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Alain Giguère

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La « classe créative » au pays : 22 % de la population! (et Les Maîtres Chanteurs de Richard Wagner)

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Publié le 05-15-17 à 13:42

La créativité comme moyen d'expression personnelle

À la veille de C2 Montréal, cette grande messe de la créativité commerciale qui se tiendra la semaine prochaine à L'Arsenal, je me devais d'aborder l'expression de la créativité au pays. Il y a plusieurs façons de mesurer la créativité dans une société. Richard Florida est devenu célèbre au début des années 2000 en comptabilisant le nombre d'employés qui œuvraient dans des entreprises ou des organisations qu'il classait comme « créatives » (The Rise of the Creative Class, Basic Books, 2002). On peut aussi comptabiliser le nombre de brevets déposés dans une société, ce qui représente indéniablement aussi une vitalité créative et d'innovation.

Mais d'un autre point de vue, on peut aussi mesurer un phénomène moins connu que j'aime bien nommer « le besoin de créer ». Car même si plusieurs employés travaillent dans des organisations dites créatives, ils ne jouent pas tous des rôles créatifs (le comptable dans une agence de publicité, sans lui manquer de respect, on espère qu'il ne le soit pas trop!). Mais certains font sans nul doute des métiers « créatifs » qui leurs sont taillés sur mesure, car ils leur permettent d'exprimer leur besoin de créer.

L'inventeur génial a toujours fait partie de la société. Il répond aux impératifs du « besoin qui crée l'organe » et qui trouve une solution créative à des enjeux problématiques (M. Bombardier et sa motoneige, quand les chemins étaient bloqués par la neige et qu'il ne pouvait pas faire soigner son enfant malade).

Mais dans la modernité actuelle, où l'expression personnelle, l'expression de soi est une motivation très importante pour plusieurs, le besoin de créer, de se sentir créatif dans ses moindres activités quotidiennes devient tout à fait incontournable, irrépressible (au travail, dans ses loisirs, etc.); et ce, au prix de quitter un emploi si on ne peut y exprimer sa créativité.

Or dans nos études, une question fort simple nous permet d'identifier ces individus : « Dans mes différentes activités quotidiennes, il est très important pour moi de me sentir créatif (ve) ».

Le besoin d'exprimer sa créativité : 22 % de la population (parfaitement équivalent partout au pays)

Ainsi, pour reprendre l'expression de Richard Florida, j'aurais tendance à considérer les gens s'estimant « tout à fait d'accord » avec cette proposition comme étant notre véritable « classe créative »; car eux, ils ont besoin de créer à temps plein! Et peu importe le métier qu'ils exercent, ils représentent une force incroyable que les entreprises, les organisations et la société doivent trouver le moyen de mettre à profit.

Une grande part de cette créativité peut s'exprimer en loisirs ou en passe-temps, mais il y a certainement opportunité à l'utiliser pour créer de la valeur dans notre société (peu importe comment on définit celle-ci).

Par ailleurs, c'est chez les plus jeunes (les moins de 35 ans) que l'on retrouve les proportions les plus significativement élevées de gens créatifs. On dit souvent que les artistes, les inventeurs et les plus grands scientifiques de leurs époques ont livré le meilleur d'eux-mêmes avant qu'ils n'atteignent la trentaine.

Il n'est donc pas surprenant d'observer que, malheureusement, la créativité diminue avec l'âge! C'est comme si, quand les gens vieillissent, ils se réconfortent dans le connu, le prévisible, le facilement classable. Alors que les plus jeunes sont stimulés par l'inconnu et ont besoin de réinventer le monde!

La créativité se nourrit de la différence, des autres, de la nouveauté

Le profil de valeurs personnelles de cette classe créative est d'une ouverture formidable et il peut certainement inspirer l'optimisation de l'expression de la créativité dans les organisations.


Tout d'abord, ils témoignent d'une grande sensibilité à la diversité sociale et expriment un important et constant besoin de contacts significatifs avec les gens autour d'eux (que ces derniers soient des gens connus ou non). Un besoin de découvrir l'autre, de s'en inspirer, de se nourrir de la différence, de créer un monde nouveau à partir d'un « métissage culturel ». Cette stimulation par la différence et le contact humain qui y est associé, par la découverte, semble s'imposer comme un des nutriments de base, essentiels à la créativité.

L'ouverture au changement joue aussi un rôle important. Et ce, même dans les cas de transformation les plus déstructurants pour les organisations. La nouveauté et les nouveaux paradigmes introduits par le changement dans la société deviennent des opportunités pour penser autrement et stimuler la créativité.

Ce sont aussi des individus pris d'un vif désir d'amélioration personnelle. Ce sont des gens sensibles au potentiel inutilisé qui peut sommeiller en eux et ils veulent à tout prix le faire éclore. Ils ressentent ce besoin irrépressible de s'exprimer, et la créativité, soit en l'initiant ou en contribuant à des initiatives créatives, est certainement pour eux un moyen idéal de s'exprimer.

Les « non-créatifs » sont aussi fort intéressants : ils ne croient pas aux vertus du changement. Ils y voient le mal! Ils décodent tout ce qu'ils observent, « découvrent », en fonction de notions passées. La créativité vient rompre cet ordre de dispositions auquel ils tiennent tant!


Les opportunités pour les entreprises et les organisations

Il faut harnacher cette vitalité. Lui donner droit de cité dans les organisations. Lui permettre de s'exprimer, d'émerger. On doit aménager des lieux où l'on favorise les rencontres et les échanges. On favorise la diversité. On encourage les employés à venir exprimer la créativité de leurs loisirs au travail. On organise des rencontres avec des gens de métiers différents sur leurs façons créatives d'aborder leurs enjeux. On mêle les plus créatifs de milieux divers. On leur fait stimuler les moins créatifs, mais qui sont sensibles à la créativité, etc.

On peut comprendre, dans un tel contexte, l'opposition de beaucoup d'entreprises « créatives » aux États-Unis aux politiques d'immigration du Président Trump!

L'architecture et l'aménagement doivent jouer un grand rôle : des espaces ouverts, favorisant les rencontres et la discussion, des œuvres d'art, des créations d'employés, des espaces communs, etc.

Les Maîtres Chanteurs de Richard Wagner

Un exemple magnifique d'expression de créativité venant heurter de front les gens moins créatifs dans la société est certainement ce passage des Maîtres Chanteurs de Wagner dans lequel une confrérie d'artisans, qui ont comme hobby de faire des concours de chant, ont développé un paralysant traditionalisme au cours des années. Or, lorsqu'un de leurs membres veut leur introduire un nouveau venu avec des idées musicales innovantes et créatives, ils le rejettent avec véhémence (ce dernier finit par gagner sa cause à la fin de l'opéra)... Sublime!

Wagner - Die Meistersinger von Nurnberg / Heppner, Mattila, Morris, Pape, Allen, Polenzani, Levine, The Metropolitan Opera, New York, 2005, Deutsche Grammophon.

21 % des Canadiens considèrent qu’il est correct de ne pas obéir aux lois qu’ils trouvent stupides (25 % au Québec)! (Et Siegfried de Richard Wagner)

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Publié le 05-01-17 à 13:39

Des fantasmes de désobéissance civile

Une personne sur cinq au pays (une sur quatre au Québec) entretient ce genre de réflexion; et qui plus est, ce nombre d'individus est en constante progression depuis une douzaine d'années! Comme si pour ces citoyens, le « contrat social » se rompait progressivement, comme s'il devenait davantage légitime de désobéir aux lois, de contrevenir aux règles de base de notre vivre ensemble. Il n'est certes pas question ici d'une ouverture systématique à l'anarchie. Ces citoyens ne passent pas leur vie à désobéir aux lois. Mais il s'agit certainement d'un fantasme exprimant la frustration de ces individus face à ce que la vie leur réserve.

Il est intéressant de noter que sur le plan régional, nous n'observons pas de variations significatives. Cette posture de « défiance » se retrouve dans des proportions similaires d'un océan à l'autre, mis à part au Québec où la proportion des gens en accord avec l'idée est significativement plus élevée à 25 %.

Plus spécifiquement, nous avons demandé aux gens, dans un sondage reflétant l'ensemble de la population canadienne adulte (18 ans et plus), s'ils étaient en accord avec l'idée suivante : « Quand il y a des lois que l'on trouve stupides, il est correct de ne pas leur obéir ».

À cette même question en 2004, 12 % des Canadiens se disaient en accord (16 % au Québec), une progression de près de dix points depuis (9 %). Une bravade qui ne cesse de progresser!

Des jeunes et des conditions socioéconomiques peu clémentes

Le profil sociodémographique et socioéconomique de ces « contrevenants potentiels » nous permet de comprendre un peu le contexte d'une telle attitude. On observe une nette surreprésentation de la prévalence de ce point de vue chez les jeunes (moins de 35 ans), chez les gens qui ont les revenus les plus faibles dans la société, ainsi que chez les ouvriers et les cols bleus. On peut donc certainement concevoir que les contraintes financières et de vie associées à de tels profils peuvent générer une telle attitude.


Mais ce qui le plus troublant dans ces résultats, c'est la progression observée depuis 2004. Or, si les conditions socioéconomiques attisent cette posture de défiance, on peut bien comprendre que dans ce monde post-2008, le fantasme de désobéir aux lois soit en progression.

À maintes reprises, nos résultats de recherche nous ont clairement indiqué que la récession de 2008 n'avait pas été vécue comme les autres récessions. Les gens avaient espoir autrefois que l'économie et la vie pouvaient se ressaisir après une récession. L'après-2008 laissa aux Canadiens l'impression d'avoir vu s'abattre sur eux un monde infiniment plus incertain, complexe et risqué, et ils ont acquis la certitude que ce nouveau monde est là pour rester.

Je crois que c'est dans ce contexte que l'on doit interpréter la montée de ce fantasme de désobéissance civile. Les gens ont l'impression d'avoir à confronter un monde de plus en plus difficile et ils n'ont pas l'impression que la société est là pour les aider. D'où la rupture du « contrat social » chez certains.

Des postures d'exclusion

Par ailleurs, lorsqu'on analyse les valeurs personnelles et les postures mentales de ces « contrevenants potentiels », les motivations conditionnant ce genre d'attitudes deviennent encore plus claires.

Fondamentalement, ils se sentent exclus de la société. Ils ont l'impression de ne pas y trouver de place, de buts, de sens. Ils ont l'impression de ne pas avoir d'emprise, de contrôle sur leur vie. Ils ont le sentiment d'être laissés-pour-compte et que personne ne peut rien pour eux. Ainsi, s'ils ont l'impression d'être abandonnés par la société, pourquoi rempliraient-ils leurs obligations envers elle? D'où, encore une fois, la rupture du « contrat social » chez ces individus.

Ils sont aussi très cyniques à l'égard des élites, des gens d'affaires et des politiciens. Ils ont l'impression que tous leur mentent. Ils ne font confiance à personne. Ils affichent beaucoup de pessimisme face au monde actuel. Les plus jeunes ne voient pas d'un très bon œil le monde que les générations précédentes leur laissent! Dans un tel contexte, contrevenir devient une modalité légitime d'adaptation à la société actuelle.


Un projet de société

J'entends d'ici mes collègues en marketing conclure qu'il faut proposer au marché des expériences de marques plus rebelles, irrévérencieuses, politiquement incorrectes. Et en effet, selon les groupes cibles, de telles stratégies, si bien exécutées, vont certainement fonctionner.

Mais l'enjeu ici dépasse largement ces opportunités corporatives. Ces résultats sont notamment l'expression de la façon avec laquelle notre société, nos gouvernements « gèrent » l'exclusion. Davantage de ressources de la part de nos institutions et même des entreprises via leur engagement social devraient être dévolues pour mettre de l'avant des programmes inclusifs, d'entraide, d'intégration sociale, afin de freiner l'exclusion.

Le gouvernement de l'Ontario fait en ce moment une expérience dans quelques municipalités avec un programme de revenu minimum garanti visant à aider les gens à intégrer le marché du travail ou à poursuivre leurs études. Éventuellement, d'autres initiatives comme celle-là devront être mises de l'avant afin d'éviter que ces fantasmes de désobéissance civile ne continuent de progresser ou encore qu'ils se transforment en réalité!

Le Brookfield Institute à l'Université Ryerson à Toronto publiait récemment un rapport d'étude (The Talented Mr. Robot!) affirmant qu'avec les prochaines vagues d'innovations technologiques, reliées à l'intelligence artificielle notamment, jusqu'à 42 % de la main-d'œuvre active au pays est à risque d'être éliminée au profit de systèmes automatisés!

Si ce genre de scénario se matérialisait, ne serait-ce que minimalement, nous aurons besoin en tant que société de beaucoup de créativité pour mieux combattre l'exclusion et la désobéissance civile qui pourraient s'ensuivre (on pourrait être tenté ici de concevoir un scénario à la « Mad Max », mais gardons-nous une petite gêne).

Siegfried de Richard Wagner

Dans une perspective plus philosophique, toutes les époques ont connu des mouvements de désobéissance civile. La jeunesse critiquant le régime de la génération précédente veut s'en défaire et prendre sa place. Les anthropologues analysant les sociétés primitives parlent du meurtre du père, la « castration symbolique » (le père comme auteur des lois et des règles).

C'est exactement le thème du troisième acte de l'opéra Siegfried de Wagner, troisième volet de sa tétralogie de L'Anneau du Nibelung. Siegfried rencontre son grand-père, Wotan, le dieu suprême, qui porte une lance sur laquelle sont gravées les lois et règles du monde. Wotan protège l'accès à sa fille (la tante de Siegfried) qui dort entourée d'un anneau de feu. Siegfried brise la lance, se défait de Wotan (castration) et va prendre sa tante. La création de l'œuvre date de 1876, Freud n'avait encore rien écrit!

L'extrait retenu est l'ouverture de ce troisième acte, un magnifique élan orchestral annonciateur du drame qui va se jouer (la castration, la tante, tout!).

Wagner: Der Ring des Nibelungen - Complete Ring Cycle (James Levine, Metropolitan Opera), Siegfried Jerusalem, Hildegard Behrens, James Morris, Brian Large (Director), Deutsche Grammophon, New York, 2002.

65 % des Canadiens nous disent croire en Dieu, mais 49 % considèrent que leurs croyances religieuses sont importantes (62 % et 43 % au Québec) (Et la Passion selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach)

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Publié le 04-10-17 à 17:49

Les croyances religieuses sont en baisse constante depuis près de vingt ans!

En cette Semaine sainte, je me devais d'examiner nos données sur le sentiment religieux au pays. Des proportions appréciables de citoyens déclarent que leurs croyances religieuses sont importantes : une personne sur deux (49 %). Les variations régionales sont intéressantes : les croyances religieuses sont à leur plus bas au Québec et en Colombie-Britannique (43 %) et au plus haut en Alberta et dans les provinces de l'Atlantique (56 %).

Pourtant, on ne cesse de nous répéter que les églises sont vides. Le sentiment religieux paraît davantage un héritage culturel que l'expression d'une pratique soutenue du culte. À ce titre, la différence entre la croyance en Dieu et le sentiment religieux est révélatrice, on a moins besoin de l'Église pour se « connecter » à Dieu.

De plus, les tendances sont fort éloquentes. Si 65 % des Canadiens nous disent croire en Dieu, cette proportion était de 81 % en 2005, en baisse constante depuis (on passe de 77 % à 62 % au Québec). Une tendance similaire s'exprime à l'égard des croyances religieuses. Ceux qui nous disent qu'elles sont importantes passent de 70 % de la population en l'an 2000 à 49 % en 2017 (de 63 % à 43 % au Québec).


L'avenir du sentiment religieux au pays

On a beau parler du religieux régulièrement dans les médias, compte tenu des tendances reliées à l'immigration; dans l'ensemble de la population toutefois, le sentiment religieux ne cesse de diminuer depuis près de vingt ans. Le religieux disparaît progressivement de nos vies. Et peu importe que l'on regarde du côté protestant au Canada anglais ou catholique au Québec, les tendances sont les mêmes. À ce rythme, si « la tendance se maintient », d'ici une génération (25 ans), le sentiment religieux pourrait devenir un phénomène tout à fait marginal.

Un tel scénario s'appuie bien sûr sur la tendance actuelle et néglige le rôle de plus en plus grand que va jouer l'immigration à ce sujet dans les années à venir. Mais l'acculturation exercée par l'école auprès des enfants de ces immigrants pourrait certainement contribuer à maintenir la tendance. Et de toute façon, si via l'immigration le religieux maintient sa place dans la société, il ne sera pas chrétien. Il sera taoïste, sikh, hindouiste, bouddhiste, musulman, etc. Et surtout, il constituera un héritage culturel, comme un ensemble de mythes qui peuvent alimenter le sens à la vie, sans nécessairement s'exprimer dans des rites ecclésiastiques.

Néanmoins, j'admets qu'il s'agit ici d'un scénario établi en projetant les tendances actuelles et qu'il faut être prudent avant de tenter de prédire l'avenir... mais ces tendances sont observées sur une période de près de vingt ans, et plus on descend sur l'échelle de l'âge, moins le sentiment religieux est prévalent (ce qui augure un peu pour l'avenir quand même). Est-ce que l'immigration va changer la donne? On verra.

Notre rapport au sacré

Par ailleurs, on observe que les gens se fabriquent un Dieu à leur image, lequel ressemble davantage à un ange gardien qu'à ce « Seigneur à la barbe blanche ». Au pays, près de deux personnes sur cinq, la pluralité (37 %, même chose au Québec), croient à un Dieu modelé à leur façon. Seulement 22 % croient au Dieu qu'enseigne leur Église (14 % au Québec).

Par contre, un des phénomènes les plus en croissance est la croyance en une « force » qui nous unit à la nature, au cosmos, à l'univers. On assiste ici à une dépersonnalisation du divin, à une espèce de bouddhisme post-moderne nous donnant l'impression de participer au divin, d'en faire partie, comme tout le reste de la nature (Que la force soit avec vous!). L'adhésion à cette vision panthéiste est passée de 11 % de la population canadienne en 1998 à 21 % en 2016 (de 14 % à 28 % au Québec).

Enfin, l'athéisme, cette notion que la vie ne serait que phénomènes biologiques, est passée de 7 % à 20 % au pays, toujours de 1998 à 2016 (de 8 % à 21 % au Québec).

Les valeurs personnelles, les cordes sensibles et le divin!

Le regard sur les valeurs des gens nous permet de mieux comprendre pourquoi le Dieu de nos églises est si malmené dans les croyances populaires. Ceux qui s'y reconnaissent ont des valeurs très traditionnelles et très conservatrices. Ils valorisent particulièrement l'autorité des institutions, ils sont fatalistes, ont peu d'emprise sur leur vie, laissant au divin tout le leadership!

Ceux qui se fabriquent un Dieu personnalisé ont peine à vivre avec la complexité et les incertitudes du monde actuel. Ils se sentent potentiellement exclus de la société. Ils s'y sentent menacés. Leur Dieu devient donc cette espèce d'ange gardien qui veille sur eux.

Les tenants de la force et les athées, les deux groupes constamment en croissance depuis vingt ans, sont en opposition idéologique complète face à l'Église (catholique ou protestante). Ils lui reprochent de fonder son rôle sur l'interdiction, la soumission, le péché, la punition. Ils vont vous dire, en paraphrasant Monsieur Trudeau (le père) que l'Église n'a pas sa place dans la chambre à coucher des gens. Ils se sentent en plein contrôle de leur vie, aspirent à la liberté et à l'épanouissement personnel.

Un défi pour les Églises (notamment les chrétiennes, catholiques et protestantes)

Si elles veulent garder leur pertinence sociale, ces dernières ont un sérieux rattrapage à faire afin de se resynchroniser avec les valeurs des gens. La distance entre ce qu'elles représentent et ce que vit la majorité des gens est en train de devenir abyssale! De faibles minorités au pays croient en leur Dieu. Ce dernier a éclaté au cours des années en une myriade de formes diverses, mieux adaptées culturellement à l'époque.

Une situation qui est très ironique, si on s'attarde au message du Christ pour revenir à la Semaine sainte. Son message en est un de compassion, d'ouverture à l'autre, d'accueil, de générosité, d'oubli de soi et d'amour. Ce que certainement tous ceux qui s'opposent à la vision du Dieu de l'Église ne voient pas en celle-ci, mais dont l'époque aurait désespérément besoin. Si les Églises chrétiennes tendent à se marginaliser, les Semaines saintes pourraient peut-être nous réconcilier avec le Christ!

La Passion selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach

Dans les œuvres musicales tout indiquées pour souligner la Semaine sainte, cette dernière s'impose. Toute l'œuvre semble baigner dans la douleur, les larmes et la contrition. L'extrait que je vous propose est justement « l'air de la contrition » et met en scène une mezzo qui chante la douleur de l'apôtre Pierre lorsqu'il réalise que, comme lui avait prédit le Christ, alors que le coq vient de chanter, il l'a renié trois fois (« Je ne connais pas cet homme »). Sublime!

Bach, J S: Saint Matthew Passion, BWV244, Mark Padmore (Evangelist), Christian Gerhaher (Jesus), Camilla Tilling (soprano), Magdalena Kozena (mezzo), Topi Lehtipuu (tenor), Thomas Quasthoff (bass), Berliner Philharmoniker, Rundfunkchor Berlin, Knaben des Staats- und Domchors Berlin, Sir Simon Rattle, ritualisation : Peter Sellars

Une personne sur dix fantasme d’aller faire la Guerre sainte au Moyen-Orient! (Et le War Requiem de Benjamin Britten)

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Publié le 04-03-17 à 17:10

Un fantasme : aller faire la guerre!

Enfin, c'est ce que nous disent 12 % des Canadiens!

L'idée de sonder sur un tel sujet nous est venue en constatant toute l'activité médiatique au cours des derniers mois sur les phénomènes de radicalisation.

Sans vouloir critiquer les médias, juste le fait qu'ils abordent cette question, qu'ils en fassent leurs premières pages peut donner l'impression que le mouvement est beaucoup plus important qu'il ne l'est en réalité (en termes de nombre d'individus mobilisés). À titre d'exemple, les musulmans représentent 3 % de la population, mais nos sondages ont démontré que les gens croient qu'ils sont beaucoup plus nombreux.  L'activité médiatique y est certainement pour quelque chose.

On pouvait donc faire l'hypothèse qu'un phénomène semblable puisse avoir cours pour la radicalisation. Par contre, dans ce cas-ci, l'intérêt est moins de sonder ceux qui partent (ce qui serait difficile à faire s'ils étaient partis), mais bien plutôt ceux qui « fantasment » de le faire. Il est clair qu'avant de quitter le pays pour une telle « aventure », un processus psychologique de « maturation » doit se passer dans l'esprit de ces apôtres fraîchement convertis. Avant de passer à l'acte, ces radicalisés ont sûrement passé beaucoup de temps à mûrir l'idée, à concevoir cette « mission » dans laquelle ils songent s'engager, à y donner un sens.

Ils ont idéalisé, sublimé leur engagement. Ils y ont trouvé une motivation que leur vie ne leur apportait pas avant qu'ils ne s'engagent sur cette voie. La question pouvait donc se poser à savoir combien de Canadiens, de Québécois entretiennent ce genre de fantasme de Guerre sainte!

Nous avons donc demandé aux gens s'ils étaient d'accord avec l'affirmation suivante, dans notre dernière enquête sur les valeurs des citoyens et des consommateurs au pays (une enquête reflétant l'ensemble de la société canadienne) : « Il m'arrive d'envier ces jeunes qui vont faire la Guerre sainte en Syrie et au Moyen-Orient ou qui donnent leur vie pour des causes auxquelles ils croient ».

Voilà qui fut encore une source « radicale » d'étonnement pour nous : 12 % des Canadiens s'estiment en accord avec une telle affirmation (4 % « tout à fait » et 9 % « plutôt » en accord). Il est intéressant de noter aussi qu'il n'y a pas de variation régionale au pays sur cette question; à l'exception du Québec qui se distingue comme étant la province où l'on retrouve le moins de citoyens en accord avec l'affirmation (9 %), alors qu'on aperçoit une importante activité médiatique sur le sujet.

Des jeunes en mal de sens

Sans surprise, ce sont les jeunes qui sont le plus en accord avec cette affirmation. Mais le niveau avec lequel ils sont en accord est tout à fait étonnant : 29 % chez les 18-24 ans et 20 % chez les 25-34 ans. Il faut aussi noter que même si la proportion de gens qui adhèrent à cette idée diminue proportionnellement et significativement avec l'âge, elle est quand même de 3 % chez les 65 ans et plus (un peu surréaliste de s'imaginer quelqu'un de 70 ans se fantasmant la Kalachnikov aux mains! - Un vieux baby-boomer, certainement).


C'est aussi chez les immigrants, les ouvriers, les gens ayant les niveaux de revenus et de scolarité les plus faibles et chez les hommes que l'on retrouve le plus d'individus à qui il arrive de fantasmer sur la Guerre sainte.

Ainsi, des conditions socioéconomiques plus difficiles peuvent donc offrir des contextes plus favorables à la radicalisation (ou au fantasme de). L'endoctrinement peut certainement se nourrir de ce type de conditions sociales. Des jeunes ayant une certaine rage de vivre qui se sentent constamment aux prises avec d'importantes contraintes sociales et économiques peuvent certainement finir par fantasmer sur le djihad comme « projet emballant »!

Les valeurs et postures mentales associées aux fantasmes du djihad!

Ce qui nous amène au profil de valeurs personnelles de ces « aspirants djihadistes ». Ils expriment un kaléidoscope complexe de motivations et de postures mentales. Ils se sentent exclus de la société. Ils ont l'impression de ne pas y trouver de place, de but, de sens. Ils ont l'impression de ne pas avoir d'emprise, de contrôle sur leur vie.

Ils expriment donc, en conséquence, un vif besoin de revaloriser leur identité sociale, pour eux-mêmes et auprès des autres. Ils veulent devenir « quelqu'un » dans la société, vaincre un certain manque d'estime d'eux-mêmes.

De plus, contrairement aux gens qui habituellement se sentent exclus dans la société, et c'est là la combinaison unique qui les amène à fantasmer sur le djihad, ils se sentent remplis de potentiel, aptes à relever des défis, tout en ayant la perception que la société les empêche de se réaliser.

La « Guerre sainte » est donc « fantasmée » comme un formidable projet de vie! Un projet qui donne un sens à la vie, qui permet de réaliser son plein potentiel, de revaloriser son statut, son identité sociale, de devenir quelqu'un socialement!

Évidemment, seulement une infime minorité de ceux qui entretiennent périodiquement ce genre de fantasme finit par se radicaliser, mais le portrait psychosociologique dépeint ici, représente certainement la porte d'entrée vers ce processus de radicalisation.


Un projet sociétal pour les marques et les organisations

Cet enjeu de radicalisation devrait, à mon sens, représenter une opportunité formidable d'engagement social pour les entreprises. Bien entendu, beaucoup d'intervenants travaillent activement pour prévenir la radicalisation. Pourtant, si en plus de ces initiatives, des marques et des entreprises s'y attaquaient comme projet de responsabilité et d'engagement social, on pourrait assurément observer une différence significative. Des projets d'emplois, d'intégration, de soutien à des communautés, peu importe les initiatives, l'enjeu social est suffisamment important pour qu'on y mette les ressources nécessaires.

Le War Requiem de Benjamin Britten

L'œuvre idéale en musique classique pour accompagner une telle problématique est certainement le « War Requiem » de Britten. Ce requiem, dépourvu de tout sens liturgique, constitue un virulent plaidoyer contre les guerres et leurs abominations. Britten avait composé cette œuvre, créée en 1962, pour l'inauguration d'une cathédrale, reconstruite après avoir été détruite durant la Seconde Guerre mondiale (à Coventry en Angleterre).

Le passage suggéré ici est « l'Agnus dei ». Le narratif chanté est constitué d'un poème qui associe la boucherie des champs de bataille de la Première Guerre mondiale à la crucifixion du Christ.

Ian Bostridge à la voix, Antonio Pappano au pupitre et l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia en répétition...

Une entente avec La Presse pour la publication de mon blogue!

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Publié le 03-28-17 à 11:48

Chers amis, j'ai lancé il y a quelques semaines un blogue hebdomadaire sur des tendances de société et de marché, en les associant à des œuvres d'opéra ou de musique classique. Vous avez été nombreux à me suivre et je vous en remercie. Votre enthousiasme est grandement apprécié.

Suite au lancement de cette initiative, j'ai conclu une entente avec La Presse qui a gentiment accepté de me publier une fois aux deux semaines, à compter dorénavant du 4 avril prochain. Je me synchroniserai donc avec La Presse et publierai maintenant en même temps qu'eux (et sur le même sujet). La version de La Presse sera un peu écourtée par rapport à celle que vous retrouverez sur mon blogue, alors que cette dernière version que vous pourrez trouver sur le site de CROP contiendra plus de détails, les tableaux statistiques, le résumé des valeurs et cordes sensibles expliquant le sujet débattu dans le blogue et, bien sûr, les extraits d'opéra et de musique classique.

Au plaisir de reconnecter le 4 avril!

Alain Giguère
Président, CROP inc.
Le 28 mars 2017