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L’innovation : 34 % des Canadiens lui sont enthousiastes, alors que 22 % la diabolisent! (Et la poupée robot des Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach)

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 05-29-17 à 16:35

L'innovation : une profonde fracture sociale face au rythme du changement

Ce texte fait suite au précédent sur la créativité. Si ce dernier se voulait une humble mise en bouche à C2 Montréal, cette grande messe de la créativité commerciale, ce nouveau texte met en relief notre attitude à l'égard de l'innovation (l'intelligence artificielle fut notamment au menu du dernier C2).

L'économie carbure à l'innovation et le rythme en est de plus en plus accéléré, tout comme sa diffusion d'ailleurs. Beaucoup de consommateurs y voient un terrain de jeu fantastique, particulièrement les plus « Innovateurs » ainsi que les « Adoptants précoces » (« Early adopters »), étant avides d'être les premiers à se prévaloir des nouvelles offres sur le marché. J'utilise ici la nomenclature popularisée par Everett Rogers depuis les années 60 par son modèle sur la diffusion de l'innovation : des Innovateurs à la Majorité précoce, jusqu'aux « Récalcitrants » (« Laggards »). Plusieurs questions de sondage doivent être utilisées pour parfaitement reproduire le modèle initial, mais lorsqu'on veut une estimation rapide, avec une précision tout de même fort acceptable, l'accord avec la question suivante s'avère très efficace : « Habituellement, je suis la première personne que je connaisse à essayer un nouveau produit ou service ». Malgré la naïveté spontanée de cette question, nos analyses nous démontrent qu'elle prédit fort bien l'attitude à l'égard de l'innovation dans plusieurs sphères de la vie.

L'innovation : 34 % d'enthousiastes, 44 % de « circonspects » et 22 % de détracteurs!

L'ensemble des gens en accord avec cette affirmation est très homogène, que ceux-ci soient tout à fait ou plutôt en accord avec l'affirmation. On les retrouve chez les plus jeunes, les hommes, les plus fortunés, chez les professionnels, dans les grandes villes et particulièrement en Ontario; alors que les plus récalcitrants affichent un profil tout à fait à l'inverse : plus âgés, davantage de femmes et de moins fortunés, etc.


En fait, ces résultats peuvent être regroupés en trois catégories, lesquelles expriment une profonde fracture sociale face au rythme du changement que la vie actuelle nous impose.

Tout d'abord, l'ensemble des gens en accord avec l'idée, les « Enthousiastes » (34 %), jouent sans conteste un rôle de leadership dans la diffusion de l'innovation (dans le modèle de Rogers, ils correspondent à l'ensemble des Innovateurs, des Adoptants précoces et de la Majorité précoce). Viennent ensuite les gens qui s'estiment « plutôt en désaccord » qui expriment des attitudes plus prudentes, les « Circonspects » (44 %). Ces derniers attendent que les innovations aient fait leurs « preuves » avant de s'enthousiasmer.

Enfin, 22 % de Récalcitrants face à ce qu'ils perçoivent comme l'expression du rythme effréné et menaçant du changement.

Notons que ces proportions sont relativement stables à travers toutes les provinces canadiennes.

Un levier de transformation personnelle ou une menace d'exclusion sociale?

Un impressionnant cocktail de valeurs et de cordes sensibles motive l'adoption, tout comme le rejet à l'égard de l'innovation.

Chez les Enthousiastes, on observe une volonté de transformation de sa vie, d'exploration, d'expression de son potentiel personnel et de sa créativité, une envie de changer le monde, mais aussi d'expériences de statut, de plaisir, d'envie de mieux connecter avec les autres, etc. Selon le domaine dans lequel émerge l'innovation, chacune de ces motivations peut être en action à des niveaux divers.

Mais fondamentalement, l'idée de faire les choses autrement, d'écouter de la musique autrement, de communiquer autrement, de faire de l'activité physique autrement, de tout faire autrement, afin de stimuler sa créativité, d'exprimer son potentiel et de pouvoir jouer, s'amuser, constitue certainement la motivation principale suscitant l'enthousiasme et l'adoption des innovations.

Par contre, chez les Circonspects (les gens plutôt en désaccord avec la question), on note l'impression que le monde va trop vite, que l'on ne peut s'adapter à toutes ces nouvelles exigences sans s'essouffler. Ils espèreraient que l'on ralentisse la cadence. Ils demeurent prudents devant ce qu'ils perçoivent comme un déluge de changements, sans nécessairement en nier les mérites.

Enfin, les Récalcitrants (22 %) y voient le Mal! Pour eux, l'innovation devient un symbole avant même de servir à quoi que ce soit. Ils la perçoivent comme une source d'exclusion sociale, chaque innovation contribuant à rendre le monde plus complexe, tout en créant du chômage, fabriquant des laissés-pour-compte. Pour eux, l'innovation et les changements technologiques augurent d'une apocalypse sociale à moyen terme (plusieurs d'entre eux ont perdu leur emploi à cause de changements technologiques).


Des opportunités, mais aussi des défis

Changer le monde! Voilà la principale promesse de l'innovation. Changer le monde, pour les gens sur le plan personnel, en offrant plus de contrôle sur leur vie, en transformant le quotidien, en ajoutant une part de jeu aux moindres activités du quotidien, en les rendant plus efficaces, etc. Changer le monde aussi socialement en nous connectant mieux les uns aux autres, en contribuant à amoindrir nos problèmes écologiques, en proposant des solutions inattendues à certains de nos enjeux, etc.

Par contre, trop souvent, l'innovation engendre des pertes d'emplois et de l'exclusion. La société, nos institutions devront trouver des mécanismes pour contrer ces « dommages collatéraux ». Les prochaines vagues d'innovations reliées à l'automation et l'intelligence artificielle risquent de faire mal!

Les Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach

Depuis fort longtemps, l'innovation et le progrès technique ont toujours fasciné. Voilà un bijou, ultra machiste, de fantasme d'innovation datant de 1881, dans les Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach : la femme robot! Un fantasme du 19e siècle visant à inventer un robot féminin qui répondrait en toute docilité aux moindres désirs des hommes (comme si à cette époque, les femmes n'étaient pas suffisamment soumises!). Un soupçon de morale dans cette histoire veut que la femme robot se révolte et se dérègle complètement devant les desseins des hommes!

Jacques Offenbach - Les contes d'Hoffmann : Neil Shicoff, Bryn Terfel, Jesus Lopez-Cobos, Robert Carsen, Opéra de Paris, 2004, TDK.