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21 % des Canadiens considèrent qu’il est correct de ne pas obéir aux lois qu’ils trouvent stupides (25 % au Québec)! (Et Siegfried de Richard Wagner)

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Publié le 05-01-17 à 13:39

Des fantasmes de désobéissance civile

Une personne sur cinq au pays (une sur quatre au Québec) entretient ce genre de réflexion; et qui plus est, ce nombre d'individus est en constante progression depuis une douzaine d'années! Comme si pour ces citoyens, le « contrat social » se rompait progressivement, comme s'il devenait davantage légitime de désobéir aux lois, de contrevenir aux règles de base de notre vivre ensemble. Il n'est certes pas question ici d'une ouverture systématique à l'anarchie. Ces citoyens ne passent pas leur vie à désobéir aux lois. Mais il s'agit certainement d'un fantasme exprimant la frustration de ces individus face à ce que la vie leur réserve.

Il est intéressant de noter que sur le plan régional, nous n'observons pas de variations significatives. Cette posture de « défiance » se retrouve dans des proportions similaires d'un océan à l'autre, mis à part au Québec où la proportion des gens en accord avec l'idée est significativement plus élevée à 25 %.

Plus spécifiquement, nous avons demandé aux gens, dans un sondage reflétant l'ensemble de la population canadienne adulte (18 ans et plus), s'ils étaient en accord avec l'idée suivante : « Quand il y a des lois que l'on trouve stupides, il est correct de ne pas leur obéir ».

À cette même question en 2004, 12 % des Canadiens se disaient en accord (16 % au Québec), une progression de près de dix points depuis (9 %). Une bravade qui ne cesse de progresser!

Des jeunes et des conditions socioéconomiques peu clémentes

Le profil sociodémographique et socioéconomique de ces « contrevenants potentiels » nous permet de comprendre un peu le contexte d'une telle attitude. On observe une nette surreprésentation de la prévalence de ce point de vue chez les jeunes (moins de 35 ans), chez les gens qui ont les revenus les plus faibles dans la société, ainsi que chez les ouvriers et les cols bleus. On peut donc certainement concevoir que les contraintes financières et de vie associées à de tels profils peuvent générer une telle attitude.


Mais ce qui le plus troublant dans ces résultats, c'est la progression observée depuis 2004. Or, si les conditions socioéconomiques attisent cette posture de défiance, on peut bien comprendre que dans ce monde post-2008, le fantasme de désobéir aux lois soit en progression.

À maintes reprises, nos résultats de recherche nous ont clairement indiqué que la récession de 2008 n'avait pas été vécue comme les autres récessions. Les gens avaient espoir autrefois que l'économie et la vie pouvaient se ressaisir après une récession. L'après-2008 laissa aux Canadiens l'impression d'avoir vu s'abattre sur eux un monde infiniment plus incertain, complexe et risqué, et ils ont acquis la certitude que ce nouveau monde est là pour rester.

Je crois que c'est dans ce contexte que l'on doit interpréter la montée de ce fantasme de désobéissance civile. Les gens ont l'impression d'avoir à confronter un monde de plus en plus difficile et ils n'ont pas l'impression que la société est là pour les aider. D'où la rupture du « contrat social » chez certains.

Des postures d'exclusion

Par ailleurs, lorsqu'on analyse les valeurs personnelles et les postures mentales de ces « contrevenants potentiels », les motivations conditionnant ce genre d'attitudes deviennent encore plus claires.

Fondamentalement, ils se sentent exclus de la société. Ils ont l'impression de ne pas y trouver de place, de buts, de sens. Ils ont l'impression de ne pas avoir d'emprise, de contrôle sur leur vie. Ils ont le sentiment d'être laissés-pour-compte et que personne ne peut rien pour eux. Ainsi, s'ils ont l'impression d'être abandonnés par la société, pourquoi rempliraient-ils leurs obligations envers elle? D'où, encore une fois, la rupture du « contrat social » chez ces individus.

Ils sont aussi très cyniques à l'égard des élites, des gens d'affaires et des politiciens. Ils ont l'impression que tous leur mentent. Ils ne font confiance à personne. Ils affichent beaucoup de pessimisme face au monde actuel. Les plus jeunes ne voient pas d'un très bon œil le monde que les générations précédentes leur laissent! Dans un tel contexte, contrevenir devient une modalité légitime d'adaptation à la société actuelle.


Un projet de société

J'entends d'ici mes collègues en marketing conclure qu'il faut proposer au marché des expériences de marques plus rebelles, irrévérencieuses, politiquement incorrectes. Et en effet, selon les groupes cibles, de telles stratégies, si bien exécutées, vont certainement fonctionner.

Mais l'enjeu ici dépasse largement ces opportunités corporatives. Ces résultats sont notamment l'expression de la façon avec laquelle notre société, nos gouvernements « gèrent » l'exclusion. Davantage de ressources de la part de nos institutions et même des entreprises via leur engagement social devraient être dévolues pour mettre de l'avant des programmes inclusifs, d'entraide, d'intégration sociale, afin de freiner l'exclusion.

Le gouvernement de l'Ontario fait en ce moment une expérience dans quelques municipalités avec un programme de revenu minimum garanti visant à aider les gens à intégrer le marché du travail ou à poursuivre leurs études. Éventuellement, d'autres initiatives comme celle-là devront être mises de l'avant afin d'éviter que ces fantasmes de désobéissance civile ne continuent de progresser ou encore qu'ils se transforment en réalité!

Le Brookfield Institute à l'Université Ryerson à Toronto publiait récemment un rapport d'étude (The Talented Mr. Robot!) affirmant qu'avec les prochaines vagues d'innovations technologiques, reliées à l'intelligence artificielle notamment, jusqu'à 42 % de la main-d'œuvre active au pays est à risque d'être éliminée au profit de systèmes automatisés!

Si ce genre de scénario se matérialisait, ne serait-ce que minimalement, nous aurons besoin en tant que société de beaucoup de créativité pour mieux combattre l'exclusion et la désobéissance civile qui pourraient s'ensuivre (on pourrait être tenté ici de concevoir un scénario à la « Mad Max », mais gardons-nous une petite gêne).

Siegfried de Richard Wagner

Dans une perspective plus philosophique, toutes les époques ont connu des mouvements de désobéissance civile. La jeunesse critiquant le régime de la génération précédente veut s'en défaire et prendre sa place. Les anthropologues analysant les sociétés primitives parlent du meurtre du père, la « castration symbolique » (le père comme auteur des lois et des règles).

C'est exactement le thème du troisième acte de l'opéra Siegfried de Wagner, troisième volet de sa tétralogie de L'Anneau du Nibelung. Siegfried rencontre son grand-père, Wotan, le dieu suprême, qui porte une lance sur laquelle sont gravées les lois et règles du monde. Wotan protège l'accès à sa fille (la tante de Siegfried) qui dort entourée d'un anneau de feu. Siegfried brise la lance, se défait de Wotan (castration) et va prendre sa tante. La création de l'œuvre date de 1876, Freud n'avait encore rien écrit!

L'extrait retenu est l'ouverture de ce troisième acte, un magnifique élan orchestral annonciateur du drame qui va se jouer (la castration, la tante, tout!).

Wagner: Der Ring des Nibelungen - Complete Ring Cycle (James Levine, Metropolitan Opera), Siegfried Jerusalem, Hildegard Behrens, James Morris, Brian Large (Director), Deutsche Grammophon, New York, 2002.

Semaine des ressources humaines – Santé et mieux-être des travailleurs québécois

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Publié le 04-27-17 à 13:26

Dans le cadre de la Semaine des ressources humaines, l’Ordre des CRHA a mandaté CROP pour mesurer l’opinion des travailleurs québécois à l’égard de la santé et du mieux-être en milieu de travail. Les résultats révèlent qu’une majorité des travailleurs québécois estime que l’employeur devrait se préoccuper de leur santé et de leur mieux-être.

Pour plus de détails veuillez consulter le communiqué de presse de l’ordre des CRHA ou les articles parus dans les journaux.

Cliquer ici pour consulter le communiqué de presse

Cliquer ici pour consulter l’article paru dans le Journal de Montréal

Cliquer ici pour consulter l’article paru sur Canoe.ca

Financement public : non aux sports, oui aux transports

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Publié le 04-25-17 à 13:04

La Presse a mandaté CROP pour mesurer l’opinion des Québécois à l’égard du financement public de divers projets. Les résultats suggèrent que les Québécois veulent voir les gouvernements investir dans les grands projets de transport ou de développement économique plutôt que dans les projets liés au sport professionnel.

Cliquer ici pour consulter l’article paru sur La Presse

L’interruption publicitaire est malmenée

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Publié le 04-12-17 à 09:53

Alors que la consommation devient de plus en plus un espace de jeu et de divertissement, les consommateurs deviennent davantage exigeants quant à la valeur perçue et au prix, dans un contexte où les techniques publicitaires sont sans cesse à renouveler, selon Alain Giguère, de Crop.

Cliquer ici pour consulter l’article paru sur Infopresse.

65 % des Canadiens nous disent croire en Dieu, mais 49 % considèrent que leurs croyances religieuses sont importantes (62 % et 43 % au Québec) (Et la Passion selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach)

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Publié le 04-10-17 à 17:49

Les croyances religieuses sont en baisse constante depuis près de vingt ans!

En cette Semaine sainte, je me devais d'examiner nos données sur le sentiment religieux au pays. Des proportions appréciables de citoyens déclarent que leurs croyances religieuses sont importantes : une personne sur deux (49 %). Les variations régionales sont intéressantes : les croyances religieuses sont à leur plus bas au Québec et en Colombie-Britannique (43 %) et au plus haut en Alberta et dans les provinces de l'Atlantique (56 %).

Pourtant, on ne cesse de nous répéter que les églises sont vides. Le sentiment religieux paraît davantage un héritage culturel que l'expression d'une pratique soutenue du culte. À ce titre, la différence entre la croyance en Dieu et le sentiment religieux est révélatrice, on a moins besoin de l'Église pour se « connecter » à Dieu.

De plus, les tendances sont fort éloquentes. Si 65 % des Canadiens nous disent croire en Dieu, cette proportion était de 81 % en 2005, en baisse constante depuis (on passe de 77 % à 62 % au Québec). Une tendance similaire s'exprime à l'égard des croyances religieuses. Ceux qui nous disent qu'elles sont importantes passent de 70 % de la population en l'an 2000 à 49 % en 2017 (de 63 % à 43 % au Québec).


L'avenir du sentiment religieux au pays

On a beau parler du religieux régulièrement dans les médias, compte tenu des tendances reliées à l'immigration; dans l'ensemble de la population toutefois, le sentiment religieux ne cesse de diminuer depuis près de vingt ans. Le religieux disparaît progressivement de nos vies. Et peu importe que l'on regarde du côté protestant au Canada anglais ou catholique au Québec, les tendances sont les mêmes. À ce rythme, si « la tendance se maintient », d'ici une génération (25 ans), le sentiment religieux pourrait devenir un phénomène tout à fait marginal.

Un tel scénario s'appuie bien sûr sur la tendance actuelle et néglige le rôle de plus en plus grand que va jouer l'immigration à ce sujet dans les années à venir. Mais l'acculturation exercée par l'école auprès des enfants de ces immigrants pourrait certainement contribuer à maintenir la tendance. Et de toute façon, si via l'immigration le religieux maintient sa place dans la société, il ne sera pas chrétien. Il sera taoïste, sikh, hindouiste, bouddhiste, musulman, etc. Et surtout, il constituera un héritage culturel, comme un ensemble de mythes qui peuvent alimenter le sens à la vie, sans nécessairement s'exprimer dans des rites ecclésiastiques.

Néanmoins, j'admets qu'il s'agit ici d'un scénario établi en projetant les tendances actuelles et qu'il faut être prudent avant de tenter de prédire l'avenir... mais ces tendances sont observées sur une période de près de vingt ans, et plus on descend sur l'échelle de l'âge, moins le sentiment religieux est prévalent (ce qui augure un peu pour l'avenir quand même). Est-ce que l'immigration va changer la donne? On verra.

Notre rapport au sacré

Par ailleurs, on observe que les gens se fabriquent un Dieu à leur image, lequel ressemble davantage à un ange gardien qu'à ce « Seigneur à la barbe blanche ». Au pays, près de deux personnes sur cinq, la pluralité (37 %, même chose au Québec), croient à un Dieu modelé à leur façon. Seulement 22 % croient au Dieu qu'enseigne leur Église (14 % au Québec).

Par contre, un des phénomènes les plus en croissance est la croyance en une « force » qui nous unit à la nature, au cosmos, à l'univers. On assiste ici à une dépersonnalisation du divin, à une espèce de bouddhisme post-moderne nous donnant l'impression de participer au divin, d'en faire partie, comme tout le reste de la nature (Que la force soit avec vous!). L'adhésion à cette vision panthéiste est passée de 11 % de la population canadienne en 1998 à 21 % en 2016 (de 14 % à 28 % au Québec).

Enfin, l'athéisme, cette notion que la vie ne serait que phénomènes biologiques, est passée de 7 % à 20 % au pays, toujours de 1998 à 2016 (de 8 % à 21 % au Québec).

Les valeurs personnelles, les cordes sensibles et le divin!

Le regard sur les valeurs des gens nous permet de mieux comprendre pourquoi le Dieu de nos églises est si malmené dans les croyances populaires. Ceux qui s'y reconnaissent ont des valeurs très traditionnelles et très conservatrices. Ils valorisent particulièrement l'autorité des institutions, ils sont fatalistes, ont peu d'emprise sur leur vie, laissant au divin tout le leadership!

Ceux qui se fabriquent un Dieu personnalisé ont peine à vivre avec la complexité et les incertitudes du monde actuel. Ils se sentent potentiellement exclus de la société. Ils s'y sentent menacés. Leur Dieu devient donc cette espèce d'ange gardien qui veille sur eux.

Les tenants de la force et les athées, les deux groupes constamment en croissance depuis vingt ans, sont en opposition idéologique complète face à l'Église (catholique ou protestante). Ils lui reprochent de fonder son rôle sur l'interdiction, la soumission, le péché, la punition. Ils vont vous dire, en paraphrasant Monsieur Trudeau (le père) que l'Église n'a pas sa place dans la chambre à coucher des gens. Ils se sentent en plein contrôle de leur vie, aspirent à la liberté et à l'épanouissement personnel.

Un défi pour les Églises (notamment les chrétiennes, catholiques et protestantes)

Si elles veulent garder leur pertinence sociale, ces dernières ont un sérieux rattrapage à faire afin de se resynchroniser avec les valeurs des gens. La distance entre ce qu'elles représentent et ce que vit la majorité des gens est en train de devenir abyssale! De faibles minorités au pays croient en leur Dieu. Ce dernier a éclaté au cours des années en une myriade de formes diverses, mieux adaptées culturellement à l'époque.

Une situation qui est très ironique, si on s'attarde au message du Christ pour revenir à la Semaine sainte. Son message en est un de compassion, d'ouverture à l'autre, d'accueil, de générosité, d'oubli de soi et d'amour. Ce que certainement tous ceux qui s'opposent à la vision du Dieu de l'Église ne voient pas en celle-ci, mais dont l'époque aurait désespérément besoin. Si les Églises chrétiennes tendent à se marginaliser, les Semaines saintes pourraient peut-être nous réconcilier avec le Christ!

La Passion selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach

Dans les œuvres musicales tout indiquées pour souligner la Semaine sainte, cette dernière s'impose. Toute l'œuvre semble baigner dans la douleur, les larmes et la contrition. L'extrait que je vous propose est justement « l'air de la contrition » et met en scène une mezzo qui chante la douleur de l'apôtre Pierre lorsqu'il réalise que, comme lui avait prédit le Christ, alors que le coq vient de chanter, il l'a renié trois fois (« Je ne connais pas cet homme »). Sublime!

Bach, J S: Saint Matthew Passion, BWV244, Mark Padmore (Evangelist), Christian Gerhaher (Jesus), Camilla Tilling (soprano), Magdalena Kozena (mezzo), Topi Lehtipuu (tenor), Thomas Quasthoff (bass), Berliner Philharmoniker, Rundfunkchor Berlin, Knaben des Staats- und Domchors Berlin, Sir Simon Rattle, ritualisation : Peter Sellars