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Alain Giguère

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Le sondage CROP Radio-Canada et les élections municipales à Montréal

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Publié le 11-06-17 à 15:07

Vous me permettrez j'espère de souligner, sans fanfaronnade aucune, la proximité des résultats du sondage que nous avons réalisé pour Radio-Canada et rendu public la semaine dernière avec  ceux des élections d'hier à Montréal. Le tableau qui suit le souligne fort bien.

Pour toutes les fois qu'on se fait dire que les sondeurs se trompent aux élections. À chaque fois qu'il y a des écarts entre les derniers sondages avant les élections et les résultats définitifs quelque part dans le monde, j'en ai pour une semaine à défendre l'industrie. Pour une fois, mon téléphone est tranquille aujourd'hui.

Croyez-vous que l’innovation technologique peut menacer votre emploi ou votre carrière? 26 % des gens actifs au pays pensent que oui (et Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc)

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Publié le 11-03-17 à 16:33

Ce que l'on désigne en anglais par le terme de « disruption », et dont je n'ai pas vraiment trouvé d'équivalent en français (à part peut-être le terme de « déstructuration » ou de technologies de rupture) constitue une notion très chargée. Elle implique une vision de terre brûlée, d'apocalypse sectorielle.

À titre d'exemple, les « nouveaux » médias ont mis à mal toute l'industrie des médias traditionnels, particulièrement les journaux, et aujourd'hui tous les acteurs s'y battent désespérément pour maintenir leurs revenus publicitaires.

De plus, maintenant il y a l'intelligence artificielle qui s'invite dans cette dynamique de restructuration économique et technologique. L'économie se « numérise » et « s'automatise » à un rythme de plus en plus accéléré et cette accélération ne s'arrêtera pas. Elle ne peut qu'évoluer à un rythme exponentiel (on n'a qu'à penser à la loi de Greg Moore d'Intel qui voulait que la capacité des microprocesseurs double tous les deux ans et au potentiel des applications qui, par conséquent, devient exponentiel).

Devant cette perspective d'accélération du changement technologique et de la déstructuration économique qu'elle peut engendrer (« disruption »), nous avons demandé aux Canadiens comment ils réagissaient dans un tel contexte; s'ils y voyaient des menaces ou des opportunités.

Plus de deux actifs sur le marché du travail sur cinq (45 %) y voient des opportunités d'avancement et de formation, 26 % y voient des menaces pour leur carrière ou leur avenir professionnel, alors que 29 % n'ont aucune idée de l'impact potentiel de ces innovations. Notons que nous n'avons observé aucune variation significative sur le plan régional ou provincial.

Les professionnels et les jeunes étant les plus optimistes

Fait intéressant, les professionnels sont la catégorie d'occupation la plus enthousiaste quant aux opportunités que le progrès technique peut leur apporter dans les années qui viennent, alors que ce sont les ouvriers et les techniciens qui se sentent le plus menacés. Les moins de 45 ans sont aussi particulièrement optimistes face aux avancées de la technologie, alors que les plus âgés sont plus inquiets.


En fait, il n'y a rien de surprenant à ce que les ouvriers et les techniciens se sentent particulièrement menacés par le progrès technique. La robotisation et l'automatisation des processus industriels ont amputé de multiples emplois dans ces catégories professionnelles au cours des années. Mais ce qu'il y a de nouveau aujourd'hui avec l'intelligence artificielle, c'est que même les emplois de professionnels sont maintenant en jeu. « L'apprentissage profond » pourra permettre d'automatiser de multiples emplois que des professionnels exercent en ce moment, particulièrement chez les plus jeunes. Or, ce sont précisément les deux catégories économiques et démographiques les plus optimistes. On ne semble pas vraiment conscient ici de ce que réserve l'intelligence artificielle pour l'économie dans les années à venir, particulièrement pour le marché du travail et pour les jeunes professionnels.

Les avocats, les comptables, les ingénieurs, et même certaines catégories de médecins (les radiologistes notamment) sont toutes des catégories de professionnels dont une grande partie du travail peut être automatisée par l'intelligence artificielle, menaçant potentiellement ainsi de multiples emplois. Rien de tout cela ne semble avoir particulièrement filtré dans les perceptions des professionnels jusqu'à maintenant.

L'innovation au service du développement professionnel ou menace d'exclusion?

Lorsque l'on analyse les valeurs personnelles et les cordes sensibles des gens actifs selon leur perception de l'impact des prochains changements technologiques sur leur emploi ou leur carrière, on comprend aisément que l'innovation joue un rôle symbolique très important dans l'attitude des gens.

Pour les optimistes, l'innovation, le progrès technologique sont un levier, un tremplin permettant aux gens de réaliser leur plein potentiel, d'aller au bout de leurs possibilités. Ces individus ont l'impression d'avoir beaucoup de capacités personnelles et d'emprise sur leur vie. Ils perçoivent l'innovation comme le moyen privilégié pour affirmer cette emprise, pour réaliser leur potentiel professionnel et personnel; l'outil ultime pour y arriver. Au même titre, l'intelligence artificielle devient un nouvel outil.

Pour les plus pessimistes, pour ceux qui croient que l'innovation représente une menace, le progrès technique est une source d'exclusion sociale. Pour eux, à chaque fois qu'on assiste à l'introduction d'une innovation d'importance, des pans entiers de la main-d'œuvre active perdent leur emploi, sans grandes possibilités d'en retrouver un autre. Comme beaucoup d'autres segments de la population dont j'ai traité dans mes chroniques, ils entretiennent une vision plutôt apocalyptique de l'avenir de la société. Ultimement pour eux, l'innovation, c'est la fin du travail (du moins du leur). Selon eux, un jour les robots et les ordinateurs pourront faire le travail de presque tous les actifs sur le marché du travail. Ils se sentent potentiellement exclus et sont inquiets pour leur avenir sur le plan financier.


Apocalypse ou résilience?

Le progrès technique a fait son œuvre depuis longtemps pour transformer les procédés industriels et professionnels et même si par moments, de vastes secteurs de la main-d'œuvre ont été mis à mal, les taux de chômage aux pays sont quand même fort positifs aujourd'hui. Plusieurs apocalypses ont été prédites au cours des années et malgré tout, aujourd'hui, le marché du travail connaît une assez bonne performance en termes de création d'emploi. Il fait preuve d'une très bonne résilience. Peut-être qu'il va en être de même avec l'intelligence artificielle et l'apprentissage profond, le marché du travail pourrait trouver un autre élan de résilience via de nouvelles créations d'emplois. Peut-être que les professionnels ont raison de penser que ces nouvelles innovations seront l'occasion de nouvelles expériences de formation et de nouveaux défis de carrière. On verra.

Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc

Au cours des siècles, l'histoire a été témoin de multiples déstructurations économiques, sociales et politiques (« disruptions »). Que l'on pense au passage des économies agraires à la révolution industrielle où des pans entiers de serfs et de fermiers ont été jetés à la rue pour aller nourrir l'industrie naissante pour des salaires de crève-faim. Les révolutions politiques ont aussi eu des impacts immensément déstructurants dans la vie des gens.

Ce qui m'amène à mon clin d'œil lyrique de cette semaine : Dialogues des carmélites de Francis Poulenc. Durant la Révolution française, les ordres religieux ont été dissous et quiconque voulait y maintenir son appartenance était condamné à mort. Dans cet extrait, des religieuses, des Carmélites, ont refusé de taire leur dévotion à leur dieu au prix de leur vie. On entend très bien la guillotine leur trancher la tête sous une musique aussi triste que magnifique.

Francis Poulenc : Dialogues des Carmélites, Orchestre Philharmonique de Strasbourg, Jan Latham-Koenig (dir.), 2001.

Aimez-vous les films et les émissions de télévision dans lesquels il y a de la violence? 42 % des Canadiens disent que oui, 36 % au Québec (et La Walkyrie de Richard Wagner)

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Publié le 10-23-17 à 11:23

Un des phénomènes les plus fascinants qu'il nous a été donné d'observer au cours des années est la croissance constante du nombre de personnes s'estimant en accord avec une telle question. En effet, demandant aux Canadiens s'ils étaient en accord avec l'énoncé « J'aime regarder des films ou des émissions de télévision dans lesquels il y a de la violence », on est passé de 26 % de la population en accord avec cette proposition en 2004 à 42 % en 2017 (de 22 % à 36 % au Québec)!

D'une année à l'autre, les bonds sont certes modestes, mais à long terme, ils se cumulent constamment dans la même direction. La tendance est presque parfaitement linéaire!

Il faut dire que l'offre en produits culturels s'adressant à cette demande ne cesse de croître, Hollywood, et même nos réseaux de télévision locaux, nous proposant constamment de nouveaux contenus de ce type. Sans oublier l'offre en jeux vidéo du même genre!

Avec un peu de recul, je ne peux m'empêcher de mettre en relation cette hausse constante de l'intérêt pour des contenus violents avec le fait que Statistique Canada observe une diminution constante de la criminalité au pays, incluant les crimes violents. C'est comme si on assistait à une virtualisation de la violence. Cette dernière sort de la rue... pour élire domicile à l'écran!

Loin de moi l'idée de proposer un lien causal entre les deux phénomènes, mais une dynamique sociale autour de la violence est certainement en jeu. Les médias nous permettent de fantasmer nos besoins d'exutoire pendant qu'en même temps, un effet de civilisation et d'empathie nous rend peut-être moins violent comme société (le vieillissement de la population y joue certainement un rôle aussi.).

Il est vrai que des drames violents font régulièrement les manchettes, mais globalement, considérée dans son ensemble, la violence « réelle » diminue dans la société, alors que l'intérêt pour la « violence virtuelle » ne cesse d'augmenter. Il y a certainement quelques illuminés qui peuvent être stimulés à devenir violents par des contenus médiatiques violents, ce qui peut avoir des conséquences catastrophiques; mais dans l'ensemble de la société, on assiste à une diminution de la violence « réelle », alors qu'il y a prolifération de contenus violents!

Notons que le profil sociodémographique des amateurs de ce type de contenu est tout à fait caractéristique. On y observe des surreprésentations chez les hommes, les moins de 45 ans et, fait intéressant, chez les couples qui ont des enfants de moins de 12 ans (compte tenu de ce profil jeune). On commence donc tôt à éveiller l'intérêt pour ce type de contenu!

Notons enfin que le Québec se distingue sur cette question, avec seulement 36 % des gens s'intéressant à ces contenus, comparativement à 43 % au Canada anglais.


Un besoin de frissons

Les contenus médiatiques violents répondent très certainement à des motivations profondes chez les téléspectateurs et usagers. Les valeurs et cordes sensibles de ces derniers laissent observer un vif besoin d'évasion, de frissons, d'émotions fortes et d'intensité. On veut fuir le monde pour un moment et se laisser emporter dans un univers étourdissant et fantasmatique.

Ce type de motivations est d'ailleurs en progression dans la société et elles s'accompagnent de visions apocalyptiques de la vie actuelle. On y entretient une vision fataliste et darwiniste du monde d'aujourd'hui, tout en partageant l'impression d'avoir peu d'emprise sur sa vie. Ces « postures mentales » caractérisent les amateurs de contenus violents, tout comme elles rejoignent de plus en plus de gens au pays.

Les contenus violents sont aussi souvent associés aux aventures d'un héros, lequel risque sa vie pour une cause, si ce n'est pour sauver le monde. Il combat les « méchants » qui peuvent causer des catastrophes, si ce n'est l'apocalypse. Il peut manquer d'emprise par moments, mais il finit par triompher (à acquérir l'emprise totale sur les éléments).

Les contenus à caractère violent s'imposent donc comme une métaphore de l'imaginaire des amateurs. On y retrouve une version sublimée de leurs visions apocalyptiques et de leur manque d'emprise sur la vie. Ces contenus leur permettent de fantasmer un idéal quasi-surnaturel (quand ce n'est pas carrément surnaturel, cf. : Superman, etc.) dans lequel ils transcendent les vicissitudes de leur condition.

Il est intéressant aussi d'observer que ce type de « fantasme » est moins prévalent au Québec qu'il ne l'est au Canada anglais (il rejoint quand même plus d'une personne sur trois au Québec). Le besoin d'évasion est bien aussi présent au Québec, mais il s'exprime davantage sur un mode de sensualité et de convivialité.

Enfin, on peut certainement faire l'hypothèse que cette tendance va se poursuivre à long terme, les conditions sociales la motivant ne donnant aucun signe d'apaisement (besoin d'évasion, manque d'emprise, etc.) et particulièrement par le fait qu'une toute nouvelle génération semble y être exposée (rappelons que les amateurs de ces contenus se retrouvent surreprésentés chez les gens qui ont des enfants en bas âge).


La chevauchée des Walkyries de Richard Wagner

Cette semaine, mon clin d'œil musical se décline en deux versions du même thème : l'ouverture du troisième acte de l'opéra la Walkyrie de Wagner (« La chevauchée des Walkyries »). Ce thème se marie à merveille avec le sujet de cet article. Les Walkyries sont dans les mythologies anciennes germaniques, nordiques et vikings, des vierges volantes et guerrières qui ont comme mission d'aller recueillir les combattants morts sur les champs de bataille pour les amener au Walhalla, le paradis dans ces cosmologies.

Le premier extrait provient de la production de cet opéra à Valence en 2007. De plus, ce thème musical est quand même assez connu de par son introduction à la trame sonore du film Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Le second extrait est donc cette scène épique de l'attaque d'un village Viet Cong par des hélicoptères de l'armée américaine.

Wagner: Die Walküre, Zubin Mehta, La Fura dels Baus, Valence, 2007, Unitel Classica.

Apocalypse Now, Francis Ford Coppola, 1979

Voteriez-vous pour un politicien populiste? 60 % des Canadiens disent qu’il est probable que oui, 66 % au Québec contre 59 % au Canada anglais (et Parsifal de Richard Wagner)

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Publié le 10-06-17 à 14:52

Le patron de Cogeco, Monsieur Louis Audet, un homme très engagé à l'égard des causes sociopolitiques et économiques du pays, nous a commandé dernièrement une étude sur le populisme au Canada. En fait, sur l'appui que l'on pourrait trouver dans la population canadienne à un politicien populiste du style de ceux que l'on a vus émerger en occident au cours des dernières années.

Afin de proposer aux gens un portrait de politicien qui corresponde le plus possible à tous ces populistes que l'on retrouve un peu partout dans le monde, nous avons essayé de résumer les grands traits et éléments de programme qui les caractérisent. Or, après réflexion, les traits suivants semblent revenir constamment : habituellement, ces politiciens s'engagent à...

• ne se dévouer qu'aux intérêts de la classe moyenne, à ne pas obéir aux riches et puissants;

• à freiner de façon importante l'immigration et l'afflux de réfugiés;

• à mettre en place des mesures de protection de l'identité nationale et de protectionnisme économique;

• ils se présentent comme affranchis de toutes les mœurs et façons de faire de la politique traditionnelle.

Nous avons combiné tous ces éléments dans une question de sondage adressé aux Canadiens (à l'exception du protectionnisme, sachant que de façon générale, les Canadiens sont favorables au libre-échange) et à notre grande surprise, trois personnes sur cinq au pays (60 %, deux sur trois au Québec, 66 %) admettent qu'il est probable qu'ils votent pour un tel politicien!

Notons aussi que selon le profil démographique, le supporteur typique de ce type de politicien vit dans de petites municipalités, il a un niveau d'éducation moyen et est âgé entre 35 et 54 ans. En fait, on obtient le profil emblématique de la classe moyenne de régions aux prises avec les réalités socioéconomiques incertaines que l'on retrouve hors des grands centres.

Une réelle mouvance politique

Je suis tout à fait conscient qu'il faut faire bien attention à ces prédictions politiques basées sur de tels résultats de sondage. Tout dépend du candidat lui-même, de la joute politique en place, des équipes de candidats, etc. Par exemple, lorsqu'on demande aux gens s'ils aimeraient que nous ayons un jour au Canada un politicien du style de Donald Trump, seulement 18 % sont d'accord. Mais ici, c'est le style qui déplait. Le programme politique populiste décrit plus haut trouve quand même 60 % d'appui au pays. C'est dire qu'avec un candidat plus « distingué », articulé, un tel politicien aurait des chances de prendre le pouvoir au pays.


Ce qui attire les gens dans cette proposition politique n'est pas homogène selon qu'on l'appuie fortement ou modérément. Mais l'engagement de ne se dévouer qu'aux intérêts de la classe moyenne et à ne pas obéir aux riches et puissants est certainement un thème qui rejoint une pluralité (41 %) de l'ensemble des supporteurs de ce genre de politiciens. C'est comme si dans la population, une perception très tenace s'était implantée voulant que les politiciens n'obéissent qu'aux riches et puissants au détriment de la classe moyenne!

Par contre, chez les plus enthousiastes à l'égard d'un tel politicien (26 %), les restrictions sur l'immigration prennent le dessus, et de loin. Une perspective intolérante de méfiance à l'égard des immigrants et des réfugiés alimente l'appui des plus forts supporteurs de notre politicien populiste. Ils ne se reconnaissent plus dans la diversité sociale actuelle. Ils ont l'impression que l'immigration menace l'identité culturelle du pays. Si 48 % des Canadiens sont d'accord avec l'idée voulant que « Si notre pays s'ouvre trop aux immigrants, nous risquons de perdre notre identité », c'est 87 % chez les plus enthousiastes supporteurs de notre politicien populiste!

Pour ces gens, la société change top vite. Ils n'ont plus l'impression d'y avoir de place, ils sont fatalistes face à l'avenir. L'immigrant devient ce symbole d'une société qui les exclut.

Pour les plus modérés, c'est le cynisme qui les alimente. Le sentiment que personne ne peut rien pour eux, ne s'intéresse à eux, certainement pas les politiciens traditionnels. Ils se sentent laissés-pour-compte, vulnérables. C'est l'accent sur la classe moyenne qui retient leur attention (au détriment des riches et célèbres).


Un défi pour la classe politique

Ces résultats mettent certainement en lumière une profonde déconnexion de la classe politique vis-à-vis d'une large partie de la population. Cette perception que la classe politique n'obéit qu'aux puissants au mépris de la classe moyenne retire une large part de confiance et même de légitimité à nos élus. L'ampleur de l'appui à notre hypothétique politicien populiste (60 %) dénote d'une perception fort négative à l'égard de notre classe politique et de sa gestion des enjeux sociaux. De tels résultats représentent certainement un message fort pour nos politiciens. Il faut réarticuler la communication, la connexion, bannir la « langue de bois », remettre l'authenticité au centre du discours et faire preuve d'une plus grande écoute à l'égard des électeurs. Mieux éduquer aussi face aux enjeux de l'époque.

Une pédagogie du nouveau monde s'impose. Les vagues migratoires vont continuer. L'innovation va continuer à déstructurer les entreprises traditionnelles, en région comme dans les grandes villes. Les conditions socioéconomiques et politiques nourrissant le populisme risquent de prendre de l'ampleur. La démocratie canadienne peut être mise à mal dans un tel contexte.

Il est intéressant d'observer que Monsieur Trudeau à Ottawa joue un très bon rôle de rempart en ce moment face à ce populisme ambiant. Son crédo à l'égard de la classe moyenne (au prix notamment d'accorder un congé de TPS à Netflix!) capte certainement l'attention des électeurs canadiens pour qui la défense de la classe moyenne est une priorité. Il s'agira de voir si d'ici les prochaines élections fédérales, cette recette peut suffire!

Parsifal de Richard Wagner

Cette œuvre de Wagner se prête à merveille à mon clin d'œil lyrique de cette semaine. L'idée du politicien nouveau, affranchi, « vierge » de toute acculturation des mœurs politiques traditionnelles, renvoie parfaitement au surhomme nietzschéen qu'incarnent certains des personnages des œuvres de Wagner (Siegfried et Parsifal notamment). Parsifal est ce héros qui peut libérer la communauté des gardiens du Graal de leur sort qui les voue à leur annihilation. Selon la trame du récit, seul un jeune homme « innocent », totalement ignorant du péché pourra sauver la communauté; l'innocence étant comprise ici comme l'absence d'acculturation aux valeurs de la société.

Dans l'extrait retenu, Parsifal résiste aux avances de la séductrice et pécheresse Kundry tout en anéantissant la puissance magique et maléfique du sorcier Klingsor.

Un superbe extrait avec Jonas Kaufmann, le ténor de l'époque, dans une mise en scène de François Girard au Met de New York.

Wagner: Parsifal - Jonas Kaufmann (Parsifal), Katarina Dalayman (Kundry), Peter Mattei (Amfortas), René Pape (Gurnemanz), Evgeny Nikitin (Klingsor), Rúni Brattaberg (Titurel), Maria Zifchak (Stimme) Orchestra of the Metropolitan Opera, Daniele Gatti (dir.), Francois Girard (prod.)

Croyez-vous que les immigrants menacent la pureté du pays? 53 % le croient au Québec, 42 % au Canada anglais (et La Juive de Fromental Halévy)

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Publié le 09-25-17 à 15:55

L'afflux de réfugiés aux frontières du Québec au cours des dernières semaines a mobilisé beaucoup d'espace médiatique, particulièrement dans la belle province, ce tout en relançant le débat public sur l'impact potentiel de l'immigration sur l'identité nationale et sur les coûts associés à leur accueil.

Ce nouveau contexte nous inspira la mise à jour des résultats d'une question que nous suivons depuis des années sur l'attitude des gens face à l'immigration : « Globalement, il y a trop d'immigration et cela menace la pureté du pays » («Êtes-vous tout à fait d'accord, plutôt d'accord, etc.). Or, s'il peut paraître discutable moralement de poser de telles questions, les réponses obtenues, comme leur évolution au cours des derniers mois, apparaissent tout à fait saisissantes sur le plan sociologique.

En août, dans la foulée des demandes d'asile à nos frontières, plus d'un Québécois sur deux (53 %) s'estimait en accord avec une telle affirmation, une hausse de 16 points depuis janvier lors de notre dernier sondage annuel sur le changement de valeurs au pays! (On est passé de 37 % à 42 % dans le reste du pays durant la même période).

On peut donc certainement conclure que la venue en nombre inhabituel de ces demandeurs d'asile a provoqué cette impétueuse réaction de l'opinion publique. Réaction qui s'est fait sentir principalement au Québec, car c'est aux portes de cette province que le phénomène a eu lieu; mais aussi un peu au Canada anglais, les médias d'information y faisant état de la situation.

Les réfugiés, les immigrants et la peur de l'autre

Les caractéristiques socioculturelles et sociodémographiques de ceux qui considèrent l'immigration comme une menace à la pureté du pays en disent beaucoup sur ce qui suscite une telle attitude.


Ces individus expriment une vive crainte d'exclusion sociale, si ce n'est un sentiment d'exclusion pur et simple. Ils ont l'impression que la société change trop vite et qu'elle ne fait plus de place pour des gens comme eux. Comme si l'exclusion dont ils ont l'impression de faire l'objet prenait notamment racine dans des privilèges et accommodements indus qu'ils croient que l'on accorde aux immigrants, et ce, à leurs dépens.

Ils vivent la diversité sociale grandissante comme une menace à leur équilibre de vie (diversité qui provient de l'immigration, mais aussi des changements de mœurs dans la société). Ils y perdent leurs repères, les balises avec lesquelles ils conçoivent « leur » monde. Ils ont l'impression de ne plus avoir de contrôle sur leur vie, emprise qu'ils perdent au profit de tendances qui les dépassent et dont l'immigration fait partie, tout comme la globalisation des marchés et des sociétés.

Ils voient la société de plus en plus comme une jungle impitoyable, de laquelle ils peuvent se faire éjecter à tout moment (s'ils n'ont pas l'impression de l'avoir déjà été). Ils sentent leur identité sociale menacée, tout comme l'identité culturelle de « leur » nation.

Ils deviennent aussi très cyniques à l'égard des institutions, des politiciens (« traditionnels ») et des élites de la société. Ils les considèrent comme responsables d'un laisser-aller qui mène la société vers la dérive.

De façon générale, ces individus appartiennent à une classe moyenne qui se sent malmenée par les changements sociaux et technologiques, par la globalisation à laquelle l'immigration est associée dans leur esprit. Ils exercent des métiers techniques, ils sont cols bleus, vivent en région, dans de petites localités (souvent mono-industrielles), tout en ayant des niveaux de revenus et de scolarité inférieurs à la moyenne.

L'immigrant, l'autre, devient par sa différence un symbole, une icône, un signe, dépersonnalisé, déshumanisé, portant en lui la source de la désintégration des repères de la société traditionnelle auxquels ceux qui s'y sentent plus vulnérables tiennent tant. L'immigrant symbolise la menace que le nouveau monde fait peser sur eux et sur les valeurs traditionnelles de la société.

Ce genre de mouvance sociale est à la source de la montée du populisme en politique dans la plupart des pays occidentaux actuellement. L'afflux d'un nombre record de demandeurs d'asile au mois d'août au Québec est venu exacerber ces visions menaçantes associées à l'immigration.


Un défi de société

Même si certains pays ont et vont continuer d'élire des politiciens populistes ayant comme programme de freiner l'immigration et la globalisation avec des politiques identitaires et protectionnistes, les tendances à la mondialisation vont se poursuivre et ceux qui vont vouloir s'isoler vont finir par en souffrir.

Les mouvements migratoires, comme les flux de réfugiés, vont se poursuivre. Les déplacements de populations risquent de s'accélérer compte tenu des effets des changements climatiques et des conflits régionaux.

D'un autre côté, sur le plan démographique, notre population ne se remplace plus et vieillit rapidement. L'immigration viendra fournir une main-d'œuvre dont notre économie aura grandement besoin.

Notre société, et nos institutions devront mettre de l'avant des moyens pour favoriser le vivre ensemble dans un contexte de diversité croissante. Il ne s'agit pas uniquement de combattre la xénophobie et le racisme. Mais aussi de promouvoir la richesse de cette diversité, l'apport de l'autre, l'intérêt de sa différence (sans en oublier la beauté) ainsi que son humanité.

La tentation du populisme va surement continuer de prendre de l'ampleur. Certains politiciens n'ont pu s'empêcher de « surfer » sur la vague au cours des dernières semaines. Les risques de dérapage sont là. Un « Trump » canadien pourrait émerger. La démocratie pourrait y perdre au change.

La Juive de Fromental Halévy

Si l'immigrant porte en lui la menace d'une désintégration progressive du tissu social traditionnel, les juifs n'ont cessé de jouer ce rôle au cours des siècles. Ils ont servi de boucs émissaires aux politiciens qui visaient à créer des diversions politiques : unir les populations derrière soi en identifiant un ennemi commun. Le Juif a été cet « autre » qui menace et pervertit.

Ainsi, comme clin d'œil lyrique cette semaine, j'ai pensé à vous présenter un extrait de La Juive de Fromental Halévy. Dans l'histoire de cet opéra qui se passe au 15e siècle en Italie, lorsque l'on apprenait qu'un juif et un chrétien avaient des relations sexuelles, le chrétien était excommunié, le juif tué.

L'extrait retenu ici montre un père juif qui voit sa fille condamnée au bucher parce que, notamment, il refuse de se convertir au christianisme (c'est plus compliqué que ça, mais enfin...).

La Juive : Fomanthal Halévy - Neil Shicoff, Krassimira Stoyanova, Simina Ivan, Wiener Staatsoper, Vjekoslav Sutej (dir.) - Deutsche Grammophon DVD, 2004