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65 % des Canadiens nous disent croire en Dieu, mais 49 % considèrent que leurs croyances religieuses sont importantes (62 % et 43 % au Québec) (Et la Passion selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach)

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Publié le 04-10-17 à 17:49

Les croyances religieuses sont en baisse constante depuis près de vingt ans!

En cette Semaine sainte, je me devais d'examiner nos données sur le sentiment religieux au pays. Des proportions appréciables de citoyens déclarent que leurs croyances religieuses sont importantes : une personne sur deux (49 %). Les variations régionales sont intéressantes : les croyances religieuses sont à leur plus bas au Québec et en Colombie-Britannique (43 %) et au plus haut en Alberta et dans les provinces de l'Atlantique (56 %).

Pourtant, on ne cesse de nous répéter que les églises sont vides. Le sentiment religieux paraît davantage un héritage culturel que l'expression d'une pratique soutenue du culte. À ce titre, la différence entre la croyance en Dieu et le sentiment religieux est révélatrice, on a moins besoin de l'Église pour se « connecter » à Dieu.

De plus, les tendances sont fort éloquentes. Si 65 % des Canadiens nous disent croire en Dieu, cette proportion était de 81 % en 2005, en baisse constante depuis (on passe de 77 % à 62 % au Québec). Une tendance similaire s'exprime à l'égard des croyances religieuses. Ceux qui nous disent qu'elles sont importantes passent de 70 % de la population en l'an 2000 à 49 % en 2017 (de 63 % à 43 % au Québec).


L'avenir du sentiment religieux au pays

On a beau parler du religieux régulièrement dans les médias, compte tenu des tendances reliées à l'immigration; dans l'ensemble de la population toutefois, le sentiment religieux ne cesse de diminuer depuis près de vingt ans. Le religieux disparaît progressivement de nos vies. Et peu importe que l'on regarde du côté protestant au Canada anglais ou catholique au Québec, les tendances sont les mêmes. À ce rythme, si « la tendance se maintient », d'ici une génération (25 ans), le sentiment religieux pourrait devenir un phénomène tout à fait marginal.

Un tel scénario s'appuie bien sûr sur la tendance actuelle et néglige le rôle de plus en plus grand que va jouer l'immigration à ce sujet dans les années à venir. Mais l'acculturation exercée par l'école auprès des enfants de ces immigrants pourrait certainement contribuer à maintenir la tendance. Et de toute façon, si via l'immigration le religieux maintient sa place dans la société, il ne sera pas chrétien. Il sera taoïste, sikh, hindouiste, bouddhiste, musulman, etc. Et surtout, il constituera un héritage culturel, comme un ensemble de mythes qui peuvent alimenter le sens à la vie, sans nécessairement s'exprimer dans des rites ecclésiastiques.

Néanmoins, j'admets qu'il s'agit ici d'un scénario établi en projetant les tendances actuelles et qu'il faut être prudent avant de tenter de prédire l'avenir... mais ces tendances sont observées sur une période de près de vingt ans, et plus on descend sur l'échelle de l'âge, moins le sentiment religieux est prévalent (ce qui augure un peu pour l'avenir quand même). Est-ce que l'immigration va changer la donne? On verra.

Notre rapport au sacré

Par ailleurs, on observe que les gens se fabriquent un Dieu à leur image, lequel ressemble davantage à un ange gardien qu'à ce « Seigneur à la barbe blanche ». Au pays, près de deux personnes sur cinq, la pluralité (37 %, même chose au Québec), croient à un Dieu modelé à leur façon. Seulement 22 % croient au Dieu qu'enseigne leur Église (14 % au Québec).

Par contre, un des phénomènes les plus en croissance est la croyance en une « force » qui nous unit à la nature, au cosmos, à l'univers. On assiste ici à une dépersonnalisation du divin, à une espèce de bouddhisme post-moderne nous donnant l'impression de participer au divin, d'en faire partie, comme tout le reste de la nature (Que la force soit avec vous!). L'adhésion à cette vision panthéiste est passée de 11 % de la population canadienne en 1998 à 21 % en 2016 (de 14 % à 28 % au Québec).

Enfin, l'athéisme, cette notion que la vie ne serait que phénomènes biologiques, est passée de 7 % à 20 % au pays, toujours de 1998 à 2016 (de 8 % à 21 % au Québec).

Les valeurs personnelles, les cordes sensibles et le divin!

Le regard sur les valeurs des gens nous permet de mieux comprendre pourquoi le Dieu de nos églises est si malmené dans les croyances populaires. Ceux qui s'y reconnaissent ont des valeurs très traditionnelles et très conservatrices. Ils valorisent particulièrement l'autorité des institutions, ils sont fatalistes, ont peu d'emprise sur leur vie, laissant au divin tout le leadership!

Ceux qui se fabriquent un Dieu personnalisé ont peine à vivre avec la complexité et les incertitudes du monde actuel. Ils se sentent potentiellement exclus de la société. Ils s'y sentent menacés. Leur Dieu devient donc cette espèce d'ange gardien qui veille sur eux.

Les tenants de la force et les athées, les deux groupes constamment en croissance depuis vingt ans, sont en opposition idéologique complète face à l'Église (catholique ou protestante). Ils lui reprochent de fonder son rôle sur l'interdiction, la soumission, le péché, la punition. Ils vont vous dire, en paraphrasant Monsieur Trudeau (le père) que l'Église n'a pas sa place dans la chambre à coucher des gens. Ils se sentent en plein contrôle de leur vie, aspirent à la liberté et à l'épanouissement personnel.

Un défi pour les Églises (notamment les chrétiennes, catholiques et protestantes)

Si elles veulent garder leur pertinence sociale, ces dernières ont un sérieux rattrapage à faire afin de se resynchroniser avec les valeurs des gens. La distance entre ce qu'elles représentent et ce que vit la majorité des gens est en train de devenir abyssale! De faibles minorités au pays croient en leur Dieu. Ce dernier a éclaté au cours des années en une myriade de formes diverses, mieux adaptées culturellement à l'époque.

Une situation qui est très ironique, si on s'attarde au message du Christ pour revenir à la Semaine sainte. Son message en est un de compassion, d'ouverture à l'autre, d'accueil, de générosité, d'oubli de soi et d'amour. Ce que certainement tous ceux qui s'opposent à la vision du Dieu de l'Église ne voient pas en celle-ci, mais dont l'époque aurait désespérément besoin. Si les Églises chrétiennes tendent à se marginaliser, les Semaines saintes pourraient peut-être nous réconcilier avec le Christ!

La Passion selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach

Dans les œuvres musicales tout indiquées pour souligner la Semaine sainte, cette dernière s'impose. Toute l'œuvre semble baigner dans la douleur, les larmes et la contrition. L'extrait que je vous propose est justement « l'air de la contrition » et met en scène une mezzo qui chante la douleur de l'apôtre Pierre lorsqu'il réalise que, comme lui avait prédit le Christ, alors que le coq vient de chanter, il l'a renié trois fois (« Je ne connais pas cet homme »). Sublime!

Bach, J S: Saint Matthew Passion, BWV244, Mark Padmore (Evangelist), Christian Gerhaher (Jesus), Camilla Tilling (soprano), Magdalena Kozena (mezzo), Topi Lehtipuu (tenor), Thomas Quasthoff (bass), Berliner Philharmoniker, Rundfunkchor Berlin, Knaben des Staats- und Domchors Berlin, Sir Simon Rattle, ritualisation : Peter Sellars