Sur mon radar cette semaine

Alain Giguère

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Une personne sur dix fantasme d’aller faire la Guerre sainte au Moyen-Orient! (Et le War Requiem de Benjamin Britten)

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 04-03-17 à 17:10

Un fantasme : aller faire la guerre!

Enfin, c'est ce que nous disent 12 % des Canadiens!

L'idée de sonder sur un tel sujet nous est venue en constatant toute l'activité médiatique au cours des derniers mois sur les phénomènes de radicalisation.

Sans vouloir critiquer les médias, juste le fait qu'ils abordent cette question, qu'ils en fassent leurs premières pages peut donner l'impression que le mouvement est beaucoup plus important qu'il ne l'est en réalité (en termes de nombre d'individus mobilisés). À titre d'exemple, les musulmans représentent 3 % de la population, mais nos sondages ont démontré que les gens croient qu'ils sont beaucoup plus nombreux.  L'activité médiatique y est certainement pour quelque chose.

On pouvait donc faire l'hypothèse qu'un phénomène semblable puisse avoir cours pour la radicalisation. Par contre, dans ce cas-ci, l'intérêt est moins de sonder ceux qui partent (ce qui serait difficile à faire s'ils étaient partis), mais bien plutôt ceux qui « fantasment » de le faire. Il est clair qu'avant de quitter le pays pour une telle « aventure », un processus psychologique de « maturation » doit se passer dans l'esprit de ces apôtres fraîchement convertis. Avant de passer à l'acte, ces radicalisés ont sûrement passé beaucoup de temps à mûrir l'idée, à concevoir cette « mission » dans laquelle ils songent s'engager, à y donner un sens.

Ils ont idéalisé, sublimé leur engagement. Ils y ont trouvé une motivation que leur vie ne leur apportait pas avant qu'ils ne s'engagent sur cette voie. La question pouvait donc se poser à savoir combien de Canadiens, de Québécois entretiennent ce genre de fantasme de Guerre sainte!

Nous avons donc demandé aux gens s'ils étaient d'accord avec l'affirmation suivante, dans notre dernière enquête sur les valeurs des citoyens et des consommateurs au pays (une enquête reflétant l'ensemble de la société canadienne) : « Il m'arrive d'envier ces jeunes qui vont faire la Guerre sainte en Syrie et au Moyen-Orient ou qui donnent leur vie pour des causes auxquelles ils croient ».

Voilà qui fut encore une source « radicale » d'étonnement pour nous : 12 % des Canadiens s'estiment en accord avec une telle affirmation (4 % « tout à fait » et 9 % « plutôt » en accord). Il est intéressant de noter aussi qu'il n'y a pas de variation régionale au pays sur cette question; à l'exception du Québec qui se distingue comme étant la province où l'on retrouve le moins de citoyens en accord avec l'affirmation (9 %), alors qu'on aperçoit une importante activité médiatique sur le sujet.

Des jeunes en mal de sens

Sans surprise, ce sont les jeunes qui sont le plus en accord avec cette affirmation. Mais le niveau avec lequel ils sont en accord est tout à fait étonnant : 29 % chez les 18-24 ans et 20 % chez les 25-34 ans. Il faut aussi noter que même si la proportion de gens qui adhèrent à cette idée diminue proportionnellement et significativement avec l'âge, elle est quand même de 3 % chez les 65 ans et plus (un peu surréaliste de s'imaginer quelqu'un de 70 ans se fantasmant la Kalachnikov aux mains! - Un vieux baby-boomer, certainement).


C'est aussi chez les immigrants, les ouvriers, les gens ayant les niveaux de revenus et de scolarité les plus faibles et chez les hommes que l'on retrouve le plus d'individus à qui il arrive de fantasmer sur la Guerre sainte.

Ainsi, des conditions socioéconomiques plus difficiles peuvent donc offrir des contextes plus favorables à la radicalisation (ou au fantasme de). L'endoctrinement peut certainement se nourrir de ce type de conditions sociales. Des jeunes ayant une certaine rage de vivre qui se sentent constamment aux prises avec d'importantes contraintes sociales et économiques peuvent certainement finir par fantasmer sur le djihad comme « projet emballant »!

Les valeurs et postures mentales associées aux fantasmes du djihad!

Ce qui nous amène au profil de valeurs personnelles de ces « aspirants djihadistes ». Ils expriment un kaléidoscope complexe de motivations et de postures mentales. Ils se sentent exclus de la société. Ils ont l'impression de ne pas y trouver de place, de but, de sens. Ils ont l'impression de ne pas avoir d'emprise, de contrôle sur leur vie.

Ils expriment donc, en conséquence, un vif besoin de revaloriser leur identité sociale, pour eux-mêmes et auprès des autres. Ils veulent devenir « quelqu'un » dans la société, vaincre un certain manque d'estime d'eux-mêmes.

De plus, contrairement aux gens qui habituellement se sentent exclus dans la société, et c'est là la combinaison unique qui les amène à fantasmer sur le djihad, ils se sentent remplis de potentiel, aptes à relever des défis, tout en ayant la perception que la société les empêche de se réaliser.

La « Guerre sainte » est donc « fantasmée » comme un formidable projet de vie! Un projet qui donne un sens à la vie, qui permet de réaliser son plein potentiel, de revaloriser son statut, son identité sociale, de devenir quelqu'un socialement!

Évidemment, seulement une infime minorité de ceux qui entretiennent périodiquement ce genre de fantasme finit par se radicaliser, mais le portrait psychosociologique dépeint ici, représente certainement la porte d'entrée vers ce processus de radicalisation.


Un projet sociétal pour les marques et les organisations

Cet enjeu de radicalisation devrait, à mon sens, représenter une opportunité formidable d'engagement social pour les entreprises. Bien entendu, beaucoup d'intervenants travaillent activement pour prévenir la radicalisation. Pourtant, si en plus de ces initiatives, des marques et des entreprises s'y attaquaient comme projet de responsabilité et d'engagement social, on pourrait assurément observer une différence significative. Des projets d'emplois, d'intégration, de soutien à des communautés, peu importe les initiatives, l'enjeu social est suffisamment important pour qu'on y mette les ressources nécessaires.

Le War Requiem de Benjamin Britten

L'œuvre idéale en musique classique pour accompagner une telle problématique est certainement le « War Requiem » de Britten. Ce requiem, dépourvu de tout sens liturgique, constitue un virulent plaidoyer contre les guerres et leurs abominations. Britten avait composé cette œuvre, créée en 1962, pour l'inauguration d'une cathédrale, reconstruite après avoir été détruite durant la Seconde Guerre mondiale (à Coventry en Angleterre).

Le passage suggéré ici est « l'Agnus dei ». Le narratif chanté est constitué d'un poème qui associe la boucherie des champs de bataille de la Première Guerre mondiale à la crucifixion du Christ.

Ian Bostridge à la voix, Antonio Pappano au pupitre et l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia en répétition...