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Alain Giguère

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Êtes-vous favorable au mariage de personnes de même sexe? 74 % des Canadiens le sont, 80 % au Québec (et Death in Venice de Benjamin Britten)

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Publié le 11-20-17 à 16:07

CROP a réalisé au cours de la dernière année la plus importante étude jamais faite au pays sur la situation des minorités sexuelles et de la communauté LGBT. On y concluait notamment que même si la communauté est aujourd'hui beaucoup mieux acceptée qu'elle ne l'a jamais été, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'atteindre une réelle égalité sociale.

L'étude mettait clairement en lumière la détresse émotionnelle que doit affronter par moment cette communauté et le manque de ressources avec lequel elle doit vivre.

Avec le recul, et sans minimiser nullement les combats que ces individus ont à mener, j'ai l'impression que l'on n'a peut-être pas suffisamment mis l'accent dans nos conclusions sur la fulgurante évolution des mentalités dont la société canadienne a fait preuve à leur endroit au cours des dernières années, le Québec en tête de piste.

Nous suivons l'attitude des gens au pays à l'égard du mariage de personnes de même sexe depuis les années 90 et l'ouverture à cet égard n'a fait que progresser à vive allure depuis. Malgré le chemin à parcourir, on assiste quand même à un véritable mouvement de légitimation sociale de l'homosexualité.

De 1997 à 2017, on est passé de 41 % des Canadiens en faveur du mariage de personnes de même sexe à 74% (de 43 % à 80 % au Québec, la province la plus en faveur au pays).

Depuis 1997, pour des fins de comparabilité, nous utilisions la même question qui datait d'avant la légalisation du mariage homosexuel par le gouvernement fédéral. Nous avons ajusté la question en 2017 pour tenir compte du contexte législatif d'aujourd'hui, sans compromettre à notre avis, la comparabilité des données.


L'avenir de la légitimité de l'homosexualité

On assiste certainement à un phénomène social, à un « courant socioculturel » de fond. Un processus de changement social unique, historique. Comme individus, nous n'acceptons plus que la société et ses institutions nous imposent des choix de vie, que ce soit à l'égard de notre couple, de notre sexualité ou de bien des aspects de notre style de vie. Ces choix se sont individualisés. Les gens sont dorénavant eux-mêmes porteurs de cette légitimité, pour eux-mêmes comme pour les autres autour d'eux. Un humanisme croissant, appliqué à soi comme aux autres.

En 1967, Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre du Canada, disait en commentant son bill omnibus que « l’état n’a rien à faire dans les chambres à coucher ». Aujourd’hui, on pourrait dire que la société n’a rien à faire dans les chambres à coucher.

De plus, lorsqu'on regarde les caractéristiques démographiques sur lesquelles se distinguent les plus hauts taux d'acceptation du mariage homosexuel, les jeunes générations sont de loin les plus favorables. Si 45 % des Canadiens sont « tout à fait d'accord » avec le mariage de personnes de même sexe, c'est 61 % chez les 18-24 ans et 58 % chez les 25-34 ans (pour respectivement 82 et 86 % dans l'ensemble des gens en accord). On peut donc facilement faire l'hypothèse que plus les jeunes générations vont s'imposer sur le plan démographique, plus le mariage de personnes de même sexe, et par conséquent l'homosexualité, deviendront des réalités de plus en plus légitimes dans notre société.

Nos bases de données avec lesquelles nous suivons les changements de valeurs au cours des années ne contiennent malheureusement pas d'informations sur les autres minorités sexuelles que les gais et lesbiennes. Nous ne pouvons donc statuer, à partir de nos outils, sur l'évolution de l'attitude des Canadiens à leur endroit. On peut quand même supposer que ces attitudes sont passablement corrélées.

À ce sujet, soulignons quand même que lors des dernières élections municipales au Québec, les citoyens d'un petit village de Montérégie ont élu la première mairesse transsexuelle de la province (à « Très-Saint-Rédempteur » près de Rigaud à la frontière ontarienne : une superbe rédemption face à toutes nos années d'intolérance!). Une preuve que les temps changent.

Notons enfin que si 74 % des Canadiens et 80 % des Québécois (le plus haut pourcentage au pays) sont en faveur du mariage de personnes de même sexe, c'est en Alberta que l'on y est le moins favorable avec une proportion de 68 %.

Une connexion holistique avec la vie ou un ardent traditionalisme nostalgique

Lorsqu'on regarde les valeurs des gens selon leur attitude à l'égard du mariage homosexuel, on découvre un gouffre socioculturel!

Les plus favorables expriment un profond besoin d'épanouissement personnel, d'expression de leur singularité, de leur individualité propre. Des besoins qu'ils expriment pour eux-mêmes et dont ils souhaitent la réalisation pour tous dans la société. Ils sont enthousiastes à l'égard de la diversité, qu'elle soit ethnoculturelle, sexuelle ou en termes de style de vie. Ils se « nourrissent » personnellement de cette diversité dans leur épanouissement. Ils se sentent aussi profondément connectés à la nature, à la vie et aux gens autour d'eux.

Par ailleurs, les plus défavorables ont l'impression que le monde actuel est totalement moralement dépravé. Ils aspirent à une vision extrêmement traditionnelle de la vie en société, dans laquelle pourrait régner la prédominance de Dieu, de la religion, de la morale et de codes sociaux très stricts. Pour eux, l'existence de mœurs sexuelles non-traditionnelles est une aberration; elle est contre-nature. Ils s'opposent de façon virulente à toute modernité qu'ils jugent amorale et desquelles ils se sentent exclus de toute façon. Ils expriment un traditionalisme fondamentalement nostalgique d'une époque où la morale conservatrice prévalait. Inutile d'insister sur le fait que dans cette vision conservatrice de la vie en société, l'homosexualité et les minorités sexuelles n'existent pas!


La diversité sociale comme trame de fond des sociétés de l'avenir

Tout en demeurant prudent quant à toute prédiction d'avenir, on peut certainement faire l'hypothèse que la société de demain sera, et de loin, urbaine, multiculturelle et peuplée d'individus aux identités personnalisées. La diversité sera certainement au cœur du tissu social. La question est davantage de savoir si cette diversité sera ghettoïsée ou si elle prendra plutôt le modèle d'une mosaïque (dans Blade Runner elle est fondamentalement ghettoïsée!).

La prévalence de chacun de ces deux scénarios dépendra surement de la façon avec laquelle on répartira la richesse. Les sociétés plus égalitaires ont tendance à être plus humanistes, moins conservatrices et plus ouvertes à la diversité, qu'elle soit multiculturelle ou sexuelle. On verra. Espérons.

Mais en attendant, il faut certainement admettre que la société canadienne est fortement engagée sur une trajectoire d'ouverture et de sensibilité croissante à l'égard des minorités sexuelles, même s'il reste beaucoup à faire pour améliorer leurs vies quotidiennes.

Death in Venice de Benjamin Britten

À ma connaissance, il y a peu d'opéras qui abordent des thèmes sur l'homosexualité ou les minorités sexuelles. Mon clin d'œil lyrique de cette semaine devait donc naturellement se porter sur la version de Mort à Venise de Britten.

Le texte aborde un thème qui est certainement tabou dans notre société : les fantasmes homosexuels d'un vieil homme à l'égard d'un adolescent (remarquez que tout au long de l'œuvre, il ne s'agit que de fantasmes, il n'y a aucune « inconduite sexuelle » pour reprendre ce thème du moment).

L'extrait retenu dépeint la prise de conscience des fantasmes de cet homosexuel mature à l'égard d'un jeune garçon, laquelle lui sert d'inspiration à son métier d'écrivain. Le tout exprimé avec un lyrisme totalement débridé!

Benjamin Britten: Death in Venice, English National Opera Orchestra, Edward Gardner, Deborah Warner, John Graham-Hall, 2014.

Le sondage CROP Radio-Canada et les élections municipales à Montréal

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Publié le 11-06-17 à 15:07

Vous me permettrez j'espère de souligner, sans fanfaronnade aucune, la proximité des résultats du sondage que nous avons réalisé pour Radio-Canada et rendu public la semaine dernière avec  ceux des élections d'hier à Montréal. Le tableau qui suit le souligne fort bien.

Pour toutes les fois qu'on se fait dire que les sondeurs se trompent aux élections. À chaque fois qu'il y a des écarts entre les derniers sondages avant les élections et les résultats définitifs quelque part dans le monde, j'en ai pour une semaine à défendre l'industrie. Pour une fois, mon téléphone est tranquille aujourd'hui.

Croyez-vous que l’innovation technologique peut menacer votre emploi ou votre carrière? 26 % des gens actifs au pays pensent que oui (et Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc)

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Publié le 11-03-17 à 16:33

Ce que l'on désigne en anglais par le terme de « disruption », et dont je n'ai pas vraiment trouvé d'équivalent en français (à part peut-être le terme de « déstructuration » ou de technologies de rupture) constitue une notion très chargée. Elle implique une vision de terre brûlée, d'apocalypse sectorielle.

À titre d'exemple, les « nouveaux » médias ont mis à mal toute l'industrie des médias traditionnels, particulièrement les journaux, et aujourd'hui tous les acteurs s'y battent désespérément pour maintenir leurs revenus publicitaires.

De plus, maintenant il y a l'intelligence artificielle qui s'invite dans cette dynamique de restructuration économique et technologique. L'économie se « numérise » et « s'automatise » à un rythme de plus en plus accéléré et cette accélération ne s'arrêtera pas. Elle ne peut qu'évoluer à un rythme exponentiel (on n'a qu'à penser à la loi de Greg Moore d'Intel qui voulait que la capacité des microprocesseurs double tous les deux ans et au potentiel des applications qui, par conséquent, devient exponentiel).

Devant cette perspective d'accélération du changement technologique et de la déstructuration économique qu'elle peut engendrer (« disruption »), nous avons demandé aux Canadiens comment ils réagissaient dans un tel contexte; s'ils y voyaient des menaces ou des opportunités.

Plus de deux actifs sur le marché du travail sur cinq (45 %) y voient des opportunités d'avancement et de formation, 26 % y voient des menaces pour leur carrière ou leur avenir professionnel, alors que 29 % n'ont aucune idée de l'impact potentiel de ces innovations. Notons que nous n'avons observé aucune variation significative sur le plan régional ou provincial.

Les professionnels et les jeunes étant les plus optimistes

Fait intéressant, les professionnels sont la catégorie d'occupation la plus enthousiaste quant aux opportunités que le progrès technique peut leur apporter dans les années qui viennent, alors que ce sont les ouvriers et les techniciens qui se sentent le plus menacés. Les moins de 45 ans sont aussi particulièrement optimistes face aux avancées de la technologie, alors que les plus âgés sont plus inquiets.


En fait, il n'y a rien de surprenant à ce que les ouvriers et les techniciens se sentent particulièrement menacés par le progrès technique. La robotisation et l'automatisation des processus industriels ont amputé de multiples emplois dans ces catégories professionnelles au cours des années. Mais ce qu'il y a de nouveau aujourd'hui avec l'intelligence artificielle, c'est que même les emplois de professionnels sont maintenant en jeu. « L'apprentissage profond » pourra permettre d'automatiser de multiples emplois que des professionnels exercent en ce moment, particulièrement chez les plus jeunes. Or, ce sont précisément les deux catégories économiques et démographiques les plus optimistes. On ne semble pas vraiment conscient ici de ce que réserve l'intelligence artificielle pour l'économie dans les années à venir, particulièrement pour le marché du travail et pour les jeunes professionnels.

Les avocats, les comptables, les ingénieurs, et même certaines catégories de médecins (les radiologistes notamment) sont toutes des catégories de professionnels dont une grande partie du travail peut être automatisée par l'intelligence artificielle, menaçant potentiellement ainsi de multiples emplois. Rien de tout cela ne semble avoir particulièrement filtré dans les perceptions des professionnels jusqu'à maintenant.

L'innovation au service du développement professionnel ou menace d'exclusion?

Lorsque l'on analyse les valeurs personnelles et les cordes sensibles des gens actifs selon leur perception de l'impact des prochains changements technologiques sur leur emploi ou leur carrière, on comprend aisément que l'innovation joue un rôle symbolique très important dans l'attitude des gens.

Pour les optimistes, l'innovation, le progrès technologique sont un levier, un tremplin permettant aux gens de réaliser leur plein potentiel, d'aller au bout de leurs possibilités. Ces individus ont l'impression d'avoir beaucoup de capacités personnelles et d'emprise sur leur vie. Ils perçoivent l'innovation comme le moyen privilégié pour affirmer cette emprise, pour réaliser leur potentiel professionnel et personnel; l'outil ultime pour y arriver. Au même titre, l'intelligence artificielle devient un nouvel outil.

Pour les plus pessimistes, pour ceux qui croient que l'innovation représente une menace, le progrès technique est une source d'exclusion sociale. Pour eux, à chaque fois qu'on assiste à l'introduction d'une innovation d'importance, des pans entiers de la main-d'œuvre active perdent leur emploi, sans grandes possibilités d'en retrouver un autre. Comme beaucoup d'autres segments de la population dont j'ai traité dans mes chroniques, ils entretiennent une vision plutôt apocalyptique de l'avenir de la société. Ultimement pour eux, l'innovation, c'est la fin du travail (du moins du leur). Selon eux, un jour les robots et les ordinateurs pourront faire le travail de presque tous les actifs sur le marché du travail. Ils se sentent potentiellement exclus et sont inquiets pour leur avenir sur le plan financier.


Apocalypse ou résilience?

Le progrès technique a fait son œuvre depuis longtemps pour transformer les procédés industriels et professionnels et même si par moments, de vastes secteurs de la main-d'œuvre ont été mis à mal, les taux de chômage aux pays sont quand même fort positifs aujourd'hui. Plusieurs apocalypses ont été prédites au cours des années et malgré tout, aujourd'hui, le marché du travail connaît une assez bonne performance en termes de création d'emploi. Il fait preuve d'une très bonne résilience. Peut-être qu'il va en être de même avec l'intelligence artificielle et l'apprentissage profond, le marché du travail pourrait trouver un autre élan de résilience via de nouvelles créations d'emplois. Peut-être que les professionnels ont raison de penser que ces nouvelles innovations seront l'occasion de nouvelles expériences de formation et de nouveaux défis de carrière. On verra.

Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc

Au cours des siècles, l'histoire a été témoin de multiples déstructurations économiques, sociales et politiques (« disruptions »). Que l'on pense au passage des économies agraires à la révolution industrielle où des pans entiers de serfs et de fermiers ont été jetés à la rue pour aller nourrir l'industrie naissante pour des salaires de crève-faim. Les révolutions politiques ont aussi eu des impacts immensément déstructurants dans la vie des gens.

Ce qui m'amène à mon clin d'œil lyrique de cette semaine : Dialogues des carmélites de Francis Poulenc. Durant la Révolution française, les ordres religieux ont été dissous et quiconque voulait y maintenir son appartenance était condamné à mort. Dans cet extrait, des religieuses, des Carmélites, ont refusé de taire leur dévotion à leur dieu au prix de leur vie. On entend très bien la guillotine leur trancher la tête sous une musique aussi triste que magnifique.

Francis Poulenc : Dialogues des Carmélites, Orchestre Philharmonique de Strasbourg, Jan Latham-Koenig (dir.), 2001.

Aimez-vous les films et les émissions de télévision dans lesquels il y a de la violence? 42 % des Canadiens disent que oui, 36 % au Québec (et La Walkyrie de Richard Wagner)

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Publié le 10-23-17 à 11:23

Un des phénomènes les plus fascinants qu'il nous a été donné d'observer au cours des années est la croissance constante du nombre de personnes s'estimant en accord avec une telle question. En effet, demandant aux Canadiens s'ils étaient en accord avec l'énoncé « J'aime regarder des films ou des émissions de télévision dans lesquels il y a de la violence », on est passé de 26 % de la population en accord avec cette proposition en 2004 à 42 % en 2017 (de 22 % à 36 % au Québec)!

D'une année à l'autre, les bonds sont certes modestes, mais à long terme, ils se cumulent constamment dans la même direction. La tendance est presque parfaitement linéaire!

Il faut dire que l'offre en produits culturels s'adressant à cette demande ne cesse de croître, Hollywood, et même nos réseaux de télévision locaux, nous proposant constamment de nouveaux contenus de ce type. Sans oublier l'offre en jeux vidéo du même genre!

Avec un peu de recul, je ne peux m'empêcher de mettre en relation cette hausse constante de l'intérêt pour des contenus violents avec le fait que Statistique Canada observe une diminution constante de la criminalité au pays, incluant les crimes violents. C'est comme si on assistait à une virtualisation de la violence. Cette dernière sort de la rue... pour élire domicile à l'écran!

Loin de moi l'idée de proposer un lien causal entre les deux phénomènes, mais une dynamique sociale autour de la violence est certainement en jeu. Les médias nous permettent de fantasmer nos besoins d'exutoire pendant qu'en même temps, un effet de civilisation et d'empathie nous rend peut-être moins violent comme société (le vieillissement de la population y joue certainement un rôle aussi.).

Il est vrai que des drames violents font régulièrement les manchettes, mais globalement, considérée dans son ensemble, la violence « réelle » diminue dans la société, alors que l'intérêt pour la « violence virtuelle » ne cesse d'augmenter. Il y a certainement quelques illuminés qui peuvent être stimulés à devenir violents par des contenus médiatiques violents, ce qui peut avoir des conséquences catastrophiques; mais dans l'ensemble de la société, on assiste à une diminution de la violence « réelle », alors qu'il y a prolifération de contenus violents!

Notons que le profil sociodémographique des amateurs de ce type de contenu est tout à fait caractéristique. On y observe des surreprésentations chez les hommes, les moins de 45 ans et, fait intéressant, chez les couples qui ont des enfants de moins de 12 ans (compte tenu de ce profil jeune). On commence donc tôt à éveiller l'intérêt pour ce type de contenu!

Notons enfin que le Québec se distingue sur cette question, avec seulement 36 % des gens s'intéressant à ces contenus, comparativement à 43 % au Canada anglais.


Un besoin de frissons

Les contenus médiatiques violents répondent très certainement à des motivations profondes chez les téléspectateurs et usagers. Les valeurs et cordes sensibles de ces derniers laissent observer un vif besoin d'évasion, de frissons, d'émotions fortes et d'intensité. On veut fuir le monde pour un moment et se laisser emporter dans un univers étourdissant et fantasmatique.

Ce type de motivations est d'ailleurs en progression dans la société et elles s'accompagnent de visions apocalyptiques de la vie actuelle. On y entretient une vision fataliste et darwiniste du monde d'aujourd'hui, tout en partageant l'impression d'avoir peu d'emprise sur sa vie. Ces « postures mentales » caractérisent les amateurs de contenus violents, tout comme elles rejoignent de plus en plus de gens au pays.

Les contenus violents sont aussi souvent associés aux aventures d'un héros, lequel risque sa vie pour une cause, si ce n'est pour sauver le monde. Il combat les « méchants » qui peuvent causer des catastrophes, si ce n'est l'apocalypse. Il peut manquer d'emprise par moments, mais il finit par triompher (à acquérir l'emprise totale sur les éléments).

Les contenus à caractère violent s'imposent donc comme une métaphore de l'imaginaire des amateurs. On y retrouve une version sublimée de leurs visions apocalyptiques et de leur manque d'emprise sur la vie. Ces contenus leur permettent de fantasmer un idéal quasi-surnaturel (quand ce n'est pas carrément surnaturel, cf. : Superman, etc.) dans lequel ils transcendent les vicissitudes de leur condition.

Il est intéressant aussi d'observer que ce type de « fantasme » est moins prévalent au Québec qu'il ne l'est au Canada anglais (il rejoint quand même plus d'une personne sur trois au Québec). Le besoin d'évasion est bien aussi présent au Québec, mais il s'exprime davantage sur un mode de sensualité et de convivialité.

Enfin, on peut certainement faire l'hypothèse que cette tendance va se poursuivre à long terme, les conditions sociales la motivant ne donnant aucun signe d'apaisement (besoin d'évasion, manque d'emprise, etc.) et particulièrement par le fait qu'une toute nouvelle génération semble y être exposée (rappelons que les amateurs de ces contenus se retrouvent surreprésentés chez les gens qui ont des enfants en bas âge).


La chevauchée des Walkyries de Richard Wagner

Cette semaine, mon clin d'œil musical se décline en deux versions du même thème : l'ouverture du troisième acte de l'opéra la Walkyrie de Wagner (« La chevauchée des Walkyries »). Ce thème se marie à merveille avec le sujet de cet article. Les Walkyries sont dans les mythologies anciennes germaniques, nordiques et vikings, des vierges volantes et guerrières qui ont comme mission d'aller recueillir les combattants morts sur les champs de bataille pour les amener au Walhalla, le paradis dans ces cosmologies.

Le premier extrait provient de la production de cet opéra à Valence en 2007. De plus, ce thème musical est quand même assez connu de par son introduction à la trame sonore du film Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Le second extrait est donc cette scène épique de l'attaque d'un village Viet Cong par des hélicoptères de l'armée américaine.

Wagner: Die Walküre, Zubin Mehta, La Fura dels Baus, Valence, 2007, Unitel Classica.

Apocalypse Now, Francis Ford Coppola, 1979

Voteriez-vous pour un politicien populiste? 60 % des Canadiens disent qu’il est probable que oui, 66 % au Québec contre 59 % au Canada anglais (et Parsifal de Richard Wagner)

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Publié le 10-06-17 à 14:52

Le patron de Cogeco, Monsieur Louis Audet, un homme très engagé à l'égard des causes sociopolitiques et économiques du pays, nous a commandé dernièrement une étude sur le populisme au Canada. En fait, sur l'appui que l'on pourrait trouver dans la population canadienne à un politicien populiste du style de ceux que l'on a vus émerger en occident au cours des dernières années.

Afin de proposer aux gens un portrait de politicien qui corresponde le plus possible à tous ces populistes que l'on retrouve un peu partout dans le monde, nous avons essayé de résumer les grands traits et éléments de programme qui les caractérisent. Or, après réflexion, les traits suivants semblent revenir constamment : habituellement, ces politiciens s'engagent à...

• ne se dévouer qu'aux intérêts de la classe moyenne, à ne pas obéir aux riches et puissants;

• à freiner de façon importante l'immigration et l'afflux de réfugiés;

• à mettre en place des mesures de protection de l'identité nationale et de protectionnisme économique;

• ils se présentent comme affranchis de toutes les mœurs et façons de faire de la politique traditionnelle.

Nous avons combiné tous ces éléments dans une question de sondage adressé aux Canadiens (à l'exception du protectionnisme, sachant que de façon générale, les Canadiens sont favorables au libre-échange) et à notre grande surprise, trois personnes sur cinq au pays (60 %, deux sur trois au Québec, 66 %) admettent qu'il est probable qu'ils votent pour un tel politicien!

Notons aussi que selon le profil démographique, le supporteur typique de ce type de politicien vit dans de petites municipalités, il a un niveau d'éducation moyen et est âgé entre 35 et 54 ans. En fait, on obtient le profil emblématique de la classe moyenne de régions aux prises avec les réalités socioéconomiques incertaines que l'on retrouve hors des grands centres.

Une réelle mouvance politique

Je suis tout à fait conscient qu'il faut faire bien attention à ces prédictions politiques basées sur de tels résultats de sondage. Tout dépend du candidat lui-même, de la joute politique en place, des équipes de candidats, etc. Par exemple, lorsqu'on demande aux gens s'ils aimeraient que nous ayons un jour au Canada un politicien du style de Donald Trump, seulement 18 % sont d'accord. Mais ici, c'est le style qui déplait. Le programme politique populiste décrit plus haut trouve quand même 60 % d'appui au pays. C'est dire qu'avec un candidat plus « distingué », articulé, un tel politicien aurait des chances de prendre le pouvoir au pays.


Ce qui attire les gens dans cette proposition politique n'est pas homogène selon qu'on l'appuie fortement ou modérément. Mais l'engagement de ne se dévouer qu'aux intérêts de la classe moyenne et à ne pas obéir aux riches et puissants est certainement un thème qui rejoint une pluralité (41 %) de l'ensemble des supporteurs de ce genre de politiciens. C'est comme si dans la population, une perception très tenace s'était implantée voulant que les politiciens n'obéissent qu'aux riches et puissants au détriment de la classe moyenne!

Par contre, chez les plus enthousiastes à l'égard d'un tel politicien (26 %), les restrictions sur l'immigration prennent le dessus, et de loin. Une perspective intolérante de méfiance à l'égard des immigrants et des réfugiés alimente l'appui des plus forts supporteurs de notre politicien populiste. Ils ne se reconnaissent plus dans la diversité sociale actuelle. Ils ont l'impression que l'immigration menace l'identité culturelle du pays. Si 48 % des Canadiens sont d'accord avec l'idée voulant que « Si notre pays s'ouvre trop aux immigrants, nous risquons de perdre notre identité », c'est 87 % chez les plus enthousiastes supporteurs de notre politicien populiste!

Pour ces gens, la société change top vite. Ils n'ont plus l'impression d'y avoir de place, ils sont fatalistes face à l'avenir. L'immigrant devient ce symbole d'une société qui les exclut.

Pour les plus modérés, c'est le cynisme qui les alimente. Le sentiment que personne ne peut rien pour eux, ne s'intéresse à eux, certainement pas les politiciens traditionnels. Ils se sentent laissés-pour-compte, vulnérables. C'est l'accent sur la classe moyenne qui retient leur attention (au détriment des riches et célèbres).


Un défi pour la classe politique

Ces résultats mettent certainement en lumière une profonde déconnexion de la classe politique vis-à-vis d'une large partie de la population. Cette perception que la classe politique n'obéit qu'aux puissants au mépris de la classe moyenne retire une large part de confiance et même de légitimité à nos élus. L'ampleur de l'appui à notre hypothétique politicien populiste (60 %) dénote d'une perception fort négative à l'égard de notre classe politique et de sa gestion des enjeux sociaux. De tels résultats représentent certainement un message fort pour nos politiciens. Il faut réarticuler la communication, la connexion, bannir la « langue de bois », remettre l'authenticité au centre du discours et faire preuve d'une plus grande écoute à l'égard des électeurs. Mieux éduquer aussi face aux enjeux de l'époque.

Une pédagogie du nouveau monde s'impose. Les vagues migratoires vont continuer. L'innovation va continuer à déstructurer les entreprises traditionnelles, en région comme dans les grandes villes. Les conditions socioéconomiques et politiques nourrissant le populisme risquent de prendre de l'ampleur. La démocratie canadienne peut être mise à mal dans un tel contexte.

Il est intéressant d'observer que Monsieur Trudeau à Ottawa joue un très bon rôle de rempart en ce moment face à ce populisme ambiant. Son crédo à l'égard de la classe moyenne (au prix notamment d'accorder un congé de TPS à Netflix!) capte certainement l'attention des électeurs canadiens pour qui la défense de la classe moyenne est une priorité. Il s'agira de voir si d'ici les prochaines élections fédérales, cette recette peut suffire!

Parsifal de Richard Wagner

Cette œuvre de Wagner se prête à merveille à mon clin d'œil lyrique de cette semaine. L'idée du politicien nouveau, affranchi, « vierge » de toute acculturation des mœurs politiques traditionnelles, renvoie parfaitement au surhomme nietzschéen qu'incarnent certains des personnages des œuvres de Wagner (Siegfried et Parsifal notamment). Parsifal est ce héros qui peut libérer la communauté des gardiens du Graal de leur sort qui les voue à leur annihilation. Selon la trame du récit, seul un jeune homme « innocent », totalement ignorant du péché pourra sauver la communauté; l'innocence étant comprise ici comme l'absence d'acculturation aux valeurs de la société.

Dans l'extrait retenu, Parsifal résiste aux avances de la séductrice et pécheresse Kundry tout en anéantissant la puissance magique et maléfique du sorcier Klingsor.

Un superbe extrait avec Jonas Kaufmann, le ténor de l'époque, dans une mise en scène de François Girard au Met de New York.

Wagner: Parsifal - Jonas Kaufmann (Parsifal), Katarina Dalayman (Kundry), Peter Mattei (Amfortas), René Pape (Gurnemanz), Evgeny Nikitin (Klingsor), Rúni Brattaberg (Titurel), Maria Zifchak (Stimme) Orchestra of the Metropolitan Opera, Daniele Gatti (dir.), Francois Girard (prod.)