Sur mon radar cette semaine

Alain Giguère

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Croyez-vous à l’apocalypse écologique? - Et Le Crépuscule des Dieux de Richard Wagner

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 09-26-19 à 15:28

Trois personnes sur quatre au pays (77 %) pensent que nous sommes en train de tout détruire sur la planète!

Et non seulement cette malheureuse idée commence à faire consensus au sein de la population canadienne, mais la proportion des gens étant de cet avis augmente sans cesse et de façon constante depuis déjà six ans (61 % en 2013)!

En cette semaine de mobilisation planétaire à l'égard des enjeux climatiques, l'analyse de l'opinion publique canadienne sur le sujet m'a semblé tout à fait pertinente.

S'il arrive que quelques opinions climatosceptiques font surface dans les médias à l'occasion, ou que certains politiciens tentent de diminuer l'importance des enjeux climatiques (face aux enjeux économiques à court terme par exemple), la population canadienne est, de son côté, de plus en plus convaincue que l'activité humaine joue un rôle tout à fait préjudiciable, voire hostile face à la planète. Le graphique qui suit illustre fort bien la montée de cette perspective dans l'opinion publique.

Ainsi, de 2013 à 2019, la proportion des gens au pays s'estimant d'accord avec l'énoncé « Je pense vraiment que notre consommation et notre façon de vivre contribuent à tout détruire sur la planète » est passée de 61 % à 77 % (une proportion qui s'établit maintenant à 81 % au Québec et à 76 % au Canada anglais, cette dernière proportion étant constante dans chacune des provinces du reste du pays). Une affirmation très forte qui pourrait mériter plus de retenue de la part des gens, ce qui montre que la situation est jugée sérieuse et préoccupante par les habitants au pays.

Par ailleurs, durant la même période (de 2013 à 2019), la proportion de la population qui croit que « Le monde va à la catastrophe : nous ne dépasserons pas les 10 ou 20 prochaines années sans que des bouleversements majeurs se soient produits » est passée de 54 % à 60 %! On ne parle plus ici de quelques « collapsologues » aux visions d'effondrement de la civilisation, il s'agit de trois personnes sur cinq au pays!

Il faut quand même souligner qu'il y a une bonne différence entre ceux qui sont « tout à fait en accord » avec ces énoncés et ceux qui s'estiment « plutôt en accord ».

Pour ces 77 % de la population canadienne qui sont en accord avec l'énoncé voulant que « nous sommes en train de tout détruire », la majorité (50 %), se trouve « plutôt en accord » alors que la moitié de cette proportion (27 %) est « tout à fait d'accord » (31 % au Québec). Ce qui n'est certainement pas surprenant, compte tenu de la « force » de l'énoncé.

Un appel à l'action?

On serait porté à croire avec de tels résultats que, à l'instar de la mobilisation actuelle des jeunes pour forcer les institutions à s'engager pour sauver la planète, ces gens sensibles à sa dégradation tenteraient de faire quelques actions « salvatrices ».

Un autre de nos indicateurs nous montre cependant que la population n'a pas encore massivement intégré de nouvelles habitudes plus écologiques. En effet, comme le souligne le tableau suivant, seulement 32 % des Canadiens disent agir concrètement pour diminuer leur impact sur l'environnement (je ne considère vraiment ici que les « tout à fait en accord » car dire « plutôt d'accord » que l'on fait quelque chose à un sondage, ce n'est pas très convaincant!).

On peut imaginer ici que tous ne sont pas tout à fait conscients ou informés de toutes les actions qu'ils peuvent prendre pour diminuer leur empreinte carbone. De plus, plusieurs croient que ce sont les grandes entreprises qui sont les grands coupables, que c'est notre économie tout entière qui, étant principalement fondée sur les énergies fossiles, est responsable de nos problèmes écologiques, et que les individus eux-mêmes n'y peuvent pas grand-chose.

À ce sujet, les différences générationnelles sont frappantes et fort éloquentes. Si 27 % des Canadiens croient que l'on est en train de tout détruire sur la surface de la planète, cette proportion s'élève à 35 % chez les 18-34 ans pour descendre à 21 % chez les 55 ans et plus. Les jeunes sont donc relativement plus fermement convaincus que notre mode de vie est profondément préjudiciable pour la planète.

Par contre, si 32 % des citoyens du pays disent faire concrètement des actions pour réduire leur impact sur l'environnement, cette proportion descend à 28 % chez les 18-34 ans pour s'élever à 38 % chez les 55 ans et plus (une différence de 10 points entre ces deux grands groupes de générations!

Les jeunes sont donc plus prompts à croire que la planète est foutue, mais beaucoup moins à agir face à cet enjeu!

Il ne s'agit pas ici de mettre tous les jeunes dans le même bain. Ils seront en grand nombre cette semaine à dénoncer l'inaction des institutions face à nos problèmes écologiques, mais dans l'ensemble de la population, les jeunes sont moins empressés à agir personnellement, ce qui n'est pas nécessairement une contradiction, si ces derniers croient que le problème provient des grands acteurs économiques qui ne sont pas suffisamment règlementés.

Des visions de la vie et des valeurs personnelles fort semblables

Entre les plus enclins à croire que la planète est foutue et ceux qui disent faire des actions pour limiter leur impact sur l'environnement, tout comme entre les plus jeunes et les plus âgés s'exprimant sur ces questions, les valeurs et postures mentales observées sont très semblables.

Fondamentalement, tous ces individus sont profondément motivés par un vif besoin de développement personnel. Ils partagent le sentiment d'un potentiel personnel indéniable, mais « sous-utilisé », un besoin d'aller au bout de soi, mais bridé par les contraintes de la société. Or, l'épée de Damoclès écologique représente pour eux l'ultime entrave pouvant venir freiner leur élan dans la vie, comme celui des jeunes, des prochaines générations et des sociétés tout entières.

Par contre, ce qui distingue les jeunes des plus vieux, comme de ceux qui font des gestes pour diminuer leur empreinte carbone des moins actifs, c'est leur sens critique face aux grandes entreprises amenant ces derniers à exprimer des attitudes infiniment plus virulentes à l'égard des entreprises, en les tenant responsables de tous les problèmes écologiques de la planète (sans parler des problèmes sociaux dont on les tient responsables aussi).

Des tendances qui vont certainement changer la société et nos priorités!

Ces apparentes contradictions et divergences devraient se dissiper dans les prochaines années. La progression constante de nos résultats de sondages sur ces indicateurs va de pair avec la place de plus en plus prépondérante dans les médias, dédiée aux problèmes écologiques de la planète et à l'information scientifique sur le sujet. Or, on ne peut croire que l'importance accordée par les médias à ces sujets va diminuer dans les années qui viennent. Tout porte à supposer que les mentalités vont continuer à progresser sur le sujet. D'ailleurs, les nouvelles générations seront probablement encore plus sensibles, les problèmes environnementaux s'aggravant tous les ans (Greta Thunberg n'a que 16 ans).

Tous les Canadiens sensibles à ces enjeux ne seront pas dans la rue le 27 septembre en cette journée d'assemblée générale des Nations Unies, mais la prise de conscience est en marche et il serait fort étonnant qu'elle se résorbe.

Les gens vont exiger de plus en plus des institutions et des entreprises qu'elles s'engagent de façon significative sur ces enjeux. Ils vont exiger des actions concrètes. Ils vont vouloir aussi qu'on les aide à faire des choix et à épouser des modes de vie plus écologiques. Ultimement à décarboniser les économies (avec des échéanciers réalistes quand même).

Les marques, les entreprises et les institutions : des menaces et des opportunités!

Les entreprises et les marques devront agir. Elles n'ont plus le choix. Les produits mis sur le marché devront être carboneutres, tout comme leurs chaînes de production et d'approvisionnement. Et le leadership paiera. Les premiers à épouser le mouvement seront récompensés. Tout comme ceux qui ne suivent pas seront pénalisés.

D'ailleurs cette décarbonisation de l'économie créera d'énormes opportunités commerciales et économiques, tout comme pour les individus qui s'inscriront dans cette mouvance.

Les gouvernements devront agir aussi. Ils devront règlementer davantage, notamment mettre en place des taxes sur le carbone vraiment efficaces qui auront un réel impact et qui permettront aux sociétés de se transformer.

La crise actuelle tout comme celle à venir, auront ceci de positif qu'elles seront moteurs de changement.

Gotterdammerung de Richard Wagner (Le Crépuscule des dieux, dernier volet de L'Anneau du Nibelung)

Pour mon clin d'œil opératique, me revoilà encore avec le Crépuscule des dieux de Wagner. Mais lorsqu'on parle d'apocalyse, cette œuvre s'impose. Elle est quand même la métaphore ultime de la destruction du monde causée par l'avidité et l'insouciance.

Ici, l'apocalypse, la fin de l'œuvre, dans la dernière production du Met de New York, mise en scène par Robert Lepage; la scène aussi dans laquelle le fameux anneau maléfique est remis à ses gardiennes au fond du Rhin.

Richard Wagner : Der Ring des Nibelungen, Debora Voigt, Jay Hunter Morris, Hans-Peter Koning, Waltraude Meier, Irin Paterson, Wendy Bryn Harmer, The Metropolitain Opera Orchestra and Chorus, Fabio Luisi (Cond.), Robert Lepage (Prod.), Deutsche Grammophon, New York, 2012.