Sur mon radar cette semaine

Alain Giguère

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Un Canadien sur quatre est climato-sceptique (et encore une fois l’Or du Rhin de Wagner)

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 02-17-17 à 17:18

Quand la pensée suit le portefeuille!

Je poursuis donc sur ma lancée de la semaine dernière, l'administration Trump continuant de me stimuler! Cette fois-ci, ce sont les nouveaux directeurs de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) et du département de l'Énergie, respectivement Messieurs Scott Pruitt, procureur général de l'Oklahoma, et Rick Perry, gouverneur du Texas, deux fervents républicains, qui m'inspirent particulièrement.

Lors de leur nomination par M. Trump, la presse américaine a décrié le climato-scepticisme de ces deux hommes, compte tenu des responsabilités qu'on leur avait attribuées. Ces derniers se sont défendus par la suite en disant qu'ils ne niaient pas totalement l'impact de l'activité humaine sur les changements climatiques, mais que ce point de vue était grandement exagéré et que la science était loin d'être unanime sur le sujet (lire l'article). Même Monsieur Trump a déclaré sur Twitter que le concept de changement climatique avait été inventé par les Chinois pour nuire commercialement à l'industrie américaine!

Encore une fois, s'il peut être fréquent de lire ce genre de commentaires en provenance des États-Unis, l'adhésion d'une proportion significative des Canadiens à ce genre de point de vue m'apparaît très surprenante! En effet, environ une personne sur quatre au pays (23 %) est d'avis que si changement climatique il y a, il est le fruit de la nature et sans danger pour la terre, et ce, tout en s'opposant à l'idée que ces changements puissent être causés par l'activité humaine. Environ trois personnes sur quatre (77 %) supportent quand même le point de vue inverse.

Les variations régionales et les caractéristiques sociodémographiques associées à ce climato-scepticisme sont aussi très intéressantes. C'est en Alberta que l'on retrouve la proportion la plus élevée de climato-sceptiques, à 35 % de la population, alors que les niveaux les plus bas se retrouvent en Atlantique (15 %) et au Québec (17 %). Les hommes, les gens âgés entre 45 et 54 ans, les gens ayant les revenus les plus faibles, les techniciens et ceux qui n'ont pas de formation universitaire sont les groupes où l'on retrouve les niveaux les plus élevés de climato-scepticisme.

Il est dont évident qu'il y a une détermination économique derrière ces résultats. Un sentiment de vulnérabilité socioéconomique amène les gens à « filtrer » l'information scientifique sur le sujet, pourtant abondante dans les médias, et à se replier sur un point de vue moins menaçant. Comme je le disais en introduction, la pensée suit le portefeuille ici.


Cliquez ici pour voir les résultats détaillés

Comme on le sait, l'économie canadienne voit une grande part de son PIB centrée sur les énergies fossiles, de grands responsables des changements climatiques. Les plus convaincus de la responsabilité de l'activité humaine sur ceux-ci militent pour des conversions et des alternatives énergétiques qui peuvent avoir des effets importants sur l'emploi dans certaines régions du pays et sur certaines catégories socioéconomiques. Ce que Monsieur Trump a très bien compris et ce sur quoi il joue politiquement.

De plus, lorsqu'on examine les valeurs personnelles et les « postures mentales » de ces climato-sceptiques, on observe un profil très conservateur, dominé par une perspective très « darwiniste » de la vie actuelle. Ils perçoivent la vie économique comme une jungle impitoyable où tous peuvent être éjectés à tout moment et où chacun doit constamment se battre pour garder sa place. Leur conservatisme est un réflexe de protection et les imperméabilise face à toutes informations apparaissant comme menaçantes.


Cliquer ici pour consulter le profil des valeurs)

Un défi de solidarité économique et d'éducation

Comment voulez-vous que le pays arrive à s'entendre avec l'Alberta sur des politiques de lutte aux changements climatiques si le tiers de sa population refuse d'y croire et se sent menacé économiquement? On peut aussi émettre le même commentaire pour l'ensemble du pays si à chaque fois que l'on veut mettre de l'avant des politiques énergétiques alternatives, une personne sur quatre se sent menacée.

Trop souvent, les politiques énergétiques visant les changements climatiques sont perçues comme nécessitant un lourd prix économique. Une stratégie de formation et de relocalisation de la main-d'œuvre doit être au cœur de toute vision énergétique (face aux impacts des taxes sur le carbone, les règlementations sur les pipelines, le développement des énergies vertes, etc.). L'éducation, la diffusion du savoir scientifique se doit aussi d'accompagner ces stratégies.

Il m'apparaît impératif aussi que les entreprises, dans leur engagement social, jouent un rôle primordial dans le support aux communautés touchées par les stratégies énergétiques : formation et relocalisation de la main-d'œuvre, et éducation pouvant être à l'origine de multiples initiatives sociocommunautaires.

Il me semble donc qu'il faut voir ces résultats comme une opportunité d'action sociale et communautaire plutôt que comme une opportunité de politique populiste comme l'a vu la nouvelle administration américaine!

Le vol de l'Or du Rhin dans l'opéra du même nom comme souillure initiale de l'ordre écologique et cosmique

Tout comme pour mon texte précédent, l'Or du Rhin de Wagner me semble tout indiqué pour illustrer ce phénomène de société. Par contre ici, c'est au point de vue inverse, majoritaire au pays qu'il fait écho (l'activité humaine causant le réchauffement climatique).

Plusieurs interprétations peuvent être proposées quant au sens profond que l'on peut donner à cette œuvre immense qu'est l'Anneau du Nibelung.

Mais, on peut certainement lui donner une interprétation écologique. L'Or du Rhin dans ce récit est un élément unificateur de la vie, régulant l'harmonie avec l'univers. L'appropriation de l'or par Alberich le nain (Nibelung) vient mettre en péril cet équilibre du vivant et de la nature, tout comme l'empreinte carbone de l'activité humaine sur la planète. L'extrait qui suit nous montre cette appropriation de l'or dans la production de Robert Lepage au Met à New York en 2010. On peut certainement y voir une métaphore de la façon avec laquelle l'Homme consomme trop souvent les ressources de la planète de manière abusive (l'ONG Global Footprint Network affirmait l'été dernier que le lundi 8 août, l'humanité avait consommé la totalité des ressources que la planète peut renouveler en un an et vivait donc « à crédit » jusqu'au 31 décembre 2016!

Wagner: Das Rheingold, James Levine, The Metropolitain Opera, production de Robert Lepage, New York, 2010, Deutsche Grammophon.