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La « classe créative » au pays : 22 % de la population! (et Les Maîtres Chanteurs de Richard Wagner)

Catégories: Sur mon radar cette semaine

Publié le 05-15-17 à 13:42

La créativité comme moyen d'expression personnelle

À la veille de C2 Montréal, cette grande messe de la créativité commerciale qui se tiendra la semaine prochaine à L'Arsenal, je me devais d'aborder l'expression de la créativité au pays. Il y a plusieurs façons de mesurer la créativité dans une société. Richard Florida est devenu célèbre au début des années 2000 en comptabilisant le nombre d'employés qui œuvraient dans des entreprises ou des organisations qu'il classait comme « créatives » (The Rise of the Creative Class, Basic Books, 2002). On peut aussi comptabiliser le nombre de brevets déposés dans une société, ce qui représente indéniablement aussi une vitalité créative et d'innovation.

Mais d'un autre point de vue, on peut aussi mesurer un phénomène moins connu que j'aime bien nommer « le besoin de créer ». Car même si plusieurs employés travaillent dans des organisations dites créatives, ils ne jouent pas tous des rôles créatifs (le comptable dans une agence de publicité, sans lui manquer de respect, on espère qu'il ne le soit pas trop!). Mais certains font sans nul doute des métiers « créatifs » qui leurs sont taillés sur mesure, car ils leur permettent d'exprimer leur besoin de créer.

L'inventeur génial a toujours fait partie de la société. Il répond aux impératifs du « besoin qui crée l'organe » et qui trouve une solution créative à des enjeux problématiques (M. Bombardier et sa motoneige, quand les chemins étaient bloqués par la neige et qu'il ne pouvait pas faire soigner son enfant malade).

Mais dans la modernité actuelle, où l'expression personnelle, l'expression de soi est une motivation très importante pour plusieurs, le besoin de créer, de se sentir créatif dans ses moindres activités quotidiennes devient tout à fait incontournable, irrépressible (au travail, dans ses loisirs, etc.); et ce, au prix de quitter un emploi si on ne peut y exprimer sa créativité.

Or dans nos études, une question fort simple nous permet d'identifier ces individus : « Dans mes différentes activités quotidiennes, il est très important pour moi de me sentir créatif (ve) ».

Le besoin d'exprimer sa créativité : 22 % de la population (parfaitement équivalent partout au pays)

Ainsi, pour reprendre l'expression de Richard Florida, j'aurais tendance à considérer les gens s'estimant « tout à fait d'accord » avec cette proposition comme étant notre véritable « classe créative »; car eux, ils ont besoin de créer à temps plein! Et peu importe le métier qu'ils exercent, ils représentent une force incroyable que les entreprises, les organisations et la société doivent trouver le moyen de mettre à profit.

Une grande part de cette créativité peut s'exprimer en loisirs ou en passe-temps, mais il y a certainement opportunité à l'utiliser pour créer de la valeur dans notre société (peu importe comment on définit celle-ci).

Par ailleurs, c'est chez les plus jeunes (les moins de 35 ans) que l'on retrouve les proportions les plus significativement élevées de gens créatifs. On dit souvent que les artistes, les inventeurs et les plus grands scientifiques de leurs époques ont livré le meilleur d'eux-mêmes avant qu'ils n'atteignent la trentaine.

Il n'est donc pas surprenant d'observer que, malheureusement, la créativité diminue avec l'âge! C'est comme si, quand les gens vieillissent, ils se réconfortent dans le connu, le prévisible, le facilement classable. Alors que les plus jeunes sont stimulés par l'inconnu et ont besoin de réinventer le monde!

La créativité se nourrit de la différence, des autres, de la nouveauté

Le profil de valeurs personnelles de cette classe créative est d'une ouverture formidable et il peut certainement inspirer l'optimisation de l'expression de la créativité dans les organisations.


Tout d'abord, ils témoignent d'une grande sensibilité à la diversité sociale et expriment un important et constant besoin de contacts significatifs avec les gens autour d'eux (que ces derniers soient des gens connus ou non). Un besoin de découvrir l'autre, de s'en inspirer, de se nourrir de la différence, de créer un monde nouveau à partir d'un « métissage culturel ». Cette stimulation par la différence et le contact humain qui y est associé, par la découverte, semble s'imposer comme un des nutriments de base, essentiels à la créativité.

L'ouverture au changement joue aussi un rôle important. Et ce, même dans les cas de transformation les plus déstructurants pour les organisations. La nouveauté et les nouveaux paradigmes introduits par le changement dans la société deviennent des opportunités pour penser autrement et stimuler la créativité.

Ce sont aussi des individus pris d'un vif désir d'amélioration personnelle. Ce sont des gens sensibles au potentiel inutilisé qui peut sommeiller en eux et ils veulent à tout prix le faire éclore. Ils ressentent ce besoin irrépressible de s'exprimer, et la créativité, soit en l'initiant ou en contribuant à des initiatives créatives, est certainement pour eux un moyen idéal de s'exprimer.

Les « non-créatifs » sont aussi fort intéressants : ils ne croient pas aux vertus du changement. Ils y voient le mal! Ils décodent tout ce qu'ils observent, « découvrent », en fonction de notions passées. La créativité vient rompre cet ordre de dispositions auquel ils tiennent tant!


Les opportunités pour les entreprises et les organisations

Il faut harnacher cette vitalité. Lui donner droit de cité dans les organisations. Lui permettre de s'exprimer, d'émerger. On doit aménager des lieux où l'on favorise les rencontres et les échanges. On favorise la diversité. On encourage les employés à venir exprimer la créativité de leurs loisirs au travail. On organise des rencontres avec des gens de métiers différents sur leurs façons créatives d'aborder leurs enjeux. On mêle les plus créatifs de milieux divers. On leur fait stimuler les moins créatifs, mais qui sont sensibles à la créativité, etc.

On peut comprendre, dans un tel contexte, l'opposition de beaucoup d'entreprises « créatives » aux États-Unis aux politiques d'immigration du Président Trump!

L'architecture et l'aménagement doivent jouer un grand rôle : des espaces ouverts, favorisant les rencontres et la discussion, des œuvres d'art, des créations d'employés, des espaces communs, etc.

Les Maîtres Chanteurs de Richard Wagner

Un exemple magnifique d'expression de créativité venant heurter de front les gens moins créatifs dans la société est certainement ce passage des Maîtres Chanteurs de Wagner dans lequel une confrérie d'artisans, qui ont comme hobby de faire des concours de chant, ont développé un paralysant traditionalisme au cours des années. Or, lorsqu'un de leurs membres veut leur introduire un nouveau venu avec des idées musicales innovantes et créatives, ils le rejettent avec véhémence (ce dernier finit par gagner sa cause à la fin de l'opéra)... Sublime!

Wagner - Die Meistersinger von Nurnberg / Heppner, Mattila, Morris, Pape, Allen, Polenzani, Levine, The Metropolitan Opera, New York, 2005, Deutsche Grammophon.