kalachnikov aux mains! - Un vieux baby-boomer, certainement).


C'est aussi chez les immigrants, les ouvriers, les gens ayant les niveaux de revenus et de scolarité les plus faibles et chez les hommes que l'on retrouve le plus d'individus à qui il arrive de fantasmer sur la Guerre sainte.

Ainsi, des conditions socioéconomiques plus difficiles peuvent donc offrir des contextes plus favorables à la radicalisation (ou au fantasme de). L'endoctrinement peut certainement se nourrir de ce type de conditions sociales. Des jeunes ayant une certaine rage de vivre qui se sentent constamment aux prises avec d'importantes contraintes sociales et économiques peuvent certainement finir par fantasmer sur le djihad comme « projet emballant »!

Les valeurs et postures mentales associées aux fantasmes du djihad!

Ce qui nous amène au profil de valeurs personnelles de ces « aspirants djihadistes ». Ils expriment un kaléidoscope complexe de motivations et de postures mentales. Ils se sentent exclus de la société. Ils ont l'impression de ne pas y trouver de place, de but, de sens. Ils ont l'impression de ne pas avoir d'emprise, de contrôle sur leur vie.

Ils expriment donc, en conséquence, un vif besoin de revaloriser leur identité sociale, pour eux-mêmes et auprès des autres. Ils veulent devenir « quelqu'un » dans la société, vaincre un certain manque d'estime d'eux-mêmes.

De plus, contrairement aux gens qui habituellement se sentent exclus dans la société, et c'est là la combinaison unique qui les amène à fantasmer sur le djihad, ils se sentent remplis de potentiel, aptes à relever des défis, tout en ayant la perception que la société les empêche de se réaliser.

La « Guerre sainte » est donc « fantasmée » comme un formidable projet de vie! Un projet qui donne un sens à la vie, qui permet de réaliser son plein potentiel, de revaloriser son statut, son identité sociale, de devenir quelqu'un socialement!

Évidemment, seulement une infime minorité de ceux qui entretiennent périodiquement ce genre de fantasme finit par se radicaliser, mais le portrait psychosociologique dépeint ici, représente certainement la porte d'entrée vers ce processus de radicalisation.


Un projet sociétal pour les marques et les organisations

Cet enjeu de radicalisation devrait, à mon sens, représenter une opportunité formidable d'engagement social pour les entreprises. Bien entendu, beaucoup d'intervenants travaillent activement pour prévenir la radicalisation. Pourtant, si en plus de ces initiatives, des marques et des entreprises s'y attaquaient comme projet de responsabilité et d'engagement social, on pourrait assurément observer une différence significative. Des projets d'emplois, d'intégration, de soutien à des communautés, peu importe les initiatives, l'enjeu social est suffisamment important pour qu'on y mette les ressources nécessaires.

Le War Requiem de Benjamin Britten

L'œuvre idéale en musique classique pour accompagner une telle problématique est certainement le « War Requiem » de Britten. Ce requiem, dépourvu de tout sens liturgique, constitue un virulent plaidoyer contre les guerres et leurs abominations. Britten avait composé cette œuvre, créée en 1962, pour l'inauguration d'une cathédrale, reconstruite après avoir été détruite durant la Seconde Guerre mondiale (à Coventry en Angleterre).

Le passage suggéré ici est « l'Agnus dei ». Le narratif chanté est constitué d'un poème qui associe la boucherie des champs de bataille de la Première Guerre mondiale à la crucifixion du Christ.

Ian Bostridge à la voix, Antonio Pappano au pupitre et l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia en répétition...

Une entente avec La Presse pour la publication de mon blogue!

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Publié le 03-28-17 à 11:48

Chers amis, j'ai lancé il y a quelques semaines un blogue hebdomadaire sur des tendances de société et de marché, en les associant à des œuvres d'opéra ou de musique classique. Vous avez été nombreux à me suivre et je vous en remercie. Votre enthousiasme est grandement apprécié.

Suite au lancement de cette initiative, j'ai conclu une entente avec La Presse qui a gentiment accepté de me publier une fois aux deux semaines, à compter dorénavant du 4 avril prochain. Je me synchroniserai donc avec La Presse et publierai maintenant en même temps qu'eux (et sur le même sujet). La version de La Presse sera un peu écourtée par rapport à celle que vous retrouverez sur mon blogue, alors que cette dernière version que vous pourrez trouver sur le site de CROP contiendra plus de détails, les tableaux statistiques, le résumé des valeurs et cordes sensibles expliquant le sujet débattu dans le blogue et, bien sûr, les extraits d'opéra et de musique classique.

Au plaisir de reconnecter le 4 avril!

Alain Giguère
Président, CROP inc.
Le 28 mars 2017

34 % des Canadiens se préoccupent peu de savoir si les informations qu’ils lisent ou regardent sont vraies ou fausses, pourvu qu’elles les touchent émotionnellement! (Et le mensonge dans Don Giovanni de Mozart)

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Publié le 03-20-17 à 16:18

Sommes-nous prêts pour un Donald Trump pour diriger le pays?

Durant sa campagne électorale, Donald Trump a admis avoir menti à quelques reprises lorsqu'il n'arrivait pas à captiver suffisamment ses auditoires. Lorsqu'il avait l'impression que les gens s'ennuyaient, il leur lançait des « ballons » et pouvait se rétracter par la suite lorsque l'information erronée n'était plus « utile ». Ce qui ne l'a pas empêché de devenir président des États-Unis. On aurait pu croire qu'un politicien qui admet mentir ne ferait pas long feu; mais au contraire, en disant ce que les gens voulaient entendre, peu importe que ce soit vrai ou faux, il a conquis les foules!

On a assisté aussi à toute cette explosion de « fausses nouvelles » (« fake news »), vague sur laquelle Monsieur Trump a certainement surfé (et semble continuer de le faire - en l'occurrence, la présumée écoute électronique de M. Obama).

Tout ce phénomène est profondément troublant. On ment aux gens, mais ça leur importe peu! Je me suis donc demandé s'il pouvait exister au pays une proportion significative d'individus pouvant réagir de façon similaire. Sans croire vraiment que nous arriverions à des résultats significatifs, nous avons quand même posé cette question dans notre dernière enquête sur les valeurs des Canadiens : « Quand je lis, j'écoute ou je regarde les informations, peu m'importe si elles ne sont pas totalement vraies, ce qui est important pour moi, c'est qu'elles me touchent émotionnellement, qu'elles fassent vibrer une corde sensible en moi ».

À notre plus grande stupéfaction, 34 % des Canadiens se sont estimés en accord avec cette affirmation! Près de deux personnes sur cinq au Québec (37 %), la province où cette proportion est la plus élevée, alors qu'on a obtenu 30 % en Colombie-Britannique et dans les Prairies, là où cette proportion est la plus faible.

Il est vrai qu'il y a trois fois plus de gens se déclarant « plutôt en accord » que « tout à fait d'accord » avec l'affirmation en question, 26 % contre 8 %; mais quand même, on ne rechigne pas trop à se faire mentir à la figure pourvu que l'on soit touché émotionnellement un peu!

Même ceux qui s'estiment « plutôt en désaccord » avec l'idée en question, une personne sur trois au pays (32 %, 38 % au Québec), sont étonnants! Comment peut-on ne pas être tout à fait en désaccord avec une telle affirmation? (34 % au pays, 26 % au Québec).

Des clientèles plus vulnérables

Les gens en accord avec ladite affirmation se retrouvent parmi ceux qui ont les revenus et les niveaux d'éducation les plus faibles au pays, parmi les immigrants, parmi les ouvriers et les cols bleus. Les plus étonnants sont les jeunes : 43 % des gens âgés de 18 à 24 ans sont en accord avec la question, 39 % chez les 25-34 ans.

C'est comme si devant une certaine vulnérabilité socioéconomique, le besoin de se faire réconforter dans ses perceptions, d'éprouver quelques émotions gratifiantes, d'être ému était plus important que d'avoir l'heure juste! Comme dans les régimes autoritaires, soviétiques ou communistes, c'est l'efficacité, l'utilité de l'information qui est importante et non sa justesse! L'efficacité étant, dans ce cas-ci, la capacité d'émouvoir, de toucher les cordes sensibles des gens.


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Est-ce là que nous mène le vent de populisme qui traverse actuellement les démocraties occidentales : la vérité comme une tradition perdant de sa pertinence dans ce nouveau monde complexe et incertain dans lequel nous sommes de plus en plus engagés?

Les valeurs et « postures mentales » motivant cette acceptation docile du mensonge!

Le profil socioculturel de ces « crédules assumés » permet quand même de comprendre pourquoi ils expriment une telle attitude. D'abord, ce sont des gens profondément cyniques. Ils croient que de toute façon toutes les élites de la société leur mentent! Les médias, les politiciens, les gens d'affaires, même les scientifiques, toutes ces élites ont quelque chose « à vendre » et nous mentent pour obtenir ce qu'elles veulent!

Ils se sentent aussi plus ou moins en posture d'exclusion dans la société. Ils se sentent déconnectés par rapport à ce qui se passe dans la société, à ce que l'on raconte dans les médias. Ils ont l'impression qu'il n'y a pas (ou plus) de place pour des gens comme eux dans notre société. Ils sont fatalistes. Le pire risque de leur arriver. Ils ont l'impression qu'ils ont peu de contrôle sur leur vie, tout en ayant l'impression en même temps qu'ils peuvent finir par s'adapter à la vie actuelle. Ce, par la désobéissance civile notamment (aux grands maux, les grands moyens!).

Ils valorisent aussi des leaderships forts dans la société, comme solution de redressement à ce monde qui leur donne l'impression de les exclure.

Nous revoilà donc revenus à M. Trump ou à son éventuel équivalent canadien!


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Les opportunités pour les entreprises et les organisations

J'aime bien, lorsqu'on identifie des phénomènes de société et de marché, en tirer des implications et des opportunités pour les organisations, les entreprises et les marques. Dans ce cas-ci, je ne conseillerais certainement pas de mentir aux gens ou aux consommateurs tout en les touchant émotionnellement afin de promouvoir sa cause! Mais les gens ont certainement besoin d'être émus, réconfortés, mobilisés via leurs cordes sensibles. L'opportunité en communication pour les marques et les organisations est donc, plus que jamais, de toucher les gens émotionnellement. Les informer est certes nécessaire, mais non suffisant.

Bien sûr, il faut redoubler de vigueur pour débusquer les fausses nouvelles et leurs auteurs. Un appel sans équivoque aux médias, aux organismes de presse et aux plateformes de médias sociaux. Il me semble que les efforts de Facebook et autres sont bien timides compte tenu de l'ampleur du phénomène.

Le mensonge chez Don Giovanni!

Dans l'histoire de l'opéra, l'un des plus grands menteurs, si ce n'est le plus grand, est certainement Don Giovanni. Il ne mentait pas pour conquérir le pouvoir politique, mais bien pour conquérir les femmes! J'ai choisi ici un extrait dans lequel son valet, Leporello, tente de « consoler » une conquête abandonnée de son patron. Il lui explique qu'elle n'est malheureusement qu'une de ses nombreuses conquêtes auxquelles il promet mer et monde (le mariage notamment) pour se prévaloir de leurs charmes. Il s'agit de ce que l'on nomme dans le répertoire « l'Air du catalogue », et j'oserai déclarer que c'est certainement l'un des plus beaux de toute l'histoire de la musique. Ici, dans une production « moderne » de la Scala de Milan (décembre 2011).

W. A. Mozart : Don Giovanni - Peter Mattei, Bryn Terfel, Anna Netrebko, Barbara Frittoli, Giuseppe Filianoti, Anna Prohaska, Coro e Orchestra del Teatro alla Scala, Daniel Barenboim, Production: Robert Carsen, Milano, release 06 Nov. 2015, Deutsche Grammophon.

26 % des Canadiens croient que les hommes sont supérieurs aux femmes! (Et la scène de la folie dans Lucia di Lammermoor)

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Publié le 03-10-17 à 17:14

L'égalité des sexes toujours en attente!

La Journée internationale des femmes, le 8 mars dernier, m'inspira à remettre en perspective une de nos questions de sondage dont les résultats m'ont toujours intrigué : « Quoi qu'on dise, l'homme conserve certaines supériorités naturelles sur la femme contre lesquelles on ne peut rien ». Une personne sur quatre au pays (26 %) est en accord avec cette affirmation, presque une sur trois au Québec (31 %), la province où l'accord avec cette question est le plus élevé, l'Atlantique étant la région où l'accord est le plus bas (à 20 %).

Le plus curieux est d'observer que ce sont les jeunes, les milléniaux, qui sont le plus en accord avec cette affirmation (32 %, une personne sur trois, et 37 % au Québec). Est-ce l'influence d'Hollywood? Les immigrants (les gens qui ne sont pas nés au pays), les techniciens et les ouvriers se distinguent aussi comme étant particulièrement en accord avec cette affirmation.

De plus, nous suivons les résultats de cette question depuis plusieurs années et les proportions ne bougent presque pas (23 % au pays en 2000). Un fond de sentiment de supériorité masculine refuse de se désincruster dans la société et ne semble pas vouloir bouger.

Soulignons enfin que même des proportions très semblables de femmes sont d'accord avec cette affirmation (24 %, 27 % au Québec), pour conclure que Tarzan peut certainement trouver sa Jane au pays!

Supériorité ou différence? Les valeurs et cordes sensibles sous-jacentes à ce point de vue

On nous a déjà fait remarquer qu'à toute interprétation « machiste » des résultats de cette question, on peut objecter que la force physique chez l'homme peut lui conférer une « certaine supériorité » (les hommes et les femmes ne sont pas dans les mêmes compétitions aux Olympiques). D'autres, partageant des points de vue plus féministes ou moins machistes, nous disent plutôt qu'aujourd'hui, la force physique chez l'homme est davantage une différence qu'une supériorité. Dans une économie de plus en plus orientée vers le savoir et même dans des métiers traditionnellement réservés aux hommes, les femmes performent aussi bien que ces derniers.


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D'ailleurs, ce qui est le plus convaincant dans ce débat c'est le profil des valeurs personnelles de ces individus qui sont en accord avec ladite affirmation : ils ne peuvent pas être plus conservateurs.

Ils expriment aussi une vive difficulté à vivre avec l'époque, un très faible sentiment d'emprise sur leur vie, une difficulté à vivre avec le changement et la complexité de la vie actuelle. Pour eux, la société n'a plus de balises, de normes, de morale, les rôles de chacun sont déstructurés. L'émancipation des femmes hors de leurs rôles traditionnels est une preuve de plus pour ces individus que notre société s'en va à la dérive!

Une question de statut est aussi en jeu, tout comme il y a beaucoup de nostalgie dans la psychologie sociale de ces individus. La nostalgie d'une époque où l'homme était la figure dominante, où il avait le statut le plus élevé dans la société. Ce besoin d'expériences de statut est toujours bien présent chez ces individus. C'est notamment ce besoin de statut social enviable qui motive ces individus à vouloir se camper dans des rôles traditionnels où les hommes et les femmes ont leurs places respectives (correspondant aux stéréotypes d'antan).

Il faut aussi ajouter qu'on retrouve une proportion significative d'immigrants, de gens nés à l'extérieur du pays, parmi les gens en accord avec cet énoncé. Ils proviennent souvent de sociétés dont les valeurs sont plus traditionnelles et qui imposent toujours des rôles très prédéterminés aux hommes et aux femmes.

Tout ça pour conclure que ceux qui sont d'accord avec cette question voient vraiment dans cette affirmation l'expression d'une supériorité sociale des hommes vis-à-vis des femmes dans des rôles stéréotypés traditionnels auxquels ils tiennent!

Les opportunités pour les entreprises et les organisations.

Je n'ai nullement la prétention de pouvoir proposer des solutions aux problèmes d'égalité entre les hommes et les femmes dans la société, d'autres s'y sont engagées depuis fort longtemps. Mais, compte tenu de ma préoccupation marquée pour la responsabilité sociale des entreprises (je crois sincèrement qu'elles doivent toutes s'y mettre), voilà un autre chantier fort prometteur.

Toutes les entreprises et les organisations sont fondées sur des valeurs. En 2017, dirait M. Trudeau, l'égalité, l'égalité des chances devrait faire partie des valeurs fondamentales de toute organisation, et des pratiques concrètes devraient être mises en place afin de s'assurer que cette valeur s'intègre dans la culture organisationnelle. Particulièrement où il y des techniciens, des jeunes et des immigrants, promouvoir une culture organisationnelle fondée sur l'égalité pourra sûrement faire évoluer la situation. D'autant plus que les résultats à cette question n'ont presque pas bougé en 20 ans.

Même pour les marques, promouvoir l'égalité des sexes ne peut que leur bénéficier sur les marchés d'aujourd'hui. À ce titre, Audi a eu une pub magnifique lors du dernier Superbowl, un placement média qui n'est certainement pas un des plus féministes! (http://www.superbowlcommercials.co/audi/)


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La scène de la folie dans Lucia di Lammermoor

Mon clin d'œil « opératique » de cette semaine, illustrant le chemin que les femmes ont fait socialement au cours des siècles, me provient de Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti. L'opéra italien du 19e siècle a  régulièrement dépeint les femmes en hystériques, névrosées et instables. Dans cet extrait, Lucia a effectivement perdu la tête! Son frère l'a mariée de force à un « bon parti » pour l'avancement social de la famille. Le soir des noces, Lucia, comme dans un état de psychose, tue son nouveau mari et chante son allégresse de retrouver bientôt son ancien amoureux! Un passage que l'on nomme « l'air de la folie » dans le répertoire. Un bijou sur le plan mélodique!

Donizetti: Lucia di Lammermoor / Netrebko, Beczala, Kwiecien, The Metropolitan Opera, New York, 2009, Deutsche Grammophon.

45 % des Canadiens nous disent que consommer est un des plus grands plaisirs de la vie! (Et l’air des Bijoux de la Castafiore)

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Publié le 03-03-17 à 13:11

La consommation comme source unique de gratification!

Qu'il s'agisse de l'une de ces nouvelles télévisions 4K, d'un sac à main ou de souliers griffés, du dernier téléphone intelligent sur le marché, ou même de quelque chose d'aussi simple que le dernier disque d'un artiste populaire ou une bonne bouteille de vin..., peu importe ce qui est acheté, lorsqu'on creuse un peu dans la psyché des gens, la consommation génère incontestablement d'importantes expériences de gratification (variable quand même selon chacun des consommateurs).

Par ailleurs, à un rythme de plus en plus effréné, le marché nous inonde constamment de nouvelles offres, d'innovations et de gadgets, de produits améliorés, de nouveaux services, de nouveaux designs, nous invitant à de nouvelles expériences, etc. Une stimulation constante vient nous solliciter.

Et le marché est d'une formidable résilience à cet effet. Le taux d'endettement des consommateurs ne cesse d'augmenter et une logique strictement économique voudrait que la consommation des ménages s'affaisse un peu (population vieillissante, revenu plus ou moins à la hausse et endettement croissant, etc.). Mais non, le marché tient bon, les ventes au détail (incluant toutes les formes de distribution) ne se portent pas si mal.

Or, c'est justement parce ce qu'il y a des facteurs en jeu encore plus prédominants que ceux strictement économiques que la consommation de biens et services se tire si bien d'affaire : les valeurs des consommateurs, leurs motivations et cordes sensibles y jouent un rôle de premier plan.

Le plaisir de consommer comme une des motivations les plus porteuses chez les consommateurs

Par-delà les besoins strictement utilitaires motivant la consommation, un vif désir de gratification motive l'achat et l'usage de biens et services. Lors d'une de nos études, 45 % des Canadiens se sont estimés en accord avec l'idée voulant que « consommer, se payer quelque chose de nouveau, est un des plus grands plaisirs de la vie »! Près d'un consommateur sur deux au pays!

Le Québec, avec sa joie de vivre, remporte la palme du plus grand enthousiasme à 52 %, alors que c'est en Alberta que l'on trouve le taux le plus faible à 35 %. On observe aussi que c'est chez les milléniaux, les jeunes âgés de 18 à 34 ans, que cet enthousiasme pour la consommation est le plus élevé (54 %).

En fait, cet enthousiasme est l'expression d'un imposant cocktail de valeurs et de cordes sensibles venant motiver l'envie de consommer. Ces motivations peuvent varier d'une catégorie de produits à l'autre, mais certaines sont universelles, dont le besoin d'expériences de statut (« parce que vous le valez bien » dirait L'Oréal). Le produit, le service, la marque et l'expérience ont l'opportunité de valoriser celui qui les acquiert, les possède et qui les « porte ». Voilà ce qui, de loin, motive le plus cet enthousiasme pour la consommation. On veut se prouver « qu'on le vaut bien », tout comme on veut le prouver aux autres. On bâtit son identité avec ces produits, ces services et ces marques. On a l'impression d'avoir plus de valeur auprès des autres. Et, de nouveaux produits arrivant sans cesse sur le marché, ces acquisitions sont constamment à refaire pour maintenir son statut.


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Une autre motivation est certainement le « jeu », particulièrement en technologie. On veut des appareils, des interfaces et des expériences ludiques. On veut transformer le moindre rituel de la vie quotidienne en jeu, en occasion de divertissement (« gamification »).

Notons aussi que la responsabilité sociale et écologique s'impose de plus en plus comme un critère d'achat incontournable pour les consommateurs (à efficacité et prix comparables).

Enfin plusieurs autres cordes sensibles viennent motiver la consommation, mais elles sont souvent associées à des catégories de produits spécifiques.

Les opportunités pour les marques

La première et la plus importante est d'intégrer le plus possible des expériences de statut dans l'expérience de marque. Des privilèges, un prestige, des éléments d'expérience qui feront que le consommateur peut être fier de s'associer à la marque, de la « porter », pour sa propre identité personnelle et pour celle qu'il projette auprès des autres. Les programmes de fidélisation, lorsque bien conçus, peuvent jouer un rôle important ici en offrant des privilèges distinctifs selon la loyauté des clients. Plus on peut ajouter une valeur de prestige à l'expérience de marque, plus on joue sur cette corde sensible des consommateurs.

Il y a défi d'être ludique aussi. Toutes les marques ont l'opportunité de devenir des médias et donc de divertir tout en informant. Les interfaces et la technologie qui encadrent l'expérience de marque se doivent d'être ludiques.

Et enfin, la marque, tout comme l'entreprise qu'elle représente, se doit d'être socialement et écologiquement responsable. Ces critères doivent faire partie de la promesse de marque.


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Lien connexe : Les cordes sensibles des consommateurs d'ici – Infopresse

L'Air des bijoux dans Faust de Gounod

Un des plus beaux exemples que l'opéra peut nous donner du rehaussement de l'identité des gens par les produits qu'ils « portent » est certainement l'Air des bijoux dans Faust de Charles Gounod. Une référence qui est certainement familière à tous ceux qui ont lu Les aventures de Tintin lorsqu'ils étaient jeunes. C'est l'air chanté par la Castafiore dans l'Affaire Tournesol et qui exaspérait tant le capitaine Haddock. Les paroles ne peuvent pas être plus évocatrices... « Ah! Je ris de me voir si belle en ce miroir, ... Est-ce toi, Marguerite? ... Non, ce n'est plus toi! Non... C'est la fille d'un roi... ».

On rêve tous un peu que les marques, les produits et services que l'on consomme nous fassent passer pour la fille ou le fils d'un roi!

Faust, Charles Gounod: Jonas Kaufmann, René Pape, Marina Poplavskaya, Orchestra & Chorus of The Metropolitan Opera, Yannick Nézet-Séguin, New York, 2014, Decca.