Sur mon radar cette semaine

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Aimez-vous les films et les émissions de télévision dans lesquels il y a de la violence? 42 % des Canadiens disent que oui, 36 % au Québec (et La Walkyrie de Richard Wagner)

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 10-23-17 à 11:23

Un des phénomènes les plus fascinants qu'il nous a été donné d'observer au cours des années est la croissance constante du nombre de personnes s'estimant en accord avec une telle question. En effet, demandant aux Canadiens s'ils étaient en accord avec l'énoncé « J'aime regarder des films ou des émissions de télévision dans lesquels il y a de la violence », on est passé de 26 % de la population en accord avec cette proposition en 2004 à 42 % en 2017 (de 22 % à 36 % au Québec)!

D'une année à l'autre, les bonds sont certes modestes, mais à long terme, ils se cumulent constamment dans la même direction. La tendance est presque parfaitement linéaire!

Il faut dire que l'offre en produits culturels s'adressant à cette demande ne cesse de croître, Hollywood, et même nos réseaux de télévision locaux, nous proposant constamment de nouveaux contenus de ce type. Sans oublier l'offre en jeux vidéo du même genre!

Avec un peu de recul, je ne peux m'empêcher de mettre en relation cette hausse constante de l'intérêt pour des contenus violents avec le fait que Statistique Canada observe une diminution constante de la criminalité au pays, incluant les crimes violents. C'est comme si on assistait à une virtualisation de la violence. Cette dernière sort de la rue... pour élire domicile à l'écran!

Loin de moi l'idée de proposer un lien causal entre les deux phénomènes, mais une dynamique sociale autour de la violence est certainement en jeu. Les médias nous permettent de fantasmer nos besoins d'exutoire pendant qu'en même temps, un effet de civilisation et d'empathie nous rend peut-être moins violent comme société (le vieillissement de la population y joue certainement un rôle aussi.).

Il est vrai que des drames violents font régulièrement les manchettes, mais globalement, considérée dans son ensemble, la violence « réelle » diminue dans la société, alors que l'intérêt pour la « violence virtuelle » ne cesse d'augmenter. Il y a certainement quelques illuminés qui peuvent être stimulés à devenir violents par des contenus médiatiques violents, ce qui peut avoir des conséquences catastrophiques; mais dans l'ensemble de la société, on assiste à une diminution de la violence « réelle », alors qu'il y a prolifération de contenus violents!

Notons que le profil sociodémographique des amateurs de ce type de contenu est tout à fait caractéristique. On y observe des surreprésentations chez les hommes, les moins de 45 ans et, fait intéressant, chez les couples qui ont des enfants de moins de 12 ans (compte tenu de ce profil jeune). On commence donc tôt à éveiller l'intérêt pour ce type de contenu!

Notons enfin que le Québec se distingue sur cette question, avec seulement 36 % des gens s'intéressant à ces contenus, comparativement à 43 % au Canada anglais.


Un besoin de frissons

Les contenus médiatiques violents répondent très certainement à des motivations profondes chez les téléspectateurs et usagers. Les valeurs et cordes sensibles de ces derniers laissent observer un vif besoin d'évasion, de frissons, d'émotions fortes et d'intensité. On veut fuir le monde pour un moment et se laisser emporter dans un univers étourdissant et fantasmatique.

Ce type de motivations est d'ailleurs en progression dans la société et elles s'accompagnent de visions apocalyptiques de la vie actuelle. On y entretient une vision fataliste et darwiniste du monde d'aujourd'hui, tout en partageant l'impression d'avoir peu d'emprise sur sa vie. Ces « postures mentales » caractérisent les amateurs de contenus violents, tout comme elles rejoignent de plus en plus de gens au pays.

Les contenus violents sont aussi souvent associés aux aventures d'un héros, lequel risque sa vie pour une cause, si ce n'est pour sauver le monde. Il combat les « méchants » qui peuvent causer des catastrophes, si ce n'est l'apocalypse. Il peut manquer d'emprise par moments, mais il finit par triompher (à acquérir l'emprise totale sur les éléments).

Les contenus à caractère violent s'imposent donc comme une métaphore de l'imaginaire des amateurs. On y retrouve une version sublimée de leurs visions apocalyptiques et de leur manque d'emprise sur la vie. Ces contenus leur permettent de fantasmer un idéal quasi-surnaturel (quand ce n'est pas carrément surnaturel, cf. : Superman, etc.) dans lequel ils transcendent les vicissitudes de leur condition.

Il est intéressant aussi d'observer que ce type de « fantasme » est moins prévalent au Québec qu'il ne l'est au Canada anglais (il rejoint quand même plus d'une personne sur trois au Québec). Le besoin d'évasion est bien aussi présent au Québec, mais il s'exprime davantage sur un mode de sensualité et de convivialité.

Enfin, on peut certainement faire l'hypothèse que cette tendance va se poursuivre à long terme, les conditions sociales la motivant ne donnant aucun signe d'apaisement (besoin d'évasion, manque d'emprise, etc.) et particulièrement par le fait qu'une toute nouvelle génération semble y être exposée (rappelons que les amateurs de ces contenus se retrouvent surreprésentés chez les gens qui ont des enfants en bas âge).


La chevauchée des Walkyries de Richard Wagner

Cette semaine, mon clin d'œil musical se décline en deux versions du même thème : l'ouverture du troisième acte de l'opéra la Walkyrie de Wagner (« La chevauchée des Walkyries »). Ce thème se marie à merveille avec le sujet de cet article. Les Walkyries sont dans les mythologies anciennes germaniques, nordiques et vikings, des vierges volantes et guerrières qui ont comme mission d'aller recueillir les combattants morts sur les champs de bataille pour les amener au Walhalla, le paradis dans ces cosmologies.

Le premier extrait provient de la production de cet opéra à Valence en 2007. De plus, ce thème musical est quand même assez connu de par son introduction à la trame sonore du film Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Le second extrait est donc cette scène épique de l'attaque d'un village Viet Cong par des hélicoptères de l'armée américaine.

Wagner: Die Walküre, Zubin Mehta, La Fura dels Baus, Valence, 2007, Unitel Classica.

Apocalypse Now, Francis Ford Coppola, 1979