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Alain Giguère

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82 % des Canadiens veulent une connexion plus intense avec la nature (Un appel à la 3e symphonie de Mahler!)

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 02-24-17 à 16:45

Que la force soit avec nous!

L'idée de ce texte m'est venue en faisant l'épicerie. Me baladant dans les inspirantes allées d'un supermarché « santé » (si l'on en croit leur promesse de marque), je fus frappé par l'imposante présence de produits se réclamant de l'épithète de « super-aliments » (« Superfoods »). Des graines de chia à haute teneur en oméga 3, calcium et fer, aux racines de Maca regorgeant d'antioxydants (un aphrodisiaque de surcroît, semble-t-il), aux baies de Goji, une autre source importante d'antioxydants longtemps associée dans certaines sagesses orientales à rien de moins que la vie éternelle, ces rayons de supermarchés exhalent de promesses à vous redonner vos vingt ans (enfin, les miens en tous cas).

Loin de moi l'idée de jeter un discrédit sur toutes ces offres alternatives des marchés d'alimentation, même si la littérature scientifique est loin d'entériner toutes les promesses qu'on nous fait (promenez-vous un peu sur Google), mais l'attrait de ces produits répond certainement à une très forte tendance dans le marché et dans la « culture » populaire. On observe clairement le besoin d'une connexion plus intense avec la nature, avec ses vertus mal connues, lesquelles, on espère, peuvent nous permettre d'atteindre une plus grande harmonie avec la vie.

Ce qui m'a rappelé un article sur le site de BBC il y a quelque mois sur les bénéfices santé de « se sentir partie prenante » de la nature. Citant des recherches conduites avec les plus hauts standards de scientificité, on y démontre les bienfaits pour la santé physique et mentale d'une connexion plus intense avec la nature, comme la réduction de la tension artérielle, des problèmes de fatigue chronique, d'anxiété, de déficit d'attention, et j'en passe.

Et pour ce faire, il ne s'agit pas nécessairement de déménager à la campagne; être suffisamment en contact avec la nature peut suffire (des parcs, des arbres, des jardins, des animaux, etc.). Mais surtout, c'est l'attitude, la « posture mentale » qui semble ici déterminante : une volonté de se sentir le plus possible en symbiose avec la nature. L'idée diffuse d'une « force cosmique » qui traverse la nature et à laquelle nous appartenons tous, sans en être totalement conscients.

Un phénomène fascinant et porteur : le Biomanisme

Au Canada, 27 % de la population partagent ardemment cette « posture mentale », désirant être le plus possible en symbiose avec la nature, avec la vie, alors qu'un autre 55 % le souhaite avec enthousiasme, ce qui nous donne un total de 82 % de la population! Cette posture mentale que nous mesurons depuis déjà quelques années veut que l'être humain ne domine pas la nature, il en fait partie. Il s'y fusionne.

Notons aussi qu'on observe peu de différenciation sociodémographique sur ce phénomène. Les femmes, les gens à plus faibles revenus, ceux qui ont des adolescents à la maison, ceux qui demeurent dans de petites municipalités ou en régions rurales sont un peu plus forts sur ce Biomanisme, mais les différences, même si significatives, demeurent toutefois très faibles. Même sur le plan régional ou provincial, peu de différences sont à signaler, si ce n'est que l'Atlantique est un peu plus fort sur ce phénomène.


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En fait, ce qui caractérise avant tout ces « biomanistes », ce sont leurs valeurs, motivations et cordes sensibles. Leur connexion à la nature est avant tout synonyme de potentiel. Ils partagent ce sentiment qu'il y a du « non réalisé » en eux et qu'une plus grande symbiose avec la nature, avec ce qu'elle a de mieux à offrir (environnements, cadre de vie, aliments, etc.), leur permettrait de faire sortir le meilleur d'eux-mêmes, de se développer personnellement davantage, d'être plus créatifs, d'avoir plus d'emprise sur leur vie. Des sentiments que semblent confirmer les études citées par l'article de la BBC cité précédemment.

Les opportunités pour les marques

L'opportunité de marché m'apparaît gigantesque! Ne considérons que les plus engagés, c'est-à-dire 27 % d'environ 28 millions d'adultes au pays : près de 7,6 millions de consommateurs! Des produits et services comme des aliments, des vêtements (tissus naturels et technologies « wearables »), des applications, des équipements sportifs, du tourisme, des projets d'architecture, un nouvel urbanisme à réinventer : les possibilités sont infinies! La clé, via toutes ces offres, sera de proposer aux consommateurs, aux gens, des expériences (de marques notamment) de reconnexion avec la nature, de symbiose. Particulièrement dans un contexte d'hyperurbanisation, c'est plus qu'une opportunité, c'est une nécessité de nous rebrancher avec la vie! De nos jours, tout le monde parle de villes intelligentes; pour ma part, je crois qu'on devrait aussi parler de villes plus « vertes ».


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La 3e de Mahler comme célébration de notre unité avec la nature

Plusieurs œuvres musicales ou lyriques auraient pu illustrer la symbiose avec la nature. Mon choix s'est arrêté sur la 3e symphonie de Gustave Mahler. Un des joyaux les plus étincelants de l'histoire de la musique occidentale, une monumentale célébration panthéiste de notre rapport à la nature! D'une structure narrative initiale évoquant le parcours biblique de la création, « créationniste » dirait-on aujourd'hui, la trame musicale me semble totalement dénuée de toute onction eucharistique.

Particulièrement le dernier mouvement qui célèbre justement la place de l'Homme (et de sa fiancée) dans le cosmos. Une furie symphonique éclate devant nous. Un déluge sonore nous témoigne de l'expansion de l'univers. Une inondation orchestrale, une force sauvage nous catapultent dans le cosmos, comme pour nous rappeler qu'une certaine humilité devrait inspirer notre rapport à la nature! 

J'ai choisi pour vous la toute fin de l'œuvre, dirigée par Claudio Abbado au Festival de Lucerne en 2008. Une finale qui, il me semble, appelle au recueillement quant à notre place dans l'univers.

Gustave Mahler, Symphonie No 3, Claudio Abbado, Lucerne Festival Orchestra, Festival de Lucerne, 2008, EuroArts.