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Alain Giguère

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Croyez-vous à l’apocalypse écologique? - Et Le Crépuscule des Dieux de Richard Wagner

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Publié le 09-26-19 à 15:28

Trois personnes sur quatre au pays (77 %) pensent que nous sommes en train de tout détruire sur la planète!

Et non seulement cette malheureuse idée commence à faire consensus au sein de la population canadienne, mais la proportion des gens étant de cet avis augmente sans cesse et de façon constante depuis déjà six ans (61 % en 2013)!

En cette semaine de mobilisation planétaire à l'égard des enjeux climatiques, l'analyse de l'opinion publique canadienne sur le sujet m'a semblé tout à fait pertinente.

S'il arrive que quelques opinions climatosceptiques font surface dans les médias à l'occasion, ou que certains politiciens tentent de diminuer l'importance des enjeux climatiques (face aux enjeux économiques à court terme par exemple), la population canadienne est, de son côté, de plus en plus convaincue que l'activité humaine joue un rôle tout à fait préjudiciable, voire hostile face à la planète. Le graphique qui suit illustre fort bien la montée de cette perspective dans l'opinion publique.

Ainsi, de 2013 à 2019, la proportion des gens au pays s'estimant d'accord avec l'énoncé « Je pense vraiment que notre consommation et notre façon de vivre contribuent à tout détruire sur la planète » est passée de 61 % à 77 % (une proportion qui s'établit maintenant à 81 % au Québec et à 76 % au Canada anglais, cette dernière proportion étant constante dans chacune des provinces du reste du pays). Une affirmation très forte qui pourrait mériter plus de retenue de la part des gens, ce qui montre que la situation est jugée sérieuse et préoccupante par les habitants au pays.

Par ailleurs, durant la même période (de 2013 à 2019), la proportion de la population qui croit que « Le monde va à la catastrophe : nous ne dépasserons pas les 10 ou 20 prochaines années sans que des bouleversements majeurs se soient produits » est passée de 54 % à 60 %! On ne parle plus ici de quelques « collapsologues » aux visions d'effondrement de la civilisation, il s'agit de trois personnes sur cinq au pays!

Il faut quand même souligner qu'il y a une bonne différence entre ceux qui sont « tout à fait en accord » avec ces énoncés et ceux qui s'estiment « plutôt en accord ».

Pour ces 77 % de la population canadienne qui sont en accord avec l'énoncé voulant que « nous sommes en train de tout détruire », la majorité (50 %), se trouve « plutôt en accord » alors que la moitié de cette proportion (27 %) est « tout à fait d'accord » (31 % au Québec). Ce qui n'est certainement pas surprenant, compte tenu de la « force » de l'énoncé.

Un appel à l'action?

On serait porté à croire avec de tels résultats que, à l'instar de la mobilisation actuelle des jeunes pour forcer les institutions à s'engager pour sauver la planète, ces gens sensibles à sa dégradation tenteraient de faire quelques actions « salvatrices ».

Un autre de nos indicateurs nous montre cependant que la population n'a pas encore massivement intégré de nouvelles habitudes plus écologiques. En effet, comme le souligne le tableau suivant, seulement 32 % des Canadiens disent agir concrètement pour diminuer leur impact sur l'environnement (je ne considère vraiment ici que les « tout à fait en accord » car dire « plutôt d'accord » que l'on fait quelque chose à un sondage, ce n'est pas très convaincant!).

On peut imaginer ici que tous ne sont pas tout à fait conscients ou informés de toutes les actions qu'ils peuvent prendre pour diminuer leur empreinte carbone. De plus, plusieurs croient que ce sont les grandes entreprises qui sont les grands coupables, que c'est notre économie tout entière qui, étant principalement fondée sur les énergies fossiles, est responsable de nos problèmes écologiques, et que les individus eux-mêmes n'y peuvent pas grand-chose.

À ce sujet, les différences générationnelles sont frappantes et fort éloquentes. Si 27 % des Canadiens croient que l'on est en train de tout détruire sur la surface de la planète, cette proportion s'élève à 35 % chez les 18-34 ans pour descendre à 21 % chez les 55 ans et plus. Les jeunes sont donc relativement plus fermement convaincus que notre mode de vie est profondément préjudiciable pour la planète.

Par contre, si 32 % des citoyens du pays disent faire concrètement des actions pour réduire leur impact sur l'environnement, cette proportion descend à 28 % chez les 18-34 ans pour s'élever à 38 % chez les 55 ans et plus (une différence de 10 points entre ces deux grands groupes de générations!

Les jeunes sont donc plus prompts à croire que la planète est foutue, mais beaucoup moins à agir face à cet enjeu!

Il ne s'agit pas ici de mettre tous les jeunes dans le même bain. Ils seront en grand nombre cette semaine à dénoncer l'inaction des institutions face à nos problèmes écologiques, mais dans l'ensemble de la population, les jeunes sont moins empressés à agir personnellement, ce qui n'est pas nécessairement une contradiction, si ces derniers croient que le problème provient des grands acteurs économiques qui ne sont pas suffisamment règlementés.

Des visions de la vie et des valeurs personnelles fort semblables

Entre les plus enclins à croire que la planète est foutue et ceux qui disent faire des actions pour limiter leur impact sur l'environnement, tout comme entre les plus jeunes et les plus âgés s'exprimant sur ces questions, les valeurs et postures mentales observées sont très semblables.

Fondamentalement, tous ces individus sont profondément motivés par un vif besoin de développement personnel. Ils partagent le sentiment d'un potentiel personnel indéniable, mais « sous-utilisé », un besoin d'aller au bout de soi, mais bridé par les contraintes de la société. Or, l'épée de Damoclès écologique représente pour eux l'ultime entrave pouvant venir freiner leur élan dans la vie, comme celui des jeunes, des prochaines générations et des sociétés tout entières.

Par contre, ce qui distingue les jeunes des plus vieux, comme de ceux qui font des gestes pour diminuer leur empreinte carbone des moins actifs, c'est leur sens critique face aux grandes entreprises amenant ces derniers à exprimer des attitudes infiniment plus virulentes à l'égard des entreprises, en les tenant responsables de tous les problèmes écologiques de la planète (sans parler des problèmes sociaux dont on les tient responsables aussi).

Des tendances qui vont certainement changer la société et nos priorités!

Ces apparentes contradictions et divergences devraient se dissiper dans les prochaines années. La progression constante de nos résultats de sondages sur ces indicateurs va de pair avec la place de plus en plus prépondérante dans les médias, dédiée aux problèmes écologiques de la planète et à l'information scientifique sur le sujet. Or, on ne peut croire que l'importance accordée par les médias à ces sujets va diminuer dans les années qui viennent. Tout porte à supposer que les mentalités vont continuer à progresser sur le sujet. D'ailleurs, les nouvelles générations seront probablement encore plus sensibles, les problèmes environnementaux s'aggravant tous les ans (Greta Thunberg n'a que 16 ans).

Tous les Canadiens sensibles à ces enjeux ne seront pas dans la rue le 27 septembre en cette journée d'assemblée générale des Nations Unies, mais la prise de conscience est en marche et il serait fort étonnant qu'elle se résorbe.

Les gens vont exiger de plus en plus des institutions et des entreprises qu'elles s'engagent de façon significative sur ces enjeux. Ils vont exiger des actions concrètes. Ils vont vouloir aussi qu'on les aide à faire des choix et à épouser des modes de vie plus écologiques. Ultimement à décarboniser les économies (avec des échéanciers réalistes quand même).

Les marques, les entreprises et les institutions : des menaces et des opportunités!

Les entreprises et les marques devront agir. Elles n'ont plus le choix. Les produits mis sur le marché devront être carboneutres, tout comme leurs chaînes de production et d'approvisionnement. Et le leadership paiera. Les premiers à épouser le mouvement seront récompensés. Tout comme ceux qui ne suivent pas seront pénalisés.

D'ailleurs cette décarbonisation de l'économie créera d'énormes opportunités commerciales et économiques, tout comme pour les individus qui s'inscriront dans cette mouvance.

Les gouvernements devront agir aussi. Ils devront règlementer davantage, notamment mettre en place des taxes sur le carbone vraiment efficaces qui auront un réel impact et qui permettront aux sociétés de se transformer.

La crise actuelle tout comme celle à venir, auront ceci de positif qu'elles seront moteurs de changement.

Gotterdammerung de Richard Wagner (Le Crépuscule des dieux, dernier volet de L'Anneau du Nibelung)

Pour mon clin d'œil opératique, me revoilà encore avec le Crépuscule des dieux de Wagner. Mais lorsqu'on parle d'apocalyse, cette œuvre s'impose. Elle est quand même la métaphore ultime de la destruction du monde causée par l'avidité et l'insouciance.

Ici, l'apocalypse, la fin de l'œuvre, dans la dernière production du Met de New York, mise en scène par Robert Lepage; la scène aussi dans laquelle le fameux anneau maléfique est remis à ses gardiennes au fond du Rhin.

Richard Wagner : Der Ring des Nibelungen, Debora Voigt, Jay Hunter Morris, Hans-Peter Koning, Waltraude Meier, Irin Paterson, Wendy Bryn Harmer, The Metropolitain Opera Orchestra and Chorus, Fabio Luisi (Cond.), Robert Lepage (Prod.), Deutsche Grammophon, New York, 2012.

Êtes-vous prêts à faire des efforts pour diminuer votre empreinte écologique? - Et Le Crépuscule des Dieux de Richard Wagner

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Publié le 06-27-19 à 14:03

Une personne sur trois au pays (32 %) se dit fortement engagée à faire ce qui est en son pouvoir pour y arriver!

Mais ce qui est encore plus frappant, c'est que cette proportion était seulement d'une personne sur quatre il y a de cela à peine six ans et qu'elle est en progression constante depuis (25 % en 2013)!

Une prise de conscience s'opère, une mobilisation s'installe, on se sent de plus en plus convié à un projet de société, autant sur le plan de ses habitudes personnelles que de son engagement social.

De plus, si on ajoute à ce nombre les gens « plutôt » en accord avec la question utilisée, on s'approche d'une proportion de neuf Canadiens sur dix! (86 %, et notons que ces données sont tout à fait comparables d'une région à l'autre du pays, y compris au Québec). Par contre, il y a de toute évidence un effet d'acceptabilité sociale dans la réponse à ce genre de questions. Les gens sont gênés d'admettre qu'ils ne font rien! Voilà pourquoi nous estimons que ceux qui nous disent être tout à fait en accord sont plus « fiables » quant à la mesure effective de ce type de comportements. Mais peu importe, une sensibilité croissante aux enjeux écologiques de l'époque est manifeste et elle représente des opportunités formidables, autant pour les gens et la société dans son ensemble, que pour les entreprises, les marques et les institutions.

Les Milléniaux?

Comme je l'ai déjà mentionné dans quelques-uns de mes textes précédents, on me souligne régulièrement le particularisme unique de cette nouvelle génération et son supposé grand engagement écologique et social. Encore une fois, voici un tableau qui vient tout à fait contredire cette perception. On y voit clairement une sous-représentation des plus jeunes face aux 55 ans et plus chez les plus prompts à faire des efforts pour l'environnement (un écart de 10 points entre ces générations).

Il ne s'agit pas ici d'affirmer que les jeunes ne sont pas sensibles aux enjeux écologiques de l'époque, mais certainement d'arrêter d'en faire les champions de la cause (sans sous-estimer le fait qu'il y a, de toute évidence, des sous-groupes de jeunes très engagés).

Notons aussi que les femmes sont aussi beaucoup plus engagées que les hommes à cet égard (un écart de dix points, de 26 % à 36 % entre les hommes et les femmes).

Les valeurs, les motivations, les raisons profondes qui suscitent un tel engagement à l'égard de l'environnement

Un étonnant cocktail de motivations stimule cette volonté d'accomplir des actions concrètes de manière à diminuer l'impact que les gens peuvent avoir sur l'environnement. À cet égard, sauver la planète est loin d'être la seule raison, même s'il s'agit d'une raison fort importante (la proportion de ceux qui croient que « nous sommes en train de tout détruire sur la planète » est passée de 61 % à 77 % de 2014 à 2019).

On observe un sens aigu de la responsabilité sociale, une sensibilité aux autres autour de soi, une volonté d'agir pour sa communauté, d'aider les gens. Ces gestes pour l'environnement sont autant dirigés vers la communauté qu'au profit de la planète elle-même.

Dans un même contexte, la famille joue aussi un rôle très important : quel monde allons-nous laisser à nos enfants, quel héritage allons-nous leur léguer? (« Mad Max? »). Une incontournable responsabilité d'agir maintenant, avant qu'il ne soit vraiment trop tard, semble incomber à ces apôtres de la protection de l'environnement, ce afin de s'assurer que les prochaines générations puissent vivre dans des conditions écologiques décentes.

De plus, une contrainte personnelle est perçue dans les enjeux écologiques actuels. Comme si les gens sentaient qu'ils ne pouvaient pleinement s'épanouir dans un tel contexte de menaces et de destruction de nos écosystèmes et de nos ressources. Une volonté de faire mieux s'exprime à travers ces résultats, un sentiment qu'on peut faire mieux, comme un rendez-vous manqué.

Sans oublier les préoccupations de santé, autant sur le plan personnel qu'au point de vue de santé publique. L'information sur les problèmes de santé causés par la dégradation de nos conditions environnementales et climatiques abonde de plus en plus et les gens y sont aussi de plus en plus sensibles.

Un appel à l'action!

L'implication directe d'une telle tendance est certainement un appel à l'action lancé aux entreprises, marques, gouvernements et institutions! Si les gens sont prêts à faire des efforts sur le plan individuel, ils sont certainement conscients de leurs limites et souhaitent que les organisations qui ont plus de moyens mettent la main à la pâte.

Dans les travaux sur la segmentation des consommateurs que nous avons publiés il y quelques mois, il apparaissait clairement que, encore une fois pour des motivations diverses, environ 55 % des consommateurs voulaient épouser des pratiques de consommation écologiquement et socialement responsables. La croissance de notre indicateur sur la volonté des gens à intégrer des habitudes de vie visant à diminuer leur impact sur l'environnement s'accompagne donc certainement d'une volonté de voir les entreprises en faire autant.

Il y a certainement opportunité pour ces dernières d'agir concrètement, de fournir aux consommateurs et citoyens des moyens, des outils pour avoir un impact significatif sur l'environnement. Dépendamment d'où sont rendus certains marchés, segments de consommateurs, il peut certainement y avoir urgence d'agir. Les entreprises doivent se mettre à l'écoute et offrir des solutions.

Les gouvernements aussi sont conviés par cette tendance. On s'attendra de plus en plus à ce qu'ils agissent, investissent, supportent les initiatives afin de catalyser les efforts que les citoyens sont prêts à faire sur le plan individuel.

J'ai souligné à quelques reprises dans mes textes précédents l'importance pour les entreprises et les institutions d'épouser des politiques et des pratiques de responsabilité sociale. Les tendances que nous observons représentent certainement un appel supplémentaire dans cette direction.

Un mouvement social est assurément en marche et je ne vois pas ce qui pourrait l'arrêter. De plus, les opportunités qu'il représente sont certainement aussi prometteuses pour les entreprises et les institutions que pour les consommateurs et les citoyens.

Gotterdammerung de Richard Wagner (Le Crépuscule des dieux, dernier volet de L'Anneau du Nibelung)

Je sais, je reviens très souvent sur le Ring de Wagner! Mais dans le cas de ce texte, la finale de l'œuvre me semble particulièrement indiquée, plus que tout autre extrait d'opéra. Particulièrement dans cette production du Festival de Bayreuth de 1991, signée Kupfer-Barenboim.

Si une des motivations principales pour intégrer des habitudes de vie visant à diminuer notre impact sur l'environnement est de sauver la planète d'une apocalypse écologique, on assiste à la fin du Ring de Wagner à une fin du monde causée par la mégalomanie des dieux, métaphore de notre obsession de croissance au détriment de nos écosystèmes environnementaux.

Le dispositif scénique de cette production est génial : les gens assistent à la fin du monde à la télévision! On est dix ans avant le 11 septembre 2001!

Richard Wagner : Der Ring des Nibelungen, Tomlinson, Jerusalem, Kang, Von Kannen, Evans, Brinkmann, etc., Kupfer, Barenboim, Bayreuther Festspiel, Teldec, Kultur, 1992.

Vend-on des réfrigérateurs à des Esquimaux? Ou le « branding » : valeur ajoutée ou leurre diabolique? - Et Siegfried de Richard Wagner

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Publié le 04-30-19 à 09:21

Le pouvoir des marques

Le thème de ma chronique de cette semaine m'est venu après avoir eu à construire le tableau suivant, et même si je fais ce métier depuis plus de trente ans, je suis encore fasciné quand j'observe de pareils phénomènes!

À la lecture de ce tableau, on réalise aisément que ces compagnies vendent beaucoup plus que des vêtements et des accessoires pour s'adapter à la météo. Les consommateurs ayant acheté des produits de la marque The North Face au cours de la dernière année, par exemple, surindexent à 159 sur l'envie de prendre des risques pour réaliser leurs ambitions ou tout simplement pour sentir le sang leur couler dans les veines! Même chose pour le besoin de se fixer des défis stimulants et difficiles à réaliser (à 141), tout comme ils sont davantage prêts à contourner les règles et les lois pour y arriver (à 117).

Or, qu'est-ce qu'un manteau ou des bottes peuvent bien avoir à faire avec le dépassement de soi et la transgression?

C'est exactement ce qu'est une « expérience de marque » : lorsqu'on achète les produits d'une marque, on ne fait pas que répondre à un besoin utilitaire. Une marque est certes une promesse, une garantie, mais elle est aussi, et de plus en plus, un style de vie, un espace mental.

La communication marketing des marques du tableau précédent a fort bien réussi à associer ces dernières dans l'esprit des consommateurs à un style de vie et des motivations axés sur le dépassement de soi (au prix du risque et de la transgression). Elles ont réussi à mettre dans la tête de ces consommateurs qu'en portant des produits de ces marques, on pouvait fantasmer sur ces styles de vie et postures mentales qu'elles évoquent. Comme si on appartenait un peu à ces communautés « d'achievers transgressifs » juste en portant ces vêtements! Et ça fonctionne! (On n'a qu'à lire les indices de ce tableau).

Enfin, ce ne sont pas tous les consommateurs qui portent des vêtements de ces marques qui partagent ce genre de fantasmes, mais il y en a suffisamment pour démontrer que le positionnement de ces dernières fonctionne à merveille.

Et bien sûr, on paye pour ça! Ces marques peuvent se permettre de facturer plus cher pour leurs produits, parce qu'en plus de nous vêtir, elles nous font rêver, fantasmer. Elles stimulent notre imaginaire! Tout ça a un prix!

Qu'on pense aux exploits de Jimmy Chin pour The North Face ou tout le mythe entourant Yvon Chouinard, fondateur de Patagonia, ou encore les prises de position politiques, critiques et provocatrices de Nike, du genre de ce qu'ils ont fait avec Colin Kaepernick. Ces recettes sont parfaites pour enflammer l'imaginaire de bon nombre de ces achievers transgressifs au pays et pour les stimuler à acheter des vêtements ou des accessoires de ces marques, et ce, afin qu'ils puissent participer, se sentir parties prenantes de ces mythologies!

Une division sociale autant que de marché

Or, voilà bien un des enjeux qui divisent citoyens et consommateurs dans cette ère de consumérisme exacerbé et de modération associée à la responsabilité financière et sociale.

C'est certainement par le succès de ces opérations de communication marketing que l'on accuse les entreprises, et particulièrement le « marketing » (prononcez à l'anglaise), de créer des besoins et de tenter de « vendre des réfrigérateurs à des Esquimaux! »

Plusieurs consommateurs (et citoyens) objecteront que si l'on a déjà des vêtements tout à fait fonctionnels, on nous crée des besoins en nous proposant de nouveaux styles auxquels on associe des univers fantasmatiques qui se veulent séduisants (ce qui nous ramène à l'ouvrage coup de poing de la journaliste torontoise Naomi Klein à la fin des années 90 : No Logo, Random House, 1999).

Pour ceux qui avaient lu mon texte sur la segmentation des consommateurs au pays en novembre dernier, la distribution de ces segments suit parfaitement bien cette division de marché et de société (compte tenu des valeurs personnelles que cette segmentation mobilise). Plus de deux consommateurs sur cinq au pays (44 % et exactement la même proportion au Québec), soit les Enthousiastes et les Fiers, se délectent des mythologies des marques et aspirent à ce que les expériences de ces dernières soient les plus porteuses de symbolisme, d'imaginaire et de fantasmes.

Par contre à l'opposé, près de deux autres personnes sur cinq au pays (37 % et encore une fois, la même proportion au Québec), soit les Idéalistes et les Responsables, dénoncent avec véhémence cette création de besoins illusoires de la part des marques pour nous faire consommer tout en continuant à augmenter notre empreinte carbone sur la planète et la quantité de déchets que nous produisons.

Entre les deux, l'Inquiet (19 %) n'a comme critère d'achat que le prix, moins sensible à l'univers symbolique des marques, quoiqu'il ne dédaigne pas les expériences de réconfort.

Ainsi, une division marquée s'opère devant nous entre ceux à qui on vend du rêve en plus de répondre à des usages précis et ceux qui en sont scandalisés, dénonçant cette création de besoins illusoires.

Le tableau suivant illustre fort bien cette division, tout en rappelant quelques détails de mon texte du mois de novembre...

À la défense du rêve

Je vais me permettre de prendre position ici, quitte à me faire des ennemis et à me faire traiter de suppôt des marques, gagnant ma vie à aider ces dernières à créer et à entretenir leurs mythologies (notamment à l'aide de toutes ces valeurs de consommateurs et de cordes sensibles avec lesquelles nous travaillons).

La question est de savoir pourquoi la gratification émotionnelle créée par l'univers mythologique d'une marque ne serait pas aussi légitime que l'usage du produit que l'on en fait. Si par exemple, portant un manteau The North Face, je me prends (un peu) pour un alpiniste téméraire en « gravissant » le Grand Escalier du Mont-Royal au bout de la rue Peel à Montréal, ça me coûte quand même moins cher que d'aller monter le mont Meru dans l'Himalaya indien (et surtout moins risqué, même si l'expérience de marque me fait fantasmer sur le risque - il est quand même éprouvant pour certains, ce grand escalier!).

On n'empêchera pas les gens de fantasmer, de s'imaginer par moments en superhéros ou en quoi que ce soit d'autre. Si les marques peuvent nous permettre ces voyages imaginaires, c'est quand même mieux que de prendre de la drogue! J'ai donné un exemple dans le domaine des vêtements ici, mais c'est dans tous les marchés que ces types de mécanismes symboliques sont à l'œuvre.

La santé de nos économies passe en grande partie par la consommation intérieure au pays, et la force des marques soutient cette dernière. Or, cette force passe par sa mythologie. Chaque marque se doit d'en avoir une et de l'entretenir, en symbiose avec les valeurs de ses usagers (même pour les écolos).

Les marques et la responsabilité sociale

Ceci dit, on peut certainement nous faire rêver tout en encourageant des pratiques de consommation responsables. Qu'on pense à Patagonia qui répète aux consommateurs de ne pas acheter de vêtements s'ils n'en ont pas besoin. Cette marque encourage même de réparer nous-mêmes nos manteaux avec du ruban adhésif Duck Tape au lieu d'en acheter de nouveau (remarquez que cette marque est celle qui exacerbe le plus les fantasmes analysés parmi les marques présentées plus haut).

Quant à moi, c'est moins la part du rêve qui est contestable ici que les codes éthiques et les pratiques de responsabilité sociale des marques. Ces dernières se doivent d'intégrer des pratiques de responsabilité sociale dans leurs activités commerciales, les consommateurs le réclamant de plus en plus.

Si elles le font correctement, sérieusement et de façon authentique, le part de rêve deviendra de plus en plus socialement acceptable, légitime.

P.S. : Une bien triste nouvelle...

La semaine dernière, The North Face confirmait la mort de trois de ses alpinistes qui tentaient d'escalader la face est du pic Howse, la plus haute montagne de la chaîne Waputik, une sous-région des Rocheuses canadiennes. Leurs corps furent retrouvés le dimanche 21 avril. Ces deux Autrichiens, David Lama et Hansjörg Auer, et Jess Roskelley, un Américain, manquaient à l'appel depuis le 17 avril après avoir été pris dans une avalanche.

Ces alpinistes faisaient partie du Global Athlete Team de The North Face, ceux-là même qui entretiennent la mythologie de la marque. La face est du pic Howse est très isolée et très difficile à escalader. Ils ont pris des risques. Cette fois-ci la chance ne les a pas accompagnés.

Siegfried de Richard Wagner

Pour mon extrait lyrique de cette semaine. Je me suis tourné vers la notion de dépassement de soi évoquée par les marques analysées et dont l'archétype du surhomme sert d'inspiration. Une des incarnations les plus inspirées du mythe du surhomme à l'opéra est certainement le personnage de Siegfried dans l'opéra du même nom de Richard Wagner.

On voit Siegfried ici forgeant l'épée qui le rendra tout puissant et qui lui permettra, croit-il, de conquérir sa liberté et le monde à la fois, incarnant ainsi la vitalité triomphante de l'humanité (germanique en l'occurrence).

Wagner: Siegfried, Siegfried Jerusalem, Hildegard Behrens, James Morris, Otto Schenk (Director), James Levine (Conductor), Metropolitan Opera Orchestra and Chorus, Deutsche Grammophon, New York, 2002.

L’épanouissement ou l’argent - Et La Cenerentola de Rossini

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Publié le 04-01-19 à 14:36

« On n'est pas contre l'argent, mais de l'argent pour quoi, si on n'a plus le temps de s'aimer, si on n'a plus le temps de prendre soin les uns des autres, si on passe notre vie sur le bord du burn-out? »

Catherine Dorion
Députée de Taschereau à l'Assemblée Nationale du Québec (Québec Solidaire)

Pour une quête d'épanouissement personnel

J'ai toujours voulu faire quelque chose avec cette entrée coup-de-poing qu'avait fait Catherine Dorion à sa toute première intervention à l'Assemblé Nationale du Québec, particulièrement avec cette phrase épique qui fit les médias pendant plusieurs jours. Faute de temps, me voilà plusieurs mois plus tard, mais je ne peux résister à y revenir.

Il est vrai que la société d'aujourd'hui, la financiarisation de l'économie et tous les changements et innovations technologiques « disruptifs » que nous subissons poussent les gens à la performance plus que jamais. Constamment, la plupart des organisations se remettent en question et en demandent davantage à leurs employés afin de s'ajuster aux exigences émergentes des marchés et de la société.

On peut donc très bien comprendre un tel cri du cœur.

Par contre, autant on peut porter un tel jugement sur les conditions socioéconomiques avec lesquelles nous avons à vivre, tout en faisant le souhait collectivement d'en renverser la vapeur, il me tardait d'en trouver un écho dans la vie personnelle des gens. Et c'est dans ce contexte que j'ai retrouvé des résultats qui me permettent, en termes de valeurs personnelles, de distinguer ceux qui préfèrent l'argent de ceux qui sont plutôt axés sur l'épanouissement personnel (et certainement sur l'amour, dirait Madame Dorion).

La question mesurant cette démarcation sociale consistait à proposer aux répondants d'un sondage reflétant la population canadienne deux affirmations décrivant des aspirations personnelles radicalement différentes, tout en leur demandant s'ils ressentaient une forte préférence ou une légère préférence pour la première (A) ou pour la seconde (B). Ces affirmations étaient...

A) gagner beaucoup d'argent, mais avoir peu de temps à consacrer à votre vie sociale et familiale
B) avoir un revenu dans la moyenne, mais une vie sociale et familiale épanouissante

Les résultats furent les suivants (Canada, mars 2018, n = 2347) :

Donc, clairement et massivement, les gens au pays préfèrent l'épanouissement à l'argent, 80 % optant pour la deuxième affirmation contre 20 % seulement pour la première (avec l'arrondissement des nombres). Notons que ces résultats sont presque identiques à un point près au Québec.

Devant de tels résultats, Mme Dorion dirait sûrement, en toute logique avec son discours à l'Assemblée Nationale, qu'il est grand temps que l'on intègre des mécanismes de régulation sociale pour mieux gérer les pressions socioéconomiques sur les gens, ce afin de mieux s'ajuster à ces aspirations collectives.

Les jeunes : encore les milléniaux?

Il est intéressant d'observer que sur les résultats à cette question, il y a très peu de variations notables selon les caractéristiques sociodémographiques et socioéconomiques..., à l'exception des jeunes (les moins de 35 ans). Si 20 % des Canadiens choisissent l'argent plutôt que l'épanouissement, ils sont 34 % chez les 18-34 ans (40 % chez les 18-24 ans et 30 % chez les 25-34 ans - et ce, avec des données et des différences du même ordre au Québec).

Évidemment, devant de telles différences, le premier réflexe est d'y voir une autre expression de cette singularité tant soulignéede cette génération que sont les milléniaux. Mais, tout comme dans le cas de mes conclusions sur cette génération dans un de mes derniers textes, ces différences sont moins l'expression d'une nouvelle génération que tout simplement le fait que nous avons affaire à des jeunes. Nous avions posé une question semblable il y a dix ans opposant l'argent à un travail épanouissant et les jeunes avaient été aussi fortement surreprésentés du côté de l'argent.

L'ÉPANOUISSEMENT OU L'ARGENT?
Canada - Panorama 2018

De l'argent pour consommer et être admiré

Fondamentalement, ce qui attire les gens vers l'argent en premier, c'est l'irrésistible pouvoir de séduction de la consommation et du statut social que cette dernière confère. Pour eux, l'argent est le levier qui permet de devenir quelqu'un dans la société. Il autorise une gratification unique via la consommation, toutcomme l'accès au standing associé au fait de pouvoir s'élever dans l'échelle sociale (de vrais « Voisins gonflables »).

Il est intéressant aussi d'observer qu'ils ont une certaine prédisposition à la désobéissance civile,comme si tous les moyens devenaient légitimes pour arriver!

Aussi, et peut-être le plus intéressant, c'est le fait qu'ils se sentent particulièrement dépassés par les exigences de la vie. Ils ont majoritairement l'impression de passer à côté de la vie(64 % chez ces motivés par l'argent contre 51 % pour l'ensemble de la société - voir les prochains tableaux).

CROP - Panorama 2018

Si vous aviez à choisir, préféreriez-vous...

A. Gagner beaucoup d'argent, mais avoir peu de temps à consacrer à votre vie sociale et familiale

B. Avoir un revenu dans la moyenne, mais une vie sociale et familiale épanouissante

Une quête d'harmonie avec soi-même, avec les autres et avec la nature

De l'autre côté de cette démarcation sociale, ceux qui expriment une forte préférence pour avoir un revenu dans la moyenne,mais une vie sociale et familiale épanouissante sont vraiment motivés par un désir d'harmonie dans leur vie (je ne considère ici que les plus en faveur de cette affirmation, ce qui représente 50 % de la population, car si je les prends tous, à 80 %, je ne peux les caractériser).

Pour eux, la famille passe en premier. Ils veulent avoir des relations significatives et authentiques avec les autres autour d'eux. Ils sont sensibles aux enjeux sociaux et écologiques de l'époque. Ils veulent faire leur part pour améliorer le monde. Ils sont très soucieux d'équité et d'égalité entre les hommes et les femmes. Ils se sentent faire partie de la nature et non pas dans une position de domination à son égard (une espèce de Zen biomaniste).

L'harmonie et l'épanouissement sont au centre de leurs valeurs (l'amour aussi, dirait Madame Dorion).

Par contre à la question de savoir s'ils se sentent dépassés par les exigences de la vie, d'avoir l'impression de passer à côté de la vie, ils expriment aussi une certaine frustration (49 % comparativement à 51 % pour l'ensemble de la société - voir un des tableaux précédents). Ils veulent bien faire passer leur épanouissement en premier, mais ils sentent fort bien la pression de la société et du rythme de la vie actuelle.

Notons que ceux qui expriment une « légère préférence » pour avoir un revenu dans la moyenne et une vie sociale et familiale épanouissante (31 %) ont un profil fort peu caractérisé et aucunement orienté sur l'harmonie comme les précédents. Ils expriment plutôt un certain hédonisme un peu nonchalant. C'est comme si c'était l'effort associé à la quête de l'argent qui les rebutait plus qu'une authentique et profonde quête d'épanouissement!

Si vous aviez à choisir, préféreriez-vous...

A. Gagner beaucoup d'argent, mais avoir peu de temps à consacrer à votre vie sociale et familiale

B. Avoir un revenu dans la moyenne, mais une vie sociale et familiale épanouissante

Peut-on réduire la cadence?

Madame Dorion dans son discours canon a donc mis le doigt sur un sentiment collectif fort bien réel et qui résume parfaitement bien l'époque; enfin, pour plusieurs d'entre nous. Une personne sur deux au paysa l'impression de passer à côté de la vie (51 %, et exactement le même pourcentage au Québec),et une proportion équivalente aspire ardemment à une vie épanouissante avec un revenu tout à fait dans la moyenne.

Son cri du cœur se voulait un appel à une réflexion sur la frénésie de nos vies et sur les façons, collectivement,d'y mettre un peu plus d'équilibre.

Mais les marchés globalisés, financiarisés, aux avancées technologiques constantes dans lesquels nous évoluons nous permettent-ils ce genre d'équilibre de vie sans compromettre la santé de notre économie, la base de notre gagne-pain, et l'avenir économique de nos enfants?

Je n'ai pas la réponse. Mais j'admets qu'il faut en discuter et, malheureusement, son discours est resté sans lendemain.

La Cenerentola de Gioachino Rossini

Pour mon extrait lyrique de cette semaine, j'ai pensé que la Cendrillon de Rossini était tout indiquée. Dans l'air retenu (« Cenerentola, vien qua »), la pauvre Cendrillon ne peut répondre aux requêtes incessantes de ses abjectes belles-sœurs. On sent très bien que si ces dernières persistent sur leur élan, Cendrillon pourrait se retrouver au bord du burn-out!

Rossini: La Cenerentola - ElinaGaranca, Lawrence Brownlee, Cesare Lievi, Gary Halvorson, Maurizio Bellini, The MetropolitainOpera Orchestra and Chorus, Deutsche Grammophon, New York, 2009.

Maximisez vos ventes et vos taux de conversion par une meilleure compréhension de vos cibles!

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 03-27-19 à 13:36

Bonjour,

Vous voulez sûrement maximiser vos ventes, renforcer l'engagement de vos clientèles ainsi que leur loyauté à votre égard, et garantir l'efficacité (ROI) de vos campagnes marketing et de communication. Eh bien, nous aussi! Et on a exactement la solution qu'il vous faut.

L'enquête annuelle de notre programme Panorama est actuellement en terrain et il est temps de nous dire quelles cibles du marché canadien vous intéressent particulièrement, ces clientèles qui pourraient faire toute la différence pour le développement de votre entreprise et le succès de vos campagnes communicationnelles.

Grâce aux résultats du programme Panorama, nous serons en mesure de vous dire tout ce que aurez besoin de savoir sur vos principales cibles, tout comme ce qui pousse les consommateurs à faire les choix qu'ils font sur les marchés et les citoyens à agir comme ils le font face à vos enjeux d'intérêt. Bref, nous vous donnerons les outils qui vous permettront de maximiser votre ROI.

Cliquez ici pour un exemple de ce qu'on peut faire : un portrait des Milléniaux (ce segment qui s'attire toutes les attentions ces jours-ci!).

Vous avez peut-être lu mon blogue du 12 février dernier portant sur ce sujet. Vous verrez que dans le document joint, j'en fais une analyse bien plus approfondie, incluant mes recommandations sur les meilleures façons d'engager les Milléniaux et d'augmenter votre ROI auprès d'eux.

Bien sûr, le même genre d'analyse peut être réalisé sur n'importe quel type d'audience ou de clientèle cible.

Alors n'attendez pas plus longtemps, appelez-nous!

Cordiales salutations.